Le Tribunal ordonne à une entreprise de transport d’embaucher deux chauffeurs

MONTRÉAL — Le Tribunal ordonne à une entreprise de transport en commun d’embaucher deux chauffeurs qu’elle avait «illégalement refusé d’embaucher», parce qu’ils avaient déjà occupé des postes de représentants syndicaux au sein d’une autre entreprise. Il conclut à une «conduite antisyndicale» de l’entreprise.

Le Tribunal administratif du travail donne ainsi raison aux deux plaignants, André Côté et Denise Adam, que l’entreprise Autobus Fleur de Lys division de Shawinigan avait refusé d’embaucher.

La Ville de Shawinigan avait lancé un appel d’offres, le printemps dernier, pour effectuer du transport en commun. Le contrat avait été décroché par Autobus Fleur de Lys. Transport urbain de la Mauricie (TUM), qui avait perdu le contrat avait licencié tous ses chauffeurs.

Fleur de Lys s’était alors mise à recruter des chauffeurs. Des 16 ex-chauffeurs de Transport urbain de la Mauricie, 15 avaient été convoqués pour une entrevue. Deux ne s’étaient pas présentés; deux autres n’étaient pas intéressés par les conditions de travail. Parmi tous les autres, deux n’avaient pas été embauchés: les deux plaignants.

Or, M. Côté et Mme Adam avaient été respectivement président et trésorière du syndicat chez Transport urbain de la Mauricie, affilié à la CSD (Centrale des syndicats démocratiques).

Devant le Tribunal, Fleur de Lys avait soutenu que c’était pour d’autres raisons que les deux anciens représentants syndicaux n’avaient pas été embauchés comme chauffeurs.

L’entreprise avait invoqué le peu de disponibilité de l’un d’eux, puis son manque d’esprit d’équipe. Pour l’autre, l’entreprise avait invoqué le fait qu’il s’était tourné la tête pour adresser la parole à celui qui lui faisait passer un test routier, puis que le formateur ne s’était pas senti en sécurité pendant le test routier.

Or, la soi-disant peur du formateur n’était pas inscrite au dossier et il ne l’avait pas non plus rapporté lors de son témoignage. Et le dossier de conduite du chauffeur était vierge; il n’avait jamais eu d’accident et n’avait aucun point d’inaptitude.

Le Tribunal a jugé que les motifs invoqués par Fleur de Lys pour refuser de les embaucher étaient «cousus de fil blanc», alors que le témoignage des deux chauffeurs était empreint de sincérité et crédible.

La juge administrative Lyne Thériault conclut donc que «le refus d’embauche de monsieur Côté résulte, à l’instar de celui de madame Adam, d’une conduite antisyndicale de la part de FDL».

Elle déclare que Fleur de Lys a «illégalement refusé d’embaucher» Mme Adam et M. Côté en raison de leur statut passé de représentants syndicaux au sein d’une autre entreprise de transport. Elle ordonne donc à Fleur de Lys de les embaucher.