Le Québec est crucial pour le NPD, mais présente de nombreuses embûches

OTTAWA — Pour le chef du NPD Jagmeet Singh, la voie vers une présence plus forte au Parlement passe par le Québec — mais la piste est semée d’embûches.

Le NPD, dont les membres se réunissent virtuellement pour un congrès politique en fin de semaine, cible les jeunes électeurs avec des arguments renouvelés sur l’allégement de la dette des étudiants, les logements abordables et un plafond sur les factures de téléphone cellulaire et d’internet.

Tous ont été mis en évidence lors d’une visite du chef au Québec la semaine dernière.

Mais le parti obtient moins de 20% d’appuis dans les sondages avec une faible concentration de soutien à l’extérieur de quelques quartiers de Montréal, affirme Karl Bélanger, président de la firme de consultants Traxxion Stratégies et ancien conseiller principal du NPD.

«Les perspectives à ce moment sont limitées. Mais le potentiel de croissance est là», indique-t-il, citant des sondages qui montrent qu’une majorité d’électeurs québécois considéreraient le NPD comme leur deuxième choix. Le défi est d’amener ce groupe dans l’équipe orange.

Un certain nombre d’enjeux identitaires touchant des questions allant des droits religieux au racisme systémique — et pour lesquels le Bloc québécois peut s’attirer la faveur d’électeurs — risque de placer le NPD du mauvais côté au Québec de divisions culturelles sensibles.

Pendant ce temps, le premier ministre Justin Trudeau continue de monopoliser une grande partie des projecteurs avec un déploiement fédéral de vaccins qui a commencé à s’accélérer, malgré des débuts difficiles.

M. Singh a déclaré à maintes reprises que le NPD s’est battu avec succès au cours de la dernière année pour renforcer les prestations d’aide d’urgence, les subventions salariales et les indemnités de congé de maladie, et que les Canadiens sont conscients de ces réalisations.

«Je ne suis pas si inquiet de la reconnaissance en ce qui a trait, comme, à ce que les gens sont en mesure d’énumérer que le NPD a fait ceci, ceci, ceci et cela», déclare-t-il dans une entrevue.

«Je veux juste que les gens sachent que je me suis battu pour eux.»

Mais ne pas obtenir de crédit pour les programmes déployés avec la participation du NPD dans un gouvernement libéral minoritaire a été le fléau des néo-démocrates pendant des décennies aux niveaux fédéral et provincial.

Les régimes minoritaires sous Pierre Trudeau à Ottawa et David Peterson et Kathleen Wynne à Queen’s Park sont tous revenus au statut de majorité le jour des élections après avoir coopéré avec les législateurs néo-démocrates de diverses manières qui se sont révélées infructueuses sur le plan électoral pour les néo-démocrates.

«Il a un problème à cet égard, affirme Brooke Jeffrey, professeure de sciences politiques à l’Université Concordia à Montréal, à propos de M. Singh. [Le PLC] a fait la manœuvre classique d’accepter certaines des suggestions du NPD et de les faire siennes. Et donc, si le public les approuve, ce sont eux qui en ont le mérite. Cela se produit depuis l’époque de Pearson.»

L’inclinaison des libéraux vers la gauche sur des questions allant de l’assurance-médicaments aux dépenses gouvernementales oblige le NPD à proposer des politiques encore plus à gauche s’il veut se démarquer, isolant potentiellement certains électeurs, ajoute-t-elle.

Le NPD a atteint un sommet de 59 sièges au Québec lors des élections fédérales de 2011 sous la direction du chef de l’époque, Jack Layton, pour descendre à 16 sièges en 2015 et à un seul en 2019, réduisant sa force organisationnelle.

Alexandre Boulerice, le seul député néo-démocrate dans la province, soutient que les Québécois et les Canadiens considéreront le NPD comme le parti des idées nouvelles en comparaison, selon lui, à l’inaction des libéraux en matière d’assurance-médicaments, de lutte au changement climatique et sur d’autres fronts. Il souligne que la pandémie de COVID-19 a illustré l’importance de dépenses gouvernementales pour aider les citoyens, une occasion à saisir pour les néo-démocrates.

«Nous laisserons (le) Bloc québécois et le Parti conservateur lutter pour le nationalisme conservateur de droite, et nous prendrons le chemin de la solidarité et de l’amitié avec les Premières Nations et les personnes racialisées», déclare M. Boulerice.

«Peut-être que Justin (Trudeau) a pu le faire il y a sept ans, mais il n’est plus le gars cool. Et il a déçu beaucoup de gens. Nous allons donc interpeller des électeurs libéraux, en particulier les jeunes électeurs libéraux, et je pense que cette technique fonctionne très bien», dit-il, ajoutant que M. Singh sait attirer l’attention en campagne électorale.

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