Le sort des libéraux est entre les mains des électeur ontariens

TORONTO — Kathleen Wynne a déjà reconnu qu’elle ne sera pas la première ministre de l’Ontario après les élections de jeudi, mais le sort de son parti libéral dépend maintenant de la manière dont son plaidoyer de dernière minute aura été entendu par les électeurs qui se rendront aux urnes.

L’admission inattendue de Mme Wynne, le week-end dernier, que son parti ne gagnerait pas a été suivie d’un appel à l’élection du plus grand nombre possible de libéraux — une mesure qui, selon elle, vise à priver ses rivaux néo-démocrates ou progressistes-conservateurs d’une majorité.

Face à des sondages qui permettent de craindre que les libéraux fassent élire moins de dix candidats, le bonzes de la formation ont admis que l’appel de Mme Wynne était également un ultime effort pour protéger le statut officiel de parti politique, pour lequel huit sièges sont nécessaires.

Cette élection pourrait marquer la première fois que les libéraux provinciaux — au pouvoir depuis 15 ans — tombent si rapidement du «sommet du gouvernement majoritaire à l’abîme», a déclaré l’analyste Dan Rath, l’auteur d’un livre sur la dégringolade de l’ancien premier ministre libéral David Peterson. 

«Je pense que vous devez reculer il y a près d’un siècle (…) pour trouver une situation comparable en termes de défis auxquels le parti fait face», a-t-il dit, en soulignant le déclin dramatique des libéraux au début des années 1900 et leur résurgence éventuelle dans les années 1930 sous la direction de Mitch Hepburn.

M. Rath ajoute que le changement social et culturel qui a propulsé Donald Trump à la présidence américaine en 2016 a aussi joué un rôle dans les élections en Ontario, quand le chef conservateur Doug Ford a utilisé des messages populistes pour séduire les électeurs.

M. Rath suggère que le plaidoyer de Mme Wynne pour sauver les sièges des libéraux visait à saper les néo-démocrates d’Andrea Horwath, afin d’ouvrir la voie à un retour des libéraux après ce qui pourrait être une défaite apocalyptique.

«(…) Face à un gouvernement (conservateur), minoritaire ou majoritaire, les libéraux croient qu’ils ont les meilleures chances de se reconstruire dans les prochaines années, a-t-il dit. Si le NPD forme un gouvernement, surtout s’il parvient à dégager une majorité, Andrea Horwath sera première ministre pour deux ou trois mandats.»

Le NPD, a expliqué M. Rath, contrôlerait le vote progressiste.

«Dans ce contexte, il sera beaucoup plus difficile pour les libéraux de se redonner un semblant de crédibilité», a-t-il déclaré.

Peu importe qui gagne, «les libéraux se retrouveront dans un environnement très différent vendredi matin», a-t-il ajouté.

Mme Wynne, qui se bat aussi pour sa réélection dans sa circonscription de l’est de Toronto, a refusé d’indiquer si elle resterait chef de parti, disant seulement que ces questions trouveront une réponse plus facile une fois les bulletins comptés.

«J’espère sincèrement que je gagnerai ma place et que je pourrai continuer à représenter les habitants de Don Valley-Ouest, mais les gens de la province prendront une décision», a déclaré la cheffe libérale, qui a pris la tête du parti en 2013, le menant à la majorité un an plus tard.

La première ministre, qui a été élue pour la première fois à titre de conseillère scolaire, a vu sa cote de popularité personnelle chuter au cours de son mandat au gouvernement. Elle a été critiquée pour des décisions qui comprennent un budget printanier qui a replongé la province dans le déficit, la privatisation partielle de Hydro One et le rythme auquel les augmentations au salaire minimum sont apportées.

Mme Wynne a toutefois déclaré qu’elle a toujours fait des progrès de l’Ontario une priorité et elle a reconnu que la campagne menée ces derniers jours était une expérience émouvante, puisqu’elle savait qu’elle ne dirigerait plus la province.

«C’est difficile, mais honnêtement, cela me permet de penser aux problèmes beaucoup plus importants», a-t-elle déclaré.

«Mon espoir sincère est que rien ne prenne fin, mon espoir sincère est que nous avons construit une base solide qui a permis à notre économie d’être forte, a rendu notre air plus propre, a rendu notre eau propre, nous a permis d’avoir l’une des mains-d’œuvre les plus instruites au monde et que tout cela permette la poursuite de ce que nous construisons.»

Les plus populaires