Le scandale UNIS arrive à un mauvais moment pour les conservateurs

OTTAWA — La controverse déontologique entourant les liens de la famille Trudeau au groupe UNIS survient à un mauvais moment pour les conservateurs, eux qui s’approchent de la dernière ligne droite de la course à la direction de leur parti.

Le commissaire fédéral aux conflits d’intérêts et à l’éthique Mario Dion mène une enquête pour déterminer si Justin Trudeau a enfreint la loi sur les conflits d’intérêts en attribuant un contrat de plusieurs millions de dollars à l’organisation UNIS, qui, par le passé, avait versé des honoraires à la mère et au frère du premier ministre pour des participations à des événements du groupe.

Vendredi, les députés conservateurs ont annoncé que le parti ne chercherait pas à profiter du scandale pour tenter de renverser le gouvernement en position minoritaire à la Chambre des communes.

Il faut dire que le chef actuel, Andrew Scheer, n’occupera ce poste que jusqu’à la fin du mois d’août.

Les membres pourront voter au cours des prochaines semaines pour choisir son remplaçant. Le nom du vainqueur sera annoncé à la fin du mois d’août.

Les libéraux tentent de se défendre en affirmant que la décision d’attribuer le contrat pour gérer le programme de Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant de 900 millions $ avait été prise par la fonction publique qu’ils qualifient de «non partisane».

Devant la controverse, UNIS et le gouvernement ont finalement renoncé au contrat.

Comment le successeur de M. Scheer compte-il s’occuper de cet enjeu ? La Presse Canadienne a posé la question aux quatre candidats.

Selon l’un des deux favoris de la course, Peter MacKay, la controverse soulève des questions sur la nécessité d’élargir et de renforcer le pouvoir du commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique. Si un politicien a enfreint la loi sur les conflits d’intérêts, il pourrait en fait être vraiment sanctionné.

Il suggère aussi un meilleur examen éthique pour quiconque devient premier ministre afin de s’assurer qu’il n’existe pas un brouillage entre sa vie privée et son rôle public.

Le candidat condamne la décision de M. Trudeau de ne pas s’être récusé lorsque le conseil des ministres a examiné l’attribution du contrat à UNIS, malgré les liens entre des membres de sa famille et l’organisme.

«Il est essentiel de garder la confiance de la population envers les titulaires de charges publiques, souligne-t-il. [Son comportement] sape cette confiance.»

M. MacKay doit jouer de prudence. Sa femme Nazanin Afshin Jam, une militante des droits de la personne, a déjà prononcé des discours lors d’événement d’UNIS. Selon l’organisation de M. MacKay, elle n’a pas été payée par l’organisme.

L’ancien ministre du gouvernement Harper mentionne qu’un vote de confiance n’est pas une question simple. «Nous ne pouvons pas perdre de vue la situation dans son ensemble, à savoir la crise économique et sanitaire qui fait toujours rage à cause de la COVID-19», fait-il valoir.

Son principal adversaire Erin O’Toole laisse entendre que la controverse augmentait les possibilités du déclenchement d’une élection générale dès l’automne.

Quand on a demandé à son organisation si M. O’Toole chercherait à renverser le gouvernement, une porte-parole n’a pas répondu directement à la question, se contentant de dire que la menace d’un scrutin automnal serait plus pesante à cause du scandale.

M. O’Toole soutient la demande de son parti pour une enquête policière. Dans un courriel, la porte-parole de son organisation, Mélanie Paradis, dit que celui-ci, siégeant déjà à la Chambre des communes, serait prêt à affronter M. Trudeau à ce sujet dès le premier jour.

«À titre de chef, Erin défendra les Canadiens et ira au fond de cette histoire de corruption», a-t-elle déclaré. L’organisation n’a pas précisé comment il procéderait.

Les enfants d’O’Toole ont également assisté à des événements organisés par UNIS. Lui-même a prononcé un discours dans sa circonscription. L’organisation dit que sa famille n’a jamais bénéficié financièrement d’UNIS.

Leslyn Lewis dit avoir confiance au commissaire Dion qui, selon elle, s’est montré capable par le passé d’examiner à fond les problèmes d’éthique, notamment ceux ayant rapport au premier ministre Trudeau.

«Le problème est que chaque fois que le commissaire Dion prouve que M. Trudeau enfreint les règles, celui-ci hausse les épaules et continue, déplore l’avocate de Toronto. La seule façon de tenir Justin Trudeau responsable est de le rejeter [aux élections]. J’ai hâte de mener la charge et de le remplacer par un gouvernement honnête et éthique.»

Quant au député Derek Sloan, son organisation n’a pas répondu aux deux demandes d’entrevue de La Presse Canadienne.

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