Le promoteur Yvon Michel s’est défendu avec aplomb aux audiences de la RACJ

MONTRÉAL — Yvon Michel a répondu avec aplomb, mercredi, aux accusations de la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ).

La RACJ accuse Groupe Yvon Michel (GYM) d’atteinte au bon renom du sport, d’exercice d’un permis au bénéfice d’un tiers — New Era Fighting and Promotions —, de la présence d’un groupe criminalisé à des événements, ainsi que d’organisation d’un combat concerté. Les faits reprochés au promoteur montréalais sont en lien avec deux galas organisés conjointement avec New Era, en mai et septembre 2019.

Quand l’avis de convocation a été coulé dans les médias et que les articles ont fait état que la RACJ soupçonnait GYM d’avoir mis en oeuvre un combat concerté, les répercussions n’ont pas été ressenties qu’au Québec, mais partout aux États-Unis et en Europe, où Yvon Michel a des partenaires. Il a défendu avec véhémence sa réputation.

«C’est très dur. J’ai une crédibilité que j’ai bâtie au fil des années. J’ai des entrées, des contacts avec les plus grands promoteurs du monde. Ce qui a été véhiculé, c’est qu’Yvon Michel fraie avec le crime organisé; truque des combats. Les gens ont posé des questions», a-t-il dit.

Ce combat dont la RACJ parle est celui opposant l’ex-homme fort et animateur Hugo Girard et le combattant Patrick Côté, tenu lors de l’événement organisé en copromotion avec New Era, le 20 septembre, au centre Pierre-Charbonneau, et dont les profits — près de 5000 $, assure Michel — ont été remis à l’organisme AlterGo, qui soutient des athlètes souffrant d’un handicap.

«Il y a des organisations ici, je vais donner l’exemple de celle d’Ali Charles Nestor, qui organisent des événements complets de combats entre célébrités au profit d’oeuvres caritatives. En raison de leur notoriété, ça leur permet de soutenir de belles causes. C’était le cas pour Hugo Girard et Pat Côté. Qu’on m’accuse de combat concerté, c’est grave! Aux États-Unis, tu peux être emprisonné pour ça. Truquer un combat, t’assurer qu’un des boxeurs sera payé pour perdre ou t’organiser avec les juges pour qu’ils soient biaisés, c’est vraiment grave. Je pense bien avoir fait la démonstration qu’on est très loin de là.»

La Régie reproche également à GYM la présence de personnes membres ou liées à des groupes criminalisés dans le périmètre de sécurité lors de cette soirée. M. Michel a expliqué comment la Régie avait approuvé le plan de la salle et de quelle façon ces billets s’étaient retrouvés en vente sur le réseau Ovation ou à la billetterie du centre Pierre-Charbonneau. Il a aussi précisé que ces billets n’avaient pas été donnés à ces personnes, qu’il «ne connaît pas et ne côtoie pas sciemment».

Les policiers témoins de la RACJ avaient affirmé mardi que jamais Yvon Michel n’avait discuté ou interagi avec les quelque 10 personnes liées aux Hells Angels présentes sur place.

«L’erreur du départ a été faite par la Régie, a dit Yvon Michel, ce que n’avait pas nié la veille Mario Lacroix, directeur général adjoint aux sports de combat à la RACJ. C’est certain que je n’ai pas fait attention avant de soumettre le plan de salle. Mais une fois qu’on a eu l’approbation (de la RACJ), on a envoyé à notre distributeur de billets le plan et ils ont été achetés par ces gens-là.

«Je sais qui sont les Hells Angels en général, a-t-il affirmé plus tard. Il ne devrait pas y avoir de crime organisé. Ces gens-là, s’ils sont coupables de quelque chose, devraient être mis en prison. Mais à partir du moment où ils sont libres d’aller et venir où ils veulent, je me trouverais dans une situation extrêmement difficile si je devais filtrer qui achète des billets. Je n’aime pas entendre dire que ces gens sont là, mais il n’y a rien que je puisse faire.»

Yvon Michel a rappelé que l’un des responsables des sports de combat à la RACJ est venu s’asseoir avec lui ce soir-là afin de discuter de la soirée et que jamais il n’a été question des gens assis dans la rangée directement derrière lui.

«Ç’aurait été très facile de déplacer le périmètre si on m’avait fait part d’un problème. On serait allé voir les gens de la logistique et on aurait avancé le périmètre devant cette rangée», a-t-il expliqué.

Il s’est aussi dit surpris qu’on demande aux deux promoteurs pour les événements prévus en mai et septembre 2019 — GYM et New Era — d’avoir leur permis d’organisateur annuel d’événements, une première pour lui en plus de 30 ans dans la boxe au Québec.

«La règle (de la Régie) a toujours été qu’il n’y ait qu’un seul répondant pour un événement, l’organisateur, qui effectuait la demande de permis ponctuel pour l’organisation d’une soirée», a-t-il indiqué.

Selon lui, la confusion vient du terme promoteur, qui est utilisé de façon erronée. On devrait plutôt utiliser organisateur quand on parle de la personne qui met sur pied une soirée de boxe.

«Ça a toujours assez galvaudé ces deux termes. Les gens ne voient pas la différence (…) alors on utilise toujours le mot promoteur. Mais légalement, ça n’existe pas. Légalement, c’est un organisateur d’événements. On a tenté de nous faire la preuve comme quoi New Era tentait illégalement de mettre sous contrat des boxeurs comme promoteur, mais ce n’est pas illégal. Comme promoteur, tu n’as pas besoin de permis pour mettre des boxeurs sous contrat. Mais quand tu veux être un organisateur d’événements, là, ça prend un permis. Une fois que tu deviens un organisateur d’événements, tu dois présenter tous tes contrats (avec des boxeurs). Même ici (à la Régie), les gens n’avaient pas l’air très conscients de cette différence-là. Donc, je tenais à mettre les choses au clair.»

D’autre part, pour ce qui est de l’exercice d’un permis au bénéfice d’un tiers — New Era —, la Régie a présenté en preuves mardi de multiples factures qui ont été acquittées ou adressées à New Era, son président Yan Pellerin, Daniel Fontaine ou encore Groupe Hugo Girard. Yvon Michel a expliqué que de nombreux événements ont été organisés par plusieurs promoteurs à la fois et que les factures ne sont pas exclusivement payées par l’organisateur de la soirée.

Cette association avec M. Pellerin semble faire sourciller la RACJ. Yvon Michel a indiqué qu’avant de s’associer à Yan Pellerin et New Era, il avait demandé conseil à Michel Hamelin (qui gère pour la RACJ les activités entourant les galas de boxe), qui avait affirmé ne pas connaître personnellement M. Pellerin.

À la suggestion de M. Hamelin, M. Michel a demandé à M. Pellerin de faire une demande de permis annuel d’organisation d’événements de sports de combat, ce qui aurait eu pour effet de déclencher une enquête d’habilitation sécuritaire par la Sûreté du Québec.

«Jamais on ne m’a dit: « Ne travaille pas avec Yan Pellerin », a noté Yvon Michel. Si on l’avait fait, je me serais désisté.»

Alors qu’elles devaient prendre fin mercredi, les audiences devront se poursuivre le 25 février.

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