Le sort de la canalisation 5 ne doit pas être déterminé aux États-Unis, dit Enbridge

WASHINGTON — Les tribunaux des États-Unis prendraient «de très nombreuses années» pour résoudre le litige entre le Canada et le Michigan sur la canalisation 5, a déclaré mardi l’exploitant de l’oléoduc aux députés alors qu’il plaidait pour une solution négociée du différend.

La fermeture de l’oléoduc transfrontalier déclencherait une crise majeure de l’emploi et de l’énergie dans les deux pays et entraverait les efforts collectifs de lutte contre le changement climatique, a soutenu Vern Yu, vice-président d’Enbridge, devant un comité de la Chambre des communes.

«Les enjeux ne pourraient être plus élevés», a soutenu M. Yu devant le Comité spécial des Communes sur la relation économique entre le Canada et les États-Unis.

«La fermeture de l’oléoduc pourrait causer de graves dommages économiques aux citoyens des États-Unis et du Canada.»

La canalisation 5, qui traverse le Michigan de la ville de Superior au Wisconsin à Sarnia, en Ontario, traverse les Grands Lacs sous le détroit de Mackinac, qui relie le lac Michigan au lac Huron.

Enbridge veut construire un tunnel sous le détroit pour abriter une version améliorée du double oléoduc — un projet que le Michigan a déjà approuvé — mais a besoin que la canalisation existante continue de fonctionner entre-temps.

La gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, a révoqué la servitude de 1953 ayant permis à l’oléoduc de fonctionner sans incident pendant plus de 65 ans, accusant Enbridge d’avoir violé les termes de l’accord. Elle veut que la canalisation soit fermée à la mi-mai.

Enbridge se bat contre cette décision devant la Cour fédérale, mais si cela reste leur seul recours, les retombées pourraient être graves, a prévenu M. Yu.

«Nous pensons qu’il y aura des examens à plusieurs niveaux dans les tribunaux fédéraux américains, et que cet examen prendra de très nombreuses années», a-t-il indiqué.

«Il est essentiel que nous essayions de trouver une solution diplomatique négociée qui enlèverait cela des mains de la Cour et fournirait un résultat raisonnable pour toutes les personnes impliquées.»

M. Yu, qui dirige la division Pipelines de liquides de l’entreprise de Calgary, a rapidement souligné qu’Enbridge ne voyait aucun moyen pour un tribunal américain d’accepter la demande d’injonction de Mme Whitmer visant à fermer la canalisation 5.

Un juge fédéral de Grand Rapids, au Michigan, réfléchit actuellement à la question de savoir si l’affaire appartient ou non à un tribunal d’État. Une audience est prévue le 12 mai.

M. Yu a déclaré qu’Enbridge avait demandé au gouvernement fédéral à Ottawa d’appuyer son argument selon lequel l’affaire devrait être entendue devant la Cour fédérale, étant donné que les oléoducs inter-États et internationaux constituent un enjeu national.

«Cela dit, nous aimerions évidemment continuer à travailler avec l’État, car nous pensons que l’oléoduc est essentiel pour toute la région des Grands Lacs.»

Tensions entre le Canada et les États-Unis

La «canalisation 5» est devenue le plus récent point de friction dans les relations entre le Canada et les États-Unis, à peine deux mois après que le président Joe Biden a annulé le projet d’expansion aux États-Unis du pipeline transfrontalier canadien Keystone XL.

Cela démontre simplement que les relations bilatérales amicales entre les deux pays ne doivent jamais être tenues pour acquises, estime Maryscott Greenwood, directrice générale du Conseil canado-américain des affaires.

«Bien que les relations entre le Canada et les États-Unis soient assez solides et que nous bénéficions de toutes sortes d’avantages historiques, nos activités ne sont pas conduites dans un chœur apaisant de « Kumbaya »», a illustré Mme Greenwood devant le comité.

Le Canada ferait bien de maintenir le «pied de guerre» qu’il a adopté à l’époque Trump et de concentrer ses efforts diplomatiques sur la défense des intérêts économiques des États-Unis tout autant que des intérêts canadiens, a-t-elle indiqué.

Des milliards de pertes potentielles

Mark Agnew et Aaron Henry de la Chambre de commerce du Canada ont également témoigné mardi, exposant en termes clairs les conséquences économiques et environnementales potentielles d’une fermeture.

Couper l’oléoduc, qui transporte quelque 540 000 barils de combustibles fossiles par jour à travers le Michigan, coûterait 65 milliards $ de revenus directs et 28 milliards $ de revenus indirects dans le commerce annuel, a signalé M. Henry, le directeur principal, ressources naturelles et durabilité à la Chambre.

Il répond à plus de la moitié de la demande de propane de l’État, soutient 29 000 emplois à Sarnia, en Ontario, à lui seul, et le remplacement de sa capacité nécessiterait 800 wagons ou 2000 camions par jour, a-t-il ajouté.

«Il n’y a pas d’alternative à la canalisation 5, simplement parce que la capacité d’absorber les produits acheminés par la canalisation 5 n’existe pas.»

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