Le vaccin contre la tuberculose est étudié contre le coronavirus

MONTRÉAL — Des chercheurs de partout sur la planète tentent de déterminer si le vaccin contre la tuberculose pourrait conférer une certaine protection face au SARS-CoV-2, le virus responsable de la maladie à coronavirus (COVID-19).

Des études à ce sujet sont notamment menées en France, en Espagne, aux Pays-Bas et en Australie.

Le vaccin BCG (bacille de Calmette et Guérin) existe depuis des dizaines d’années, et les scientifiques ont constaté au fil du temps qu’il semble générer une protection qui va au-delà de la seule tuberculose.

«Il y a des résultats qui proviennent autant d’études expérimentales chez les animaux que d’études chez les humains, de plus petite envergure jusqu’à maintenant, qui suggèrent que la vaccination au BCG pourrait renforcer le système immunitaire (…) pour aider à répondre d’une façon plus efficace à d’autres infections, donc des infections bactériennes et des infections virales qui ne sont pas nécessairement liées à la mycobactérie qui cause la tuberculose», a expliqué Marie-Claude Rousseau, une professeure et épidémiologiste de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) qui étudie le BCG depuis une quinzaine d’années.

On parle ici du phénomène «d’immunité entraînée» qui a été découvert il y a quelques années, a ajouté Mme Rousseau.

Les cellules immunitaires qui représentent la première ligne de défense de l’organisme semblent subir des modifications qui les rendent plus efficaces quand elles rencontrent un agent infectieux, même si ce n’est pas celui de la tuberculose.

«Dans la plupart des cas, les vaccins vont mener à la production d’anticorps spécifiques contre le virus pour lequel ils ont été conçus, a dit Mme Rousseau. Dans le cas du BCG, le vaccin mène à une augmentation de la réponse immunitaire cellulaire et non à une augmentation de la réponse immunitaire humorale.

«La réponse immunitaire cellulaire, c’est vraiment l’activation de la première ligne de défense du système immunitaire, et cette réponse-là ne fonctionne pas avec des anticorps qui sont spécifiques. Elle fonctionne par l’activation de cellules qui vont intervenir dans la réponse immunitaire et de façon non spécifique.»

Des études menées dans des pays en voie de développement, par exemple, ont constaté un taux de mortalité plus faible chez les enfants qui avaient été vaccinés par le BCG.

Deux rapports de l’Organisation mondiale de la Santé ont ainsi conclu ces dernières années à un effet protecteur du BCG, d’autant plus que la mortalité dans les pays en voie de développement est principalement liée aux maladies infectieuses.

«C’est une évidence un peu indirecte qui commence à être un peu convaincante, a commenté Mme Rousseau. Différentes études (…) suggèrent (…) qu’il pourrait y avoir une protection contre différentes infections virales.»

Les essais cliniques nous diront à court terme si le fait de donner ce vaccin à des travailleurs de la santé ou à des personnes âgées aide à prévenir l’infection ou à diminuer la sévérité de la maladie, a-t-elle conclu.