Le recensement offre un premier portrait de la population transgenre et non binaire

TORONTO — Dans un instantané tout à fait inédit de la population transgenre au Canada, les données du recensement publiées mercredi montrent que 0,33 % des Canadiens s’identifient à un genre différent du sexe qui leur a été attribué à la naissance.

Autrement dit, une personne sur 300 âgée de 15 ans et plus se dit transgenre ou non binaire au Canada.

Les données recueillies lors de l’enquête nationale menée l’année dernière montrent que sur les quelque 30,5 millions de personnes âgées de 15 ans et plus vivant dans un ménage privé en mai 2021, environ 100 815 personnes se disent transgenres ou non binaires. Là-dessus, il y avait 31 555 femmes transgenres, 27 905 hommes transgenres et 41 355 personnes non binaires.

Parmi les provinces, le Québec affichait les plus faibles proportions de personnes transgenres (0,14 %) et de personnes non binaires (0,09 %), suivi de la Saskatchewan (0,16 % et 0,12 %, respectivement). Le Nouveau-Brunswick et l’Ontario se situaient dans la moyenne nationale.

Un peu plus de la moitié des personnes non binaires âgées de 15 ans et plus (52,7 %) vivaient dans l’un des six plus grands centres urbains du Canada : Toronto (15,3 %), Montréal (11,0 %), Vancouver (10,8 %), Ottawa–Gatineau (5,6 %), Edmonton (5,4 %) et Calgary (4,5 %).

Les proportions de personnes transgenres ou non binaires sont de trois à sept fois plus élevées chez les membres de la «génération Z» (nés entre 1997 et 2006, 0,79 %) et les millénariaux (nés entre 1981 et 1996, 0,51 %) que chez les membres de la «génération X» (nés entre 1966 et 1980, 0,19 %), les «baby-boomers» (nés entre 1946 et 1965, 0,15 %) et chez les Canadiens nés en 1945 ou avant (0,12 %).

C’est la première fois que Statistique Canada fait la distinction entre le «sexe à la naissance» et le «genre» dans le recensement, un changement qui, selon les défenseurs des minorités, offrira un aperçu crucial d’une population marginalisée et des obstacles systémiques auxquels elle est confrontée.

Fae Johnstone, qui défend les personnes transgenres, explique que les données démographiques étayant l’expérience vécue des personnes trans étaient jusqu’à présent plutôt minces, de sorte que ces nouvelles informations sont importantes à la fois symboliquement et pratiquement.

«Cela dit quelque chose lorsque notre gouvernement reconnaît l’existence de personnes trans qui ont toujours été tenues à l’écart de ces conversations et non comptabilisées, a déclaré Fae Johnstone. Mais il nous est également utile de mieux comprendre comment nous pouvons concentrer les interventions et remédier aux inégalités en matière de santé vécues par les personnes trans à travers le pays.»

Les démographes du gouvernement ont déclaré qu’ils utiliseraient le «sexe à la naissance» pour comparer les données historiques sur le «genre». Dans certains cas, a déclaré Statistique Canada, il sera nécessaire d’«agréger les données dans une variable sur le genre à deux catégories» pour protéger la confidentialité des réponses fournies. Ces catégories seront «hommes+» et «femmes+», chacune comprenant aussi les personnes non binaires de ce groupe.

L’inclusion des personnes transgenres dans le recensement fait partie d’un mouvement plus large du gouvernement libéral pour être plus inclusif de la communauté LGBTQ.

En 2017, le gouvernement a ajouté l’identité et l’expression de genre à la liste des motifs de discrimination interdits en vertu de la Loi canadienne sur les droits de la personne Il a aussi modifié le Code criminel pour inclure ces mêmes groupes dans la liste des «groupes identifiables» qui pourraient être la cible de génocides et de crimes haineux.

L’année suivante, le budget fédéral a noté les efforts de Statistique Canada pour refléter la diversité des genres dans le recensement et a alloué des fonds à l’agence pour créer un nouveau Centre des statistiques sur le genre, la diversité et l’inclusion.

Mme Johnstone a déclaré que ce gouvernement a été bon à certains égards sur les questions LGBTQ, mais qu’il n’a pas été parfait. «Je pense que ma plus grande critique de ce gouvernement sur les questions LGBTQ est qu’il utilise les bons mots au bon endroit. Mais c’est la livraison, la mise en œuvre que je veux vraiment voir se produire», a-t-elle déclaré.