Le STTP dépose une plainte de pratique déloyale de travail contre Uber

Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) a transporté ses critiques au sujet des pratiques des travailleurs d’Uber Technologies devant la Commission des relations de travail de l’Ontario, où il a déposé une plainte liée à un accord récent entre le géant du covoiturage et un syndicat rival. 

La plainte pour pratiques déloyales, déposée jeudi par le STTP, accuse le service de livraison d’avoir violé la Loi sur les relations de travail lorsqu’elle a signé, en janvier, un accord avec les Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC). 

L’entente avec les TUAC prévoit d’offrir une représentation aux quelque 100 000 conducteurs et messagers d’Uber, lorsque ces derniers le demandent, mais ne prévoit pas leur syndicalisation. Uber et les TUAC couvrent conjointement les frais de représentation, qui ne sont pas facturés aux travailleurs. 

Le STTP affirme que cette entente a été conclue à l’insu des travailleurs et prétend qu’Uber a utilisé son application et ses listes d’envoi par courriel pour en faire la promotion auprès de ses conducteurs et messagers. 

«Nos lois du travail interdisent à un employeur de favoriser un syndicat plutôt qu’un autre durant une campagne de syndicalisation», a affirmé la présidente nationale du STTP, Jan Simpson, dans un communiqué. 

«Les travailleuses et travailleurs sont censés pouvoir exercer un choix démocratique, libre et équitable. Qu’Uber ait influencé ou restreint ce choix est répréhensible, sans compter qu’il s’agit d’une mesure illégale en Ontario.» 

Mais la porte-parole d’Uber, Keerthana Rang, soutient que l’entreprise n’enfreint pas la Loi sur les relations de travail et ne fournit pas de listes de noms ou de coordonnées de conducteurs et de messagers aux TUAC. 

«Nous nous sommes réunis avec les TUAC Canada pour trouver un terrain d’entente et tracer une nouvelle voie vers un avenir meilleur pour les travailleurs basés sur des applications», a-t-elle affirmé dans un courriel. 

Elle a fait valoir que l’accord donnait aux conducteurs et messagers ce qu’ils voulaient — de la flexibilité, une voix et des avantages — et a noté que 85 % d’entre eux soutenaient l’accord. 

Les TUAC Canada, qui représentent au moins 250 000 travailleurs d’entreprises comme Aliments Maple Leaf, les Compagnies Loblaw et Molson Coors entreprise de boissons, n’ont pas immédiatement répondu à une demande de commentaires. 

Pas un menu «à la carte» 

Les conducteurs et messagers d’Uber sont considérés comme des travailleurs autonomes puisqu’ils peuvent choisir quand, où et à quelle fréquence ils travaillent, mais en échange, ils n’ont aucune sécurité d’emploi, aucune indemnité de vacances ni aucun autre avantage. 

Lorsque l’entente a été signée, les TUAC Canada et Uber ont convenu de travailler pour encourager les provinces à imposer des politiques offrant aux travailleurs «de petits boulots» de nouveaux avantages et d’autres droits. 

Dans une vidéo annonçant l’entente, le président national des TUAC Canada, Paul Meinema, soulignait que les deux entités défendraient conjointement «des normes législatives à l’échelle de l’industrie comme des garanties de salaire minimum, un fonds d’avantages sociaux, une voie vers la syndicalisation et d’autres droits pour les travailleurs du secteur s’appuyant sur des applications».  

Depuis lors, le STTP n’a pas manifesté d’intérêt pour cette partie de l’entente, a noté Mme Rang. 

Son entreprise a présenté aux provinces et aux territoires un modèle appelé Flexible Work+, qui obligerait les entreprises qui s’appuient sur des applications à créer un fonds d’avantages sociaux autogéré à distribuer aux travailleurs pour les ordonnances, les soins dentaires et oculaires, les REER ou les droits de scolarité. 

Des travailleurs ont affirmé que le modèle n’offrirait pas toutes les protections qu’ils souhaitaient et ont accusé Uber d’utiliser cette proposition pour éviter de traiter ses conducteurs et ses messagers comme des employés. 

Parmi les plus grands critiques du modèle figure Gig Workers United, un groupe qui se bat pour plus de droits et d’avantages sociaux, pour que les travailleurs de l’industrie des services sur applications soient classés comme des employés plutôt que comme des entrepreneurs indépendants et pour qu’ils puissent se syndiquer. 

«Tout comme l’adhésion syndicale, les droits en matière d’emploi ne font pas partie d’un menu à la carte à partir duquel on peut choisir ceux qui nous intéressent», a affirmé Jennifer Scott, présidente de Gig Workers United, dans le même communiqué que Mme Simpson.

«Nous avons été sur le terrain pour mobiliser les gens et leur parler, de travailleur à travailleur, et nous savons ce que souhaitent les travailleuses et travailleurs à la demande: ils veulent être reconnus à titre d’employés. Nous voulons et méritons des droits complets et égaux, et l’employeur n’a pas à choisir les droits qui devraient nous être accordés.» 

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