Le scrutin par correspondance à Terre-Neuve-et-Labrador est-il discriminatoire ?

SAINT-JEAN, T.-N.-L. — La décision du directeur général des élections (DGE) de Terre-Neuve-et-Labrador de tenir un scrutin par correspondance seulement à cause d’une éclosion de COVID-19 risque de priver des citoyens de leur droit de vote, soutiennent certains.

Face à une éclosion dans la province depuis une semaine, le DGE de Terre-Neuve-et-Labrador a annulé vendredi le vote en personne partout, moins de 12 heures avant l’ouverture des bureaux de scrutin dans une grande partie de la province, samedi. Le DGE avait déjà reporté plus tôt le scrutin dans près de la moitié des circonscriptions, autour de la capitale, Saint-Jean, épicentre de l’éclosion.

Patricia Johnson-Castle, candidate néo-démocrate dans la circonscription de Torngat Mountains, au Labrador, raconte que lorsqu’elle a appris le changement, vendredi, elle a tout de suite pensé que des électeurs seraient privés de leur droit.

Mme Johnson-Castle explique qu’il sera très difficile pour des électeurs des communautés éloignées, innues, accessibles par avion, sur la côte nord du Labrador d’envoyer leur bulletin de vote à Saint-Jean avant la date limite du 5 mars, en raison des barrières linguistiques, des télécommunications irrégulières et de la lenteur du service postal.

Elle rappelle aussi que plusieurs résidents des communautés côtières du Labrador ne disposent pas d’internet ou même du téléphone à la maison, ce qui les empêchera même de demander leur bulletin de vote — en particulier avec les mesures de confinement, qui les empêchent d’utiliser le téléphone ou internet en dehors de leur résidence.

Dan Meades, coordonnateur de l’Association des maisons d’hébergement pour femmes et enfants de la province, rappelle de son côté que pour obtenir un bulletin de vote par correspondance, il faut fournir une adresse fixe et pourvoir accéder à un service téléphonique ou internet — ce qui signifie que certaines personnes ne pourront pas voter.

M. Meades rappelle que les personnes sans pièce d’identité ou sans domicile fixe pouvaient utiliser au bureau de scrutin une déclaration sous serment pour prouver leur identité, ce qui ne sera plus possible dans un scrutin par correspondance.

«Nous sommes confrontés (…) à une vague de pauvreté à Terre-Neuve-et-Labrador qui est à mon avis sans précédent, même pendant le moratoire sur la pêche à la morue», a-t-il déclaré. «Les voix des plus vulnérables doivent être prioritaires dans chaque décision que nous prenons.»

Les responsables de la santé publique signalaient lundi sept nouveaux cas de COVID-19 dans la province, dont six dans la région sanitaire «de l’Est», qui comprend Saint-Jean. La province compte actuellement 298 cas actifs déclarés et une personne est hospitalisée de la maladie. Selon la médecin hygiéniste en chef, la docteure Janice Fitzgerald, 21 autres cas présumés positifs à la suite de tests rapides n’ont pas encore été confirmés. 

Le ministre de la Santé, John Haggie, a annoncé qu’on s’apprêtait à augmenter la capacité globale de dépistage. La province devrait être en mesure d’analyser 7000 échantillons par jour d’ici la fin de la semaine prochaine, alors que la capacité actuelle est d’environ 2300 échantillons par jour, a-t-il soutenu lundi. 

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