Le Québec sur pause: les entreprises auront encore besoin d’aide, dit MEQ

MONTRÉAL — Sans un nouveau coup de pouce gouvernemental, le visage du secteur manufacturier risque d’être considérablement transformé à la suite de la pause de trois semaines décrétée par Québec pour limiter la propagation du nouveau coronavirus, estime l’association qui représente cette industrie.

Si elle «comprend» la décision difficile prise par le gouvernement Legault, Manufacturier et Exportateurs du Québec (MEQ), qui représente quelque 23 000 entreprises qui emploient plus de 500 000 travailleurs, espère de nouvelles mesures d’aide «pour permettre aux entreprises québécoises de survivre».

Au cours d’un entretien téléphonique lundi, sa présidente-directrice générale, Véronique Proulx, a évoqué des aides directes comme des subventions ainsi que des allégements fiscaux. Cela viendrait s’ajouter au plan d’urgence de 2,5 milliards $ dévoilé la semaine dernière et qui propose notamment des garanties de prêts.

«Certaines parties ont des prêts avec le gouvernement, a expliqué Mme Proulx. Est-ce que pour des entreprises en difficulté, on pourrait convertir ces prêts en subventions?»

Dans le but de freiner l’augmentation du nombre de nouveaux cas de la COVID-19, Québec a décrété la fermeture, au plus tard à compter de minuit mardi, de toutes les entreprises et tous les commerces jugés non essentiels, et ce, jusqu’au 13 avril. Cela signifie que plusieurs dizaines de milliers, et probablement des centaines de milliers, de travailleurs se retrouveront en congé forcé.

Il y a toutefois plusieurs exceptions à cette mesure, notamment les épiceries, les pharmacies, les pompiers, les policiers et évidemment le service de santé.

Selon la liste officielle des activités manufacturières jugées essentielles, publiée en début de soirée, lundi, la fabrication d’instruments médicaux, de produits sanitaires, de produits chimiques et de composantes de microélectronique sera exemptée.

La production de biens alimentaires et de tous les «intrants nécessaires» aux autres secteurs essentiels figure également sur la liste du gouvernement. Les activités de fabrication et d’entretien pour le secteur de la défense font aussi partie du lot.

Quant aux complexes industriels et miniers, comme le secteur de l’aluminium, on les somme de réduire leurs activités au strict minimum.

L’Association de l’aluminium du Canada (AAC) a salué cette décision, soulignant que les cuves «doivent être opérées sur une base continue afin d’éviter que le métal ne durcisse dans celles-ci».

«Le maintien de nos activités essentielles se fera en appliquant les meilleures pratiques d’hygiène dans les circonstances et l’ensemble des recommandations de la Santé publique, afin d’assurer à nos employés et à leurs familles, un environnement de travail sécuritaire à tout moment», a-t-on déclaré par voie de communiqué.

Selon l’AAC, qui représente Aloca, Alouette et Rio TInto, la production d’aluminium primaire emploie près de 8000 personnes au Québec.

Du côté de Bombardier, tout laisse présager un arrêt de production des jets d’affaires au Québec et en Ontario, où des fermetures similaires ont été ordonnées lundi.

Selon un mémo interne transmis par le président de Bombardier Aviation, toutes les activités non essentielles prendront fin mardi, juste avant le coup de minuit, dans les deux provinces. L’entreprise n’en a toutefois pas fait l’annonce de manière officielle.

Alors que la liste du gouvernement était toujours attendue, en fin d’après-midi, lundi, plusieurs entreprises des secteurs manufacturier et industriel contactées par La Presse canadienne n’avaient pas de réponse claire à offrir dans la foulée de l’annonce du gouvernement Legault.

Chez le constructeur de véhicules récréatifs BRP, on tentait, en après-midi, de recueillir «plus de détails auprès des autorités», a indiqué par courriel une porte-parole, Élaine Arsenault.

«Toutefois, nous sommes conscients que BRP n’est pas considérée comme une entreprise essentielle et nous nous conformerons à cette directive», a-t-elle indiqué.

Au Québec, la multinationale compte quelque 2000 employés, dont la plupart se trouvent dans ses installations de Valcourt. Certains effectuent toutefois du télétravail.

De son côté, le spécialiste des simulateurs de vol et de la formation CAE a révélé lundi avoir transmis des avis afin d’effectuer 465 mises à pied temporaires. Ce nombre pourrait toutefois s’avérer plus élevé en raison de la décision du gouvernement Legault.

Par voie de communiqué, Cascades, qui fabrique notamment du papier hygiénique et des emballages, a dit qu’elle assurait la «continuité» de ses activités.

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