Le Vatican a puni un lauréat du prix Nobel accusé d’agressions sexuelles au Timor

VATICAN — Le Vatican a annoncé jeudi avoir imposé au cours des deux dernières années des sanctions disciplinaires à l’évêque Carlos Ximenes Belo, un lauréat du prix Nobel de la paix, en lien avec des allégations selon lesquelles il aurait sexuellement agressé des garçons au Timor-Oriental dans les années 1990.

Un porte-parole du Vatican a indiqué par voie de communiqué que le bureau responsable des agressions sexuelles a été informé des allégations «concernant le comportement de l’évêque» en 2019, et que des sanctions ont été imposées dans l’année qui a suivi.

On a notamment interdit à l’évêque d’entrer volontairement en contact avec des mineurs ou avec le Timor-Oriental.

Le porte-parole Matteo Bruni a ajouté que ces sanctions ont été «modifiées et renforcées» en novembre 2021.

Dans un article publié jeudi par le magazine néerlandais De Groene Amsterdammer, deux victimes présumées, identifiées comme étant Paulo et Roberto, affirment avoir été agressées par l’évêque Belo et que d’autres garçons l’auraient été aussi. Le magazine prétend que son enquête démontre que les agressions de l’évêque Xelo étaient connues du gouvernement timorais et des employés caritatifs et religieux.

«Cette nuit-là, l’évêque m’a violé et agressé sexuellement, a dit Roberto au magazine. Il m’a renvoyé tôt le lendemain matin. J’avais peur parce qu’il faisait encore noir. J’ai donc dû attendre pour rentrer à la maison. Il m’a aussi laissé de l’argent. C’était pour me faire taire. Et pour être certain que je reviendrais.»

Monseigneur Belo a remporté le prix Nobel de la paix en 1996, conjointement avec le militant timorais Jose Ramos-Horta, pour leur campagne en faveur d’une résolution pacifique et équitable du conflit au Timor-Oriental, qui réclamait son indépendance de l’Indonésie.

Le comité Nobel avait notamment louangé l’évêque Belo pour avoir refusé d’être intimidé par les forces indonésiennes.

M. Ramos-Horta a éventuellement été élu président du Timor-Oriental. Il a refusé de commenter les allégations qui éclaboussent maintenant l’évêque Belo, qui vivrait dorénavant au Portugal.

L’évêque Belo est un membre des Salésiens de Don Bosco, une communauté catholique romaine qui jouit d’une longue influence au Vatican. La branche portugaise des Salésiens a exprimé sa «tristesse» et sa «stupéfaction» jeudi, tout en cherchant à prendre ses distances de l’évêque.

Selon De Groene Amsterdammer, monseigneur Belo aurait agressé des garçons dans les années 1980, avant d’être élevé au rang d’évêque, au moment où il travaillait dans une école gérée par les Salésiens.

Paulo, qui a maintenant 42 ans, a raconté au magazine néerlandais avoir été agressé une fois à la résidence de l’évêque Belo à Dili, la capitale du Timor-Oriental. «Je me suis dit, c’est dégoûtant, je ne retournerai plus là», a-t-il dit.

Roberto a dit avoir été agressé plus souvent, la première fois quand il avait environ 14 ans après une célébration religieuse. Les agressions se seraient poursuivies à la résidence de l’évêque.

On ne sait pas si les victimes présumées se sont manifestées à l’Église locale, au Vatican ou à la police, ou si les dirigeants de l’Église soupçonnaient quelque chose.

L’ancien pape saint Jean-Paul II a accepté la démission de monseigneur Belo comme administrateur apostolique de Dili en novembre 2002. L’évêque avait alors seulement 54 ans, soit environ 20 ans de moins que l’âge normal de la retraite pour les évêques. Monseigneur Belo avait expliqué en 2005 s’être retiré en raison de problèmes de santé.

Der Groene Amsterdammer rapporte qu’il a ensuite travaillé comme prêtre au Mozambique, un transfert inhabituel pour un évêque lauréat du prix Nobel de la paix.

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