Le sous-financement «chronique» des corps de police autochtones dénoncé

MONTRÉAL — Le président de l’Association des chefs de police des Premières nations appelle Ottawa et Québec à s’attaquer au «sous-financement chronique» des corps de police autochtones dont fait état l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées dans son rapport publié cette semaine.

Dwayne Zacharie affirme que le manque de financement des services de police autochtones est un problème de longue date qui doit être enfin réglé.

M. Zacharie, qui est aussi chef des Peacekeepers de Kahnawake, plaide que les communautés des Premières Nations ont droit aux mêmes services que tout le monde.

Un rapport complémentaire de l’enquête nationale traitant spécifiquement du Québec mentionne que c’est dans cette province que l’on retrouve le plus de corps de police autochtones indépendants, avec un total de 22.

Or, le «sous-financement chronique» de ces corps de police a entraîné des conséquences, selon le rapport: il y a des problèmes de recrutement et de rétention des employés, il manque de femmes et d’Autochtones parmi les agents, la formation est difficilement accessible et il y a une mauvaise communication entre les différents départements.

En raison des taux de roulement élevés, le travail complexe du maintien de l’ordre dans les communautés autochtones incombe souvent à des agents jeunes et inexpérimentés, n’ayant que quelques mois de travail à leur actif, est-il écrit dans le rapport.

Modèle de financement critiqué

Certains des problèmes émanent des ententes de financement entre les communautés et les gouvernements fédéral et provincial, qui doivent être renégociées tous les trois à cinq ans.

«Le modèle de financement actuel rend difficile, parfois impossible, la mise en place de plans et stratégies au-delà de trois années, période correspondant à la durée des ententes tripartites négociées», peut-on lire dans le rapport.

Selon M. Zacharie, les corps de police des Premières Nations sont souvent perçus comme des services de «seconde classe», même si les agents graduent des mêmes écoles de police.

Bien que le gouvernement fédéral ait récemment promis de veiller à ce que les accords de financement deviennent permanents, il est difficile d’en être sûr tant que les services de police des Premières Nations ne seront pas déclarés comme des services essentiels, a-t-il ajouté.

«Nous avons besoin d’une formation plus avancée, nous avons besoin de ressources pour faire plus, pour donner à nos communautés les services que nous méritons», a-t-il soutenu.

Plusieurs recommandations

Le rapport a formulé un certain nombre de recommandations concernant les services de police autochtones, dont un financement accru à long terme, une meilleure coordination entre les forces de police, une meilleure formation des cadets de police sur les réalités socioculturelles des communautés autochtones et un accès à une formation complète pour les agents autochtones.

Pierre Saint-Antoine, un porte-parole de l’École nationale de police du Québec, a assuré que son organisation prenait le rapport au sérieux et travaillait d’arrache-pied pour augmenter le nombre d’agents autochtones et améliorer leur formation.

«Il y a clairement encore des choses qu’on a à améliorer et on entend réfléchir avec les Autochtones et avec les gens du milieu pour améliorer nos façons de faire», a-t-il déclaré en entrevue téléphonique.

Environ 15 policiers graduent chaque année dans le programme de formation autochtone, conçu pour préparer les officiers aux conditions difficiles auxquelles ils peuvent être confrontés dans des communautés isolées.

M. Saint-Antoine affirme que tous les étudiants à l’école, dont ceux qui font la formation régulière, reçoivent une formation sur l’histoire des pensionnats autochtones et sur l’héritage colonial du Canada, dispensée par des partenaires autochtones, dont Femmes autochtones du Québec.

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