Le «raptus suicidaire» de Guy Turcotte

Un deuxième psychiatre soutient que Turcotte aurait eu une crise suicidaire aiguë, ce qu’il appelle un «raptus suicidaire», le soir du drame. Mais est-ce une maladie mentale?

Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne
Photo: Graham Hughes/La Presse Canadienne

La question du procureur de la Couronne était simple. L’expert de la défense a pris des détours avant d’y répondre.

«Est-ce que le raptus suicidaire est une maladie mentale?» a demandé le procureur Me René Verret au Dr Louis Morissette, le deuxième psychiatre mandaté par la défense au procès de Guy Turcotte, accusé du meurtre de ses deux enfants.

Comme la première experte, la Dre Dominique Bourget, ce psychiatre soutient que l’accusé aurait eu une crise suicidaire aiguë, ce qu’il appelle un «raptus suicidaire», le soir du drame, en lisant les courriels échangés par Isabelle Gaston et son amant. Cette pulsion accompagnée d’une charge émotionnelle intense affecterait la logique et les capacités de raisonnement, ce qui engendrerait un passage à l’acte quasi immédiat.

L’expert avait amené à la barre un exemplaire du DSM, le gros manuel classifiant les maladies mentales utilisé par les psychiatres pour établir un diagnostic. Une main sur le bouquin, ses lunettes de lecture rouge vif sur le bout du nez, il a commencé à répondre à la question sur le raptus posée par le procureur: le raptus est-il une maladie?

«Dans le DSM, on n’appelle pas ça comme ça. Avant le DSM-5 [la cinquième version du manuel, publiée en 2013], on n’avait pas de code diagnostique pour le geste suicidaire…

— Est-ce que le DSM-5 existait en 2009 [l’année du drame]? a demandé Me Verret.

— Non. Mais les tentatives de suicide, oui, a répondu du tac au tac le Dr Morissette, avec un sourire en coin. Si quelqu’un se présente à l’urgence aujourd’hui avec des coupures aux poignets, on pourrait diagnostiquer un trouble de conduite suicidaire…

— Mais ma question, c’était: “Est-ce que le raptus est une maladie?”» a insisté Me Verret.

Le Dr Morissette a hésité et a reformulé plusieurs fois le début de sa phrase, disant qu’il s’agissait d’un «signe d’un état mental», avant que Me Verret ne lui coupe la parole à nouveau.

«Est-ce que ça constitue une maladie? a-t-il répété d’un ton posé, où pointait une légère exaspération.

— C’est un état mental perturbé, a répondu le Dr Morissette d’un ton plus assuré. C’est une pathologie. C’est un trouble de conduite.»

Spécialiste des drames familiaux, le Dr Morissette a très souvent témoigné dans des procès criminels.

Le procureur de la Couronne s’est aussi attardé au trouble d’adaptation avec humeur anxiodépressive dont souffrait Guy Turcotte, selon les deux psychiatres de la défense.

Il a questionné le Dr Morissette sur l’état mental de l’accusé au moment de l’appel qu’il a fait à sa mère le soir des événements, une longue conversation, qualifiée de «testament suicidaire» par l’expert de la défense, au cours de laquelle Guy Turcotte a dit à sa mère qu’il l’aimait et lui a demandé de dire à ses frères et sœurs qu’il les aimait aussi.

«Si M. Turcotte appelle sa mère à 20 h 35, c’est donc que son cerveau fonctionnait? a soumis Me Verret.

— Les gens avec un trouble d’adaptation fonctionnent tous, mais pas à leur plein potentiel, a répondu le psychiatre. Ils marchent, ils mangent… Ça n’amène pas une perte de contact avec la réalité.»

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