Le racisme est répandu dans le hôpitaux, selon des Autochtones

MONTRÉAL — La mort récente de Joyce Echaquan est un tragique exemple du racisme systémique auquel de nombreux Autochtones sont confrontés dans les établissements de soins de santé au Canada, affirment des militants et des patients.

Une vidéo tournée par la mère de famille atikamekw avant sa mort montre deux employées de l’Hôpital de Joliette en train de l’insulter.

Les images ont suscité une indignation généralisée. La coroner en chef du Québec, Pascale Descary, a annoncé samedi qu’elle ordonnera dans les meilleurs délais la tenue de cette enquête publique.

La sénatrice Yvonne Boyer, elle-même une membre de la nation métisse de l’Ontario, dit ne pas avoir été surprise par ce drame.

«Pour chaque Joyce Echaquan qui se présente, il y en a une centaine qui n’ont pas été entendues», dit-elle.

Frederick Edwards, un Cri du Manitoba, dit avoir été confronté au racisme et aux stéréotypes tout au long de sa vie tout en essayant d’accéder aux soins de santé.

Éprouvant une douleur insupportable, il s’est rendu à une urgence de Winnigeg, il y a environ sept ans. Il se souvient d’avoir été ébranlé lorsque l’infirmière du triage lui avait immédiatement dit de se taire et de s’asseoir. Ce traitement l’a amené à ressentir «qu’il ne valait rien».

Après de longues heures d’attente, un médecin n’a pas tenu compte de ses symptômes. Quand il attendait toujours, un médecin qu’il avait précédemment vu l’a appelé au téléphone pour lui annoncer que les résultats d’une prise de sang précédente indiquaient que sa santé était gravement menacée. Transporté d’urgence vers un autre hôpital, il a appris qu’il souffrait d’une rupture de la vésicule biliaire.

«Je n’aime pas les hôpitaux à cause de tant de mauvaises expériences, reconnaît M. Edwards, un professionnel de la communication. C’est juste l’une d’entre elles.»

Selon Mme Boyer, la discrimination dans le système de soins de santé est «omniprésente», dans chaque province et territoire.

À titre d’exemple, elle cite des poursuites judiciaires intentées en Alberta, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique par des femmes autochtones qui allèguent avoir été forcées ou contraintes de subir des procédures de stérilisation.

Les récits de femmes autochtones en 2015 sur les stérilisations forcées en Saskatchewan ont conduit des centaines d’autres de partout au pays à raconter des histoires similaires. Un rapport sur les ligatures des trompes de la Saskatchewan a conclu que le racisme existait dans le système de santé.

La question de la discrimination en matière de soins de santé a également été soulevée à la suite de la mort de Brian Sinclair, un Autochtone âgé de 45 ans décédé d’une septicémie en 2008 après avoir passé 34 heures dans un hôpital de Winnipeg dans son fauteuil roulant.

On a appris plus tard que le personnel pensait qu’il s’agissait d’un sans-abri ou d’une personne en état d’ébriété. Lorsque le corps a été découvert, la rigidité cadavérique s’était déjà amorcée.

L’enquête sur ce décès a formulé des recommandations sur des changements à effectuer dans les protocoles de triage dans les hôpitaux, mais les proches de M. Sinclair ont dit que cela ne réglait pas le vrai problème: le racisme dans les soins de santé.

Mary Jane Logan McCallum, membre de la Nation Munsee Delaware en Ontario et coautrice d’un livre sur la mort de M. Sinclair, dit que le racisme continue d’être un obstacle important à l’accès des Autochtones à des soins de santé appropriés. Ils craignent d’être confrontés aux stéréotypes, de voir leurs symptômes être ignorés ou de mourir sans traitement.

«Ce n’est pas un événement unique pour les peuples autochtones, déplore Mme McCallum au sujet du décès de Mme Echaquan. De nombreux Autochtones se préparent à se rendre à l’hôpital en tenant compte du racisme.»

À Montréal, Nakuset, la directrice générale du refuge pour femmes autochtones, témoigne que des situations comme celle vécue par Mme Echaquan sont «d’une normalité déchirante».

Au cours des 20 dernières années passées, elle raconte avoir vu et entendu d’innombrables cas de racisme. Par exemple, on aurait dit à un patient cri de se faire soigner dans une réserve mohawk ou une Inuite aurait quitté un établissement de soins de santé en larmes après avoir demandé en vain un traitement contre un problème de dépendance.

Le phénomène est si grave que le refuge a commencé à envoyer des travailleurs de soutien avec des patients à l’hôpital, en partie pour assister et documenter des incidents racistes, dit Nakuset.

De son côté, le premier ministre du Québec, François Legault, qui a jugé «inacceptable» le traitement réservé à Mme Echaquan, a toujours soutenu que le racisme systémique n’existait pas au Québec.

Le décès de Mme Echaquan est survenu presque un an jour pour jour après qu’une enquête publique a publié 142 recommandations visant à améliorer l’accès des Autochtones aux services gouvernementaux au Québec. La ministre québécoise responsable des Affaires autochtones Sylvie d’Amours a déclaré cette semaine que plusieurs dizaines des recommandations du rapport Viens avaient mise en place, mais Nakuset et la sénatrice Boyer en doutent.

Selon elles, il y a eu peu de changements réels dans les réseaux de la santé.

«Comment peut-on régler le problème [du racisme systémique] si on pense qu’il n’existe pas», fait valoir Mme Boyer.

Elle réclame des normes claires pour les hôpitaux et des sanctions pour ceux qui les enfreignent.

Nakuset, qui a organisé une manifestation contre le racisme systémique au centre-ville de Montréal samedi, espère que la tragédie de Mme Echaquan sera un tournant au pays.

Elle croit toujours en un espoir de changement, mais à condition que les Canadiens de tous les horizons l’exigent.

«La seule façon de faire des changements en tant que société est de se manifester, car les actions parlent plus que les mots», souligne-t-elle.

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