Le Québec et l’Ontario seraient plus vulnérables aux droits sur le bois d’oeuvre

MONTRÉAL – L’industrie canadienne du bois d’oeuvre est dans une meilleure position qu’elle ne l’était il y a 10 ans pour traverser un conflit commercial avec les États-Unis, mais les plus petits producteurs du Québec et de l’Ontario seraient particulièrement vulnérables aux droits qui pourraient être imposés d’ici quelques semaines, ont estimé des observateurs.

Les producteurs de la Colombie-Britannique comme West Fraser Timber, Canfor et Interfor ont usé de précautions en achetant des scieries aux États-Unis, principalement pendant la trêve sur le commerce du bois d’oeuvre. Ils ont aussi augmenté leurs exportations de bois d’oeuvre vers la Chine, ce qui leur offre une certaine protection contre les droits compensatoires que les États-Unis pourraient imposer dès le mois de mai.

«Les gros joueurs de l’Ouest sont dans une position plus confortable qu’il y a 10 ans», a noté le président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec, André Tremblay.

«Mais nous nous trouvons maintenant dans une situation bien plus délicate que lors du dernier conflit.»

L’éloignement géographique des scieries de l’Ontario et du Québec avec la Chine les empêche essentiellement de livrer leur bois dans la plus grande économie de l’Asie. La valeur des exportations canadiennes de bois d’oeuvre vers ce pays est passée de 55 millions $ en 2005 à 1 milliard $ l’an dernier, selon Statistique Canada. La quasi-totalité de ces exportations provenait de la Colombie-Britannique.

La Chine a accueilli l’an dernier environ 10 pour cent des exportations totales de bois d’oeuvre canadien, comparativement à moins d’un pour cent avant la signature de l’entente précédente sur le bois d’oeuvre, en 2006. Cette proportion a atteint un sommet de 21 pour cent en 2011.

Les efforts de la Colombie-Britannique pour augmenter ses exportations vers l’Asie ont amélioré la posture de l’industrie canadienne à l’aube d’une nouvelle dispute, malgré les pressions observées dans d’autres provinces, a estimé le ministre provincial des Forêts, Steve Thomson.

«Si nous sommes plus diversifiés ici, cela procure des occasions pour le reste du pays», a-t-il affirmé lors d’un entretien.

Dans le centre du Canada, les scieries ont tendance à être plus petites, leurs flux de trésorerie sont moins importants pour régler les droits et, conséquemment, le risque de fermeture est plus important, ont noté des experts.

C’est pourquoi les producteurs de l’Ontario et du Québec pressent Ottawa de leur accorder des garanties de prêts pour les aider à payer les droits et poursuivre leurs activités. La Colombie-Britannique n’envisage pas immédiatement une telle aide.

Avant la résolution du dernier conflit sur le bois d’oeuvre, les producteurs ont dû jongler avec des droits américains atteignant jusqu’à 27,22 pour cent. Si l’industrie devait aujourd’hui se retrouver avec des droits d’entre 25 et 40 pour cent, comme certains l’ont prédit, les conséquences se feraient rapidement sentir, a estimé Bob Matters, du syndicat des Métallos.

«Nous observerions certains impacts quasiment immédiatement sur les plus petits producteurs», a indiqué M. Matters, président du Conseil du bois du syndicat.

Selon Naomi Christensen, analyste de la politique sur le bois d’oeuvre pour le groupe de recherche Canada West Foundation, les prix du bois d’oeuvre ont presque doublé depuis 2009, lorsque les États-Unis connaissaient une crise immobilière, ce qui signifie que le Canada représente une moins grande menace à long terme pour les producteurs américains.

La part du Canada sur le marché américain, qui se situe historiquement entre 30 et 34 pour cent, devrait reculer à 25 pour cent d’ici 2027 en raison d’une infestation de dendroctone du pin en Colombie-Britannique et d’une diminution des récoltes au Québec.

«Nous entendons souvent parler d’inquiétudes aux États-Unis à propos d’un mur de bois dévalant librement (sur le marché américain) depuis le Canada, du bois d’oeuvre peu coûteux, mais nous n’avons plus les réserves physiques pour réussir à faire cela, même si nous le voulions», a estimé Mme Christensen.

Il y a toutefois une constante dans le conflit, fait remarquer M. Matters — les solides arguments économiques n’ont pas suffi à surmonter le lobby du bois d’oeuvre américain, qui a toujours réclamé des limites aux importations canadiennes, indépendamment du parti au pouvoir.

Même si le vent du protectionnisme souffle vigoureusement au sud de la frontière, on ignore toujours si le président américain Donald Trump va pleinement soutenir la coalition américaine du bois d’oeuvre.

Le groupe veut réduire les importations de bois d’oeuvre du Canada, ce qui, selon lui, protégerait l’industrie américaine de la foresterie. Mais l’association nationale des constructeurs de maisons, une autre organisation américaine, estime qu’un droit de 25 pour cent sur le bois canadien entraînerait la perte d’environ 8000 emplois aux États-Unis.

«C’est pourquoi je crois que le message économique — discuter du rôle que joue le bois d’oeuvre canadien dans l’économie américaine de diverses façons — va être la meilleure façon de convaincre cette administration», a estimé Mme Christensen.

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