Le Protecteur du citoyen a enquêté sur la qualité de l’éducation au Nunavik

MONTRÉAL — Tirant de tristes constats, comme le fait que près de 80 pour cent des élèves du Nunavik quittent le système scolaire sans diplôme — soit quatre fois plus qu’ailleurs au Québec — le Protecteur du citoyen du Québec demande au ministère de l’Éducation de prendre ses responsabilités.

Au Nunavik, un territoire s’étendant au nord du 55e parallèle, le taux de diplomation est d’environ 30 pour cent, comparativement à 77,7 pour cent pour l’ensemble du Québec.

Environ 12 000 personnes vivent dans ce territoire qui occupe le tiers du Québec. Il y a 17 écoles primaires et secondaires et cinq centres d’éducation des adultes. Il n’y a pas d’établissement d’enseignement postsecondaire.

Le Protecteur du citoyen a fait enquête après avoir reçu plusieurs plaintes. Il a constaté que le parcours scolaire de ces élèves est miné par de nombreux obstacles.

Certains d’entre eux sont des situations uniques au Grand Nord: des élèves sont fréquemment absents en hiver, par exemple, parce que les autobus scolaires ne démarrent pas toujours dans les grands froids, est-il rapporté.

D’autres facteurs sont en lien avec les réalités de la culture inuite: ainsi, à partir de la quatrième année, les matières sont enseignées uniquement en français ou en anglais alors qu’elles l’étaient jusque-là principalement en inuktitut. «On exige alors beaucoup des élèves. On attend d’eux qu’ils apprennent à communiquer, à lire et à écrire dans une langue seconde ou une langue tierce, qui leur est parfois étrangère», est-il écrit dans le rapport. «Les retards pédagogiques sont importants à la fin de la sixième année.»

Également, très peu de services sont offerts aux élèves en difficulté ou handicapés. 

Et même pour ceux qui obtiennent leur diplôme, tout n’est pas rose: «Ils font face à des difficultés additionnelles au postsecondaire. Ils se voient limités dans leurs choix d’études, faute d’avoir eu la possibilité d’acquérir les préalables dans plusieurs programmes postsecondaires», dont la physique, la chimie et les mathématiques avancées de quatrième et cinquième secondaire, car ces cours ne sont tout simplement pas offerts.

Et puis, la commission scolaire du Nunavik peine à trouver des enseignants: elle se voit donc contrainte d’annuler des classes tous les jours.

«Année après année, la Commission scolaire Kativik doit jongler avec le manque d’environ 10 enseignants titulaires de classe en cours d’année scolaire. Ainsi, en raison des difficultés de recrutement et de rétention du personnel, certaines personnes enseignent même si elles n’ont pas complété leur formation.»

Les conséquences sont réelles: «Au cours de l’année scolaire 2017-2018, les difficultés de recrutement ont notamment eu comme conséquence qu’une classe d’élèves de quatrième année primaire n’a pu fréquenter l’école avant octobre, tandis qu’une classe d’élèves de septième année a attendu jusqu’en janvier», peut-on lire. 

Et quand il a été possible de recruter des enseignants, il a parfois été impossible de leur trouver un endroit où habiter, vu la pénurie de logements.

Dans son rapport d’enquête, le Protecteur du citoyen fait 14 recommandations au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur pour qu’il renforce ses liens avec la Commission scolaire Kativik. L’une des recommandations s’adresse aussi au ministère de la Santé et des Services sociaux et une autre à la Société d’habitation du Québec afin de contrer le manque de logements au Nunavik, pour les enseignants comme pour les familles d’élèves.

Parmi celles-ci, il est suggéré au ministère de l’Éducation de faire ses devoirs et de se renseigner sur la situation qui prévaut réellement au Nunavik, notamment sur les problèmes de transport scolaire et l’absentéisme des enseignants. Le Protecteur demande aussi de fournir à la Commission scolaire Kativik les ressources financières permettant l’embauche de personnel qualifié.

La commission scolaire du Nunavik a accueilli favorablement le rapport. 

«Le rapport donne un excellent aperçu des défis clés auxquels le système éducatif du Nunavik doit actuellement faire face», affirme Robert Watt, président de Kativik Ilisarniliriniq. Il soutient que la communication et les relations de travail ont évolué de façon positive avec le ministère de l’Éducation ces derniers mois. Il espère pouvoir poursuivre sur cette lancée avec le nouveau gouvernement caquiste.

Quant à la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), elle s’est dite «troublée, mais pas du tout surprise», de lire les grandes lignes du rapport d’enquête, a fait savoir sa présidente Josée Scalabrini, par communiqué. Elle affirme que la Fédération a fait de nombreuses revendications à ce sujet.

La FSE-CSQ juge également que le cadre légal qui s’applique, la Loi sur l’instruction publique pour les autochtones cris, inuit et naskapis, est dépassé et nuit à l’amélioration des conditions pour les élèves et le personnel.

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