Le tueur de London a demandé à un chauffeur de taxi d’appeler la police

LONDON, Ont. — L’homme accusé d’avoir volontairement fauché une famille avec son véhicule à London, tuant quatre de ses membres, aurait ensuite demandé à un chauffeur de taxi d’alerter les policiers, a révélé mercredi le patron de l’entreprise de transport.

Hasan Savehilaghi, président de l’entreprise Yellow London Taxi, a raconté qu’un de ses chauffeurs profitait d’une pause cigarette et café, près de son véhicule, dimanche soir, lorsqu’une camionnette noire de type pick-up est arrivée à vive allure près de lui dans le stationnement désert d’un centre commercial.

Le conducteur de la camionnette se serait alors lancé dans une tirade d’injures à l’endroit de l’employé de l’entreprise de taxi selon M. Savehilaghi. Ce dernier a dit se faire le porte-parole de son employé qui a été grandement secoué par l’incident.

«Il a crié à notre collègue d’appeler la police parce qu’il avait tué quelqu’un», a relaté le patron de la compagnie de taxi.

C’est à ce moment-là que le chauffeur aurait remarqué les importants dommages à l’avant de la camionnette ainsi que les traces de sang. Il s’est précipité pour appeler le 911 et alors qu’il était en ligne, il a aperçu une autopatrouille passer tout près.

Sans hésiter, le chauffeur de taxi s’est dirigé en courant vers le véhicule de police pour informer la policière de ce qu’avait confessé l’homme au volant du pick-up. La policière et plusieurs de ses collègues ont ensuite procédé à l’arrestation du suspect.

Au moment de son arrestation, il portait un casque militaire et ce qui semblait être une veste pare-balle, d’après le témoignage du chauffeur de taxi et relayé par son patron. Sous son équipement militaire, il portait, selon le témoin, un t-shirt arborant une croix gammée.

«Il riait durant tout le temps de l’intervention et scandait quelque chose», a continué M. Savehilaghi. Le suspect aurait demandé au chauffeur de taxi de filmer son arrestation.

Le chauffeur de taxi est lui-même musulman, d’après les informations partagées par M. Savehilaghi, et il se repose chez lui.

«Je suis fier de lui, il a gardé son calme et a été très allumé de faire signe aux policiers pendant qu’il était au téléphone avec le 911. Il n’a pas paniqué, il a fait ce qu’il devait faire à chaque étape», a commenté son patron avec admiration.

Les autorités policières ont décrit l’attaque perpétrée dimanche comme un crime haineux islamophobe visant délibérément une famille en raison de sa foi musulmane.

Les quatre membres de la famille tués représentaient trois générations. Le seul membre à avoir survécu à l’attaque est un jeune garçon de neuf ans qui est toujours hospitalisé en raison de ses blessures graves.

Les victimes sont Salman Afzaal, 46 ans, son épouse Madiha Salman, 44 ans, leur fille de 15 ans Yumna Salman et la grand-mère paternelle Talat Afzaal, 74 ans.

Le suspect de 20 ans, Nathaniel Veltman, fait face à quatre chefs d’accusation de meurtre au premier degré et un chef de tentative de meurtre.

Parmi les nombreuses personnes endeuillées, il faut compter les voisins des victimes, dont Craig Tilford qui habite à quelques maisons de celle de la famille décimée.

«J’ai parlé avec Salman et son fils 24 heures avant que ça arrive», s’est-il souvenu.

«Mon ami et moi sommes très extravertis, mais pas Salman. Il a vu que mon ami et moi étions en conversation, alors il nous a salués. Mon ami en ourdou et moi en anglais», a raconté M. Tilford.

S’il n’était pas lui-même très proche de la famille, Craig Tilford était bien conscient qu’elle entretenait d’importants liens avec d’autres habitants du quartier.

Dès qu’une nouvelle famille arrivait du Pakistan, Salman et sa famille les accueillaient dans le quartier et les aidaient à s’installer. M. Tilford espère que ceux qui souffrent à la suite de la tragédie pourront se tourner vers leurs voisins plutôt que de se refermer sur eux-mêmes.

Sur les lieux du crime, mercredi, une pluie torrentielle a effacé les dernières traces de pneus sur le trottoir et les messages d’amour et de soutien dessinés à la craie.

Des montagnes de fleurs, de cartes et d’animaux en peluche se sont retrouvées détrempées pendant que des passants continuaient de s’arrêter pour honorer les victimes.

Pendant ce temps, tous les immeubles du gouvernement ontarien avaient mis leur drapeau en berne, mercredi, au lendemain d’une vigile qui a vu des milliers de personnes se rassembler en solidarité devant la mosquée de London.

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