Le Sénat étudie un projet de loi pour aider les jurés à obtenir de l’aide

OTTAWA — Tina Daebzer demeure hantée par le souvenir du procès intenté contre le tueur en série et violeur Paul Bernardo.

Elle était l’une des 12 jurés qui ont trouvé Bernando coupable de deux meurtres au premier degré et deux agressions sexuelles graves.

Mme Daenzer et Mark Farrant, qui milite lui aussi pour les droits des jurés, se sont rendus jeudi à Ottawa pour y entendre la seconde lecture d’un projet de loi sénatorial visant à faciliter de l’aide psychologique pour les membres d’un jury.

«C’est une expérience qui a changé ma vie, raconte Mme Daenzer au cours d’une entrevue à La Presse canadienne. Ces vidéos qu’on a dû regarder dans la salle du tribunal étaient atroces. On y voyait des filles violées, tortuées qui plaidaient pour leur vie. On ne les a pas visionnées qu’une seule fois. On les a regardées et regardées encore. Le soir, je revenais chez moi et je me les rejouais dans ma tête.»

Chaque fois que Bernardo demande une libération conditionnelle, elle prend peur en se demandant s’il pouvait la retracer s’il sortait de prison.

«Pour être franche, après 25 ans, je ne marche jamais seule dans un parc. Je ne marche jamais seule lorsque l’obscurité est tombée. Même après tout ce temps, cela a changé radicalement ma vie.»

L’an dernier, un projet de loi d’initiative parlementaire présenté par un député conservateur pour aider les jurés avait été voté à la Chambre des communes avant d’être déposé au Sénat.

Ce projet de loi cherche à amender l’article 649 du Code criminel sur la divulgation des délibérations d’un jury. À l’heure actuelle, celui-ci interdit aux jurés de discuter des délibérations, ce qui peut les empêcher à obtenir de l’aide psychologique.

M. Farrant souligne qu’il n’existe aucune différence entre le projet de loi adopté par les députés et celui présenté au Sénat.

«Ce projet de loi est nécessaire afin de fournir aux jurés l’aide qu’ils méritent de recevoir. Cela permettrait de relâcher les restrictions empêchant un juré de discuter de certains aspects d’un procès et des délibérations avec un médecin. Les jurés portent le fardeau de leur expérience pendant toute leur vie.»

M. Ferrant a souffert du syndrome du stress post-traumatique (SSPT) après avoir été juré au cours d’un procès pour meurtre en Ontario en 2014. Il a éprouvé des difficultés à obtenir des soins.

Mme Daenzer dit avoir été diagnostiquée du SSPT.

Les deux ont comparu jeudi devant le comité permanent des finances de la Chambre des communes afin de demander de l’aide financière pour les jurés dans le prochain budget

Ils ont tous fondé la Commission canadienne des jurys afin de donner une voix nationale aux jurés.

«La police a une voix, les premiers intervenants ont une voix, les employés d’un tribunal ont une voix. Tout le monde a une voix, même les victimes. Mais les jurés, eux, n’en ont pas», a déploré Mme Daenzer.

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