Le Québec inc. réclame l’intervention d’Ottawa au Port de Montréal

MONTRÉAL — Cinq associations qui représentent les entreprises privées du Québec ont fait front commun, lundi, pour réclamer une intervention du gouvernement fédéral pour forcer la reprise des activités dans le Port de Montréal, paralysé par une grève générale des débardeurs. 

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), le Conseil du patronat du Québec (CPQ), la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) ont tenu une conférence de presse conjointe, lundi après-midi, pour sonner l’alarme sur une situation économique critique.

Ces cinq associations ont signé une déclaration commune demandant à la ministre fédérale du Travail, Filomena Tassi, «de prendre les moyens nécessaires pour faciliter la résolution du conflit» dans les plus brefs délais. En conférence de presse, le président et chef de la direction de la CCMM, Michel Leblanc, a précisé qu’une demande a déjà été faite auprès d’Ottawa pour la nomination d’un médiateur spécial en relation directe avec la ministre.

«La demande a été entendue», a-t-il ajouté à propos de la réaction du gouvernement de Justin Trudeau. Selon lui, c’est par «incrédulité» devant la détérioration du conflit de travail que les politiciens n’ont pas agi plus tôt.

En fin de journée, la ministre Filomena Tassi a réagi en publiant une déclaration qui semble laisser croire que le gouvernement n’a pas l’intention d’intervenir davantage dans le conflit de travail. Elle rappelle que l’équipe de médiation et de conciliation est déjà impliquée et demeure à la disposition des parties.

«Mon collègue, l’honorable Marc Garneau, ministre des Transports, et moi-même avons contacté les deux parties pour leur faire part de nos attentes pour qu’elles concentrent leurs efforts à résoudre leurs différends», peut-on lire dans la déclaration.

«C’est en parvenant à un accord négocié entre les deux parties que le port pourra reprendre son fonctionnement normal. Tout ce qui retarde le processus de négociation est décevant et nuisible autant à l’économie locale et que nationale», poursuit-elle en ajoutant «avoir confiance dans le processus de négociation collective».

Cette réaction est bien loin de ce qu’espéraient provoquer les regroupements d’entreprises qui sont allés jusqu’à évoquer l’adoption d’une loi spéciale si nécessaire.

Michel Leblanc a carrément qualifié d’«irresponsable» le choix des travailleurs de se prévaloir de leur droit de grève «en situation de reprise (économique) extrêmement fragile, liée à une pandémie».

Les représentants du patronat rappellent que la reprise économique est déjà assez fragile en raison de la pandémie de la COVID-19 et ils craignent un effet dévastateur sur les entreprises si les marchandises ne peuvent plus circuler librement. Le Port de Montréal est le seul endroit au Québec qui accueille des conteneurs.

Le Québec inc. craint «un impact dévastateur» si la grève devait se poursuivre. On insiste sur le fait que des milliers de PME peinent à survivre à la crise sanitaire et demeurent à risque de devoir fermer boutique.

Le vice-président pour le Québec de la FCEI, François Vincent, estime que cette grève n’aurait pas pu survenir à un pire moment. Il rappelle que les entreprises ont déjà dû affronter un blocage ferroviaire, puis plusieurs mois de confinement.

Tout juste avant la conférence de presse, l’Association du camionnage du Québec (ACQ) a joint sa voix au front commun en publiant un communiqué de presse appelant Ottawa à «une intervention immédiate».

L’ACQ met en garde que la grève pourrait provoquer «d’importantes mises à pied». Elle prévient aussi que les conséquences pourraient affecter «la chaîne d’approvisionnement essentielle aux activités de santé et de sécurité».

Le Syndicat des débardeurs du Port de Montréal affilié au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et l’Association des employeurs maritimes (AEM) n’ont pas réussi à s’entendre sur un nouveau contrat de travail. La précédente version est échue depuis décembre 2018. Les employés ont donc déclenché une grève générale illimitée, à 7 h 00 lundi matin, afin de mettre de la pression sur la partie patronale.

Des discussions seraient en cours afin de convenir d’une trêve qui permettrait de rouvrir le port pendant que les négociations se poursuivent.

D’après des données de l’Administration portuaire de Montréal, près de 6300 entreprises en transport dépendent du port et il est à l’origine de 19 000 emplois.

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