Le tremblement de terre pourrait aggraver la crise humanitaire en Afghanistan

Certains Canadiens d’origine afghane craignent que le séisme de magnitude 6 de mercredi dans l’est de l’Afghanistan n’aggrave la crise humanitaire déjà marquée du pays.

Les médias d’État afghans ont indiqué que le bilan du tremblement de terre s’élevait désormais à 1150 morts, avec environ 3000 blessés, après qu’une réplique de magnitude 4,2 a fait plus de morts vendredi. Près de 3000 maisons ont également été détruites ou gravement endommagées, selon les rapports.

«J’étais bouleversée», a témoigné Nooria Kamran, cofondatrice et directrice exécutive de Children Without Borders, une organisation afghano-canadienne qui lutte contre le travail des enfants en Afghanistan.

«C’est très choquant ce qui se passe en Afghanistan, parce que, chaque jour, il y a quelque chose de nouveau, il y a quelque chose de plus choquant que ce qui s’est passé la veille», a-t-elle dit.

Jusqu’à présent, la réponse humanitaire a pris du retard à la fois en taille et en rapidité en raison du manque de fournitures prépositionnées et du niveau de faim et de pauvreté qui existe déjà en Afghanistan. Les fortes pluies et les vents ont également entravé les efforts de sauvetage.

Children Without Borders avait du personnel sur le terrain qui distribuait des colis alimentaires et des fonds pour le traitement médical dans la province de Paktika, l’épicentre du séisme. Mme Kamran a précisé que la province, rurale et montagneuse, est plus difficile pour les organisations qui fournissent de l’aide. 

«Il y a un manque de matériel médical, il y a un manque de nourriture, il y a toutes sortes de besoins en Afghanistan en ce moment», a ajouté Mme Kamran.

Les maisons de la région ont également des fondations plus fragiles que celles des villes afghanes, ce qui les rend plus susceptibles de s’effondrer, a-t-elle complété.

Des milliers de maisons en pierre et en brique crue se sont effondrées lors du tremblement de terre, piégeant souvent des familles entières dans les décombres. Beaucoup de ceux qui ont survécu ont passé la première nuit dehors sous une pluie froide. Depuis lors, les villageois enterrent leurs morts et creusent les décombres à la main à la recherche de survivants.

L’Afghanistan était déjà confronté à la pire crise humanitaire de son histoire récente après que les talibans ont pris le contrôle du pays l’année dernière, et un séisme en plus de cela est «incroyable» et «déchirant», a dit Adeena Niazi, fondatrice et directrice exécutive de l’Organisation des femmes afghanes, établie à Toronto.

L’Afghanistan est aux prises avec une pauvreté stupéfiante et s’enfonce dans une crise économique après que de nombreux pays ont retiré des financements et l’aide au développement essentiels à la suite de la prise de contrôle par les talibans.

«Le système de santé en Afghanistan s’est presque effondré, les hôpitaux sont fermés parce qu’ils ne reçoivent pas d’aide», a expliqué Mme Niazi.

«C’est déjà une énorme crise avec les services médicaux, mais maintenant, avec ce tremblement de terre, je ne sais pas ce qui va se passer», a-t-elle dit, ajoutant que de nombreux Afghans coincés sous les décombres pourraient mourir sans accès aux soins médicaux.

Mme Niazi a dit qu’elle craignait que la communauté internationale ne se précipite pas pour aider les victimes du tremblement de terre en Afghanistan par hésitation à remettre des fonds et des ressources à un gouvernement contrôlé par les talibans.

L’isolement international du pays complique également les efforts de secours, car moins d’organisations d’aide sont présentes dans le pays.

Pour montrer que l’aide aux victimes du tremblement de terre est la bienvenue, le chef suprême des talibans, Haibatullah Akhundzada, qui n’apparaît presque jamais en public, a demandé à la communauté internationale et aux organisations humanitaires «d’aider le peuple afghan touché par cette grande tragédie et de ne ménager aucun effort».

Le gouvernement actuel en Afghanistan cherche désespérément à aider son peuple, a indiqué Mme Niazi. «Je sais que (les talibans) sont contre les femmes, ils sont contre l’éducation des femmes, mais… ils n’ont pas la capacité, ils n’ont pas les ressources, ils ne peuvent rien faire», a-t-elle précisé.

«Les gens sont victimes des talibans et ils sont aussi faciles à ignorer. Ils sont punis par la communauté internationale parce qu’ils sont gouvernés par les talibans», a-t-elle ajouté.

Affaires mondiales Canada a déclaré que le gouvernement fédéral restait profondément préoccupé par la crise humanitaire persistante en Afghanistan et a présenté ses condoléances aux victimes du séisme et leurs familles. 

Le ministère a ajouté qu’il n’était au courant d’aucun Canadien touché par le tremblement de terre, mais qu’il continuera de surveiller la situation de près et de soutenir les organisations humanitaires expérimentées qui correspondent à toutes ses exigences pour répondre aux besoins des Afghans vulnérables.

En mars, le Canada a alloué 143 millions $ en aide humanitaire pour soutenir les populations vulnérables en Afghanistan et dans les pays voisins.

— Avec les informations de Jordan Omstead et d’Associated Press.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.