Le Québec reçoit toujours des enfants de Tchernobyl 30 ans après la catastrophe

MONTRÉAL – Des familles québécoises accueilleront de nouveau une dizaine d’enfants de la région de Tchernobyl pour une durée de sept semaines, cet été.

L’expérience, parrainée par l’organisme Séjour Santé Enfants Tchernobyl, se poursuit depuis une quinzaine d’années au Québec et demeure utile, même si la catastrophe nucléaire qui a frappé l’Ukraine s’est produite il y a 30 ans cette année.

L’initiative de l’organisme permet de réduire temporairement le taux de radiation de ces enfants qui sont toujours exposés aux retombées radioactives de la catastrophe nucléaire.

«Il y a quelques années, ils prenaient des taux de radiation à l’aéroport de Minsk (Bielorussie) au départ et au retour et on a démontré que la majorité des enfants perdaient jusqu’à 50 pour cent du taux de radiation dans le corps», a raconté la vice-présidente de l’organisme, Cathy Quinaux, en entrevue avec La Presse Canadienne.

«Ils ne reviendront jamais à zéro parce qu’ils retournent dans leur pays, mais ceux qui viennent année après année, leur santé s’améliore», a-t-elle ajouté.

L’expérience passée démontre par ailleurs que la baisse, même temporaire, du taux de radiation aurait un effet salutaire sur l’espérance de vie.

Le coût de leur séjour est entièrement assumé par les familles d’accueil, soit une somme qui se situe entre 1600 $ et 1900 $. C’est une des raisons qui expliquent le faible nombre de séjours au Québec, le recrutement de familles n’étant pas toujours aisé.

Plusieurs professionnels de la santé — médecins, dentistes et autres — offrent bénévolement des examens aux enfants durant leur séjour.

Dépaysement

Il n’y a pas que la santé des enfants qui est affectée par leur séjour, mais bien leur vision du monde.

Mme Quinaux raconte que plusieurs d’entre eux viennent de familles disposant de peu de moyens.

«Quand ils entrent pour la première fois dans la maison, ils font: Wow!», dit-elle, soulignant que les enfants n’ont pas l’habitude d’un tel étalage de biens matériels dans la maison.

De plus, certains aspects de la société nord-américaine soulèvent d’intéressantes interrogations.

«Nous sommes allées au guichet automatique avec la petite que j’avais chez moi et elle a dit: chez vous l’argent sort des murs! Il a fallu lui expliquer pourquoi», raconte-t-elle en riant.

Elle-même mère de quatre enfants, Cathy Quinaux souligne que ce sont les adultes qui ont le plus de difficulté avec la barrière de la langue, du moins au début.

«Quand il y a des enfants dans la maison, les enfants se comprennent tout de suite entre eux. C’est plus avec nous, les adultes, qu’il faut parler avec des signes et montrer les objets», dit-elle.

«À la fin de l’été, ils ne parlent pas vraiment français, mais ils se débrouillent très bien pour se faire comprendre», souligne-t-elle.