Le saumon de l’Atlantique demeure en difficulté, selon un nouveau rapport

HALIFAX — Les retours de saumons de l’Atlantique adultes de l’année dernière en Amérique du Nord étaient parmi les plus bas d’une série de données de 49 ans, poursuivant une tendance à la baisse qui menace la durabilité de l’espèce, écrit la Fédération du saumon Atlantique dans son rapport annuel publié jeudi.

Les scientifiques de l’organisme estiment que 103 900 grands saumons sont revenus dans les 86 rivières étudiées en 2019, une baisse par rapport à l’estimation de 131 800 grands saumons l’an dernier.

La grande majorité des grands saumons en Amérique du Nord reviennent dans trois régions: la Labrador, le Québec et le sud du golfe du Saint-Laurent.

Selon la définition de la fédération, un grand saumon est un spécimen adulte de saumon de l’Atlantique ayant passé au moins deux ans en mer et ayant frayé aux moins deux fois.

Parallèlement, les chercheurs ont estimé que 332 000 madeleineaux — un saumon adulte n’ayant passé qu’un hiver en mer — ont remonté leur rivière d’origine, ce qui constitue le 8e plus faible nombre des cinq dernières décennies.

La Fédération du saumon Atlantique signale qu’au cours des dernières décennies, la récolte humaine de saumon sauvage a été considérablement réduite grâce à une série de mesures de conservation, ce qui a contribué à stabiliser certaines populations.

Néanmoins, le rétablissement de l’espèce a été entravé.

Bill Taylor, président de la Fédération, explique que le saumon sauvage de l’Atlantique a du mal à s’adapter au réchauffement des rivières, au changement des océans et à la pression du développement humain qui continue de modifier les cours d’eau et les paysages.

Il faudra, à son avis, que les gouvernements, les Premières Nations, les groupes de bassins versants et les organisations non gouvernementales (ONG) s’associent sur des projets prioritaires pour que les choses changent.

D’après l’organisme, les pêcheurs autochtones ont récolté 57 % des prises permises, contre 40 % pour les pêcheurs sportifs, deux pour cent pour les pêches alimentaires du Labrador et un pour cent pour les habitants de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Ensemble, tous ces groupes ont consommé 127 tonnes métriques de saumon l’an dernier.

Le rapport signale qu’en Amérique du Nord, l’habitat d’eau douce a été dégradé par les barrages, la foresterie industrielle, l’agriculture à grande échelle et les espèces envahissantes, ce qui rend les rivières moins résistantes aux changements climatiques.

Bill Taylor explique que l’effet combiné fait en sorte que moins de tacons survivent pour devenir des saumoneaux et que ceux qui y parviennent réussissent difficilement à atteindre leurs aires d’alimentation océaniques.

La fédération et ses partenaires du Groenland et de l’Islande se sont entendus pour réduire les pêches en mer. Toutefois, ils reconnaissent que beaucoup de travail reste à faire dans les rivières du Canada et des États-Unis.

D’après la Fédération du saumon Atlantique, il est également temps pour Pêches et Océans Canada de faire un suivi de sa politique de conservation et d’aller plus loin en soutenant un nouveau modèle qui inclut les provinces, les communautés autochtones et les ONG.

L’une des recommandations qui devaient être réalisées en 2019 était de s’assurer que les actions du Canada soient compatibles avec les objectifs de l’Organisation pour la conservation du saumon de l’Atlantique Nord (acronyme NASCO en anglais).

Cet organisme international a été créé par une convention signée en 1984 dans le but de conserver, rétablir, augmenter et mieux gérer la population grâce à la coopération internationale.

Mais selon la fédération, après deux rondes de révision du plan de Pêches et Océans Canada, le document ne contenait toujours pas d’actions jugées acceptables en matière d’aquaculture par la NASCO.

Pour la Fédération du saumon Atlantique, il devient évident pour la communauté internationale que le Canada n’a pratiquement rien fait, malgré ses engagements, pour assurer la conservation de l’espèce.