Le vérificateur épingle des lacunes dans la sécurité des missions à l’étranger

OTTAWA — Le vérificateur général conclut que le Canada ne protège pas adéquatement le personnel diplomatique qui fait face à des menaces pour sa sécurité dans les missions canadiennes à l’étranger, notamment dans les lieux très exposés à des attentats terroristes, à la violence et à l’espionnage.

L’audit effectué par le bureau de Michael Ferguson auprès d’ambassades et de missions d’Affaires mondiales Canada a révélé des lacunes majeures dans de nombreux endroits du monde qui nécessitent une attention immédiate.

Une vérification de six missions exposées «à une menace modérée ou élevée» a révélé «des vulnérabilités importantes dans la sécurité du périmètre». La «sécurité matérielle» — barrières pour les véhicules, vidéosurveillance, alarmes ou appareils à rayons X, par exemple — n’était pas adéquate ou ne fonctionnait pas correctement. Sur l’un des sites vérifiés sur place par l’équipe de M. Ferguson, le périmètre avait été déterminé en 2011 comme présentant une «vulnérabilité critique à corriger de toute urgence», mais une visite cette année a révélé que ce problème n’avait pas encore été résolu.

«Dans l’ensemble, Affaires mondiales Canada n’avait pas pris toutes les mesures de sécurité matérielle nécessaires en fonction de l’évolution des menaces pour la sécurité dans ses missions à l’étranger», écrit M. Ferguson dans son rapport, déposé au Parlement mardi.

Plus de 7800 employés travaillent dans 175 missions diplomatiques et consulaires canadiennes dans 110 pays. En novembre 2017, plus de la moitié des employés d’Affaires mondiales Canada travaillaient dans des zones où des troubles politiques ou civils mettaient leur sécurité en péril. Les attaques terroristes en Europe, en Afrique et en Asie, ainsi que l’instabilité actuelle et les conflits armés au Moyen-Orient, exposent ces employés et ces diplomates à un large éventail de risques pour la sécurité, qui peuvent varier et changer soudainement, rappelle l’audit.

Affaires mondiales est censé effectuer des évaluations de la menace tous les quatre ans — et plus fréquemment pour les zones à risque élevé. Or, plus du tiers des missions examinées par le vérificateur général présentaient des évaluations périmées, notamment dans les zones à risque élevé ou critique. Dans quatre missions, le bureau de M. Ferguson a même constaté qu’«aucune évaluation de la menace n’avait été réalisée, ce qui est contraire aux pratiques recommandées».

M. Ferguson note qu’après avoir effectué une grande partie de son audit, Affaires mondiales Canada a approuvé, en avril, un plan pour embaucher du personnel afin de mettre à jour ses évaluations de la menace.

Beaucoup d’argent, mais…

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a imputé mardi la responsabilité de ces lacunes au gouvernement de Stephen Harper. «Pendant plus de dix ans, le gouvernement conservateur précédent n’a pas investi suffisamment dans l’amélioration de la sécurité dans nos ambassades, et ne s’est pas engagé à former ses diplomates à la sécurité», a-t-elle déclaré.

M. Ferguson note toutefois dans son rapport que le ministère a reçu 652 millions $ au cours des dix dernières années pour améliorer la sécurité et la sûreté des missions à l’étranger. Mais sur les 78 projets de construction en cours visant à améliorer la sécurité, plusieurs accusaient au moins trois ans de retard, «principalement à cause de lacunes dans la gestion et le suivi des projets au sein du ministère». Entre-temps, un quart du financement approuvé pour ces projets — 103 millions $ — n’avait pas été dépensé, ce qui a obligé le ministère à obtenir une autorisation spéciale afin de conserver 82 millions $, au lieu de les restituer au trésor public.

Les décisions de financement pour les mises à niveau majeures reposaient sur des informations insuffisantes. De plus, pendant deux ans, jusqu’à l’été dernier, le directeur de la sécurité du ministère n’a même pas été associé à la sélection des projets à financer, «même si la plupart de ces projets étaient axés sur la sécurité matérielle», note le rapport. La plupart des grands projets de construction ont démarré en retard ou ont connu des délais — et ils ont donc pris des années de retard.

Dans ses réponses au rapport, Affaires mondiales Canada reconnaît les lacunes et présente des plans pour mettre à jour ses normes et procédures, ainsi que pour utiliser les 1,8 milliard $ approuvés l’année dernière afin d’améliorer précisément la sécurité de ses missions. Les délais de réalisation s’échelonnent de décembre 2018 jusqu’à 2020.

La question de la sécurité des missions étrangères soulève des inquiétudes depuis plusieurs années. Une note d’information préparée à la fin de 2015 à l’intention du gouvernement nouvellement élu du premier ministre Justin Trudeau indiquait que le coût de la protection des diplomates canadiens augmentait plus vite que prévu, alors que les risques sont en constante évolution.

Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Stéphane Dion, avait déclaré que la priorité absolue était de protéger les diplomates, et Mme Freeland a déclaré mardi que cette priorité était toujours en vigueur. Elle a noté que son ministère avait promis en 2017 de dépenser 1,8 milliard $ supplémentaires sur 10 ans pour renforcer la sécurité dans les missions diplomatiques.

«C’est un travail complexe qui doit être accompli dans des endroits difficiles du monde, a-t-elle dit. Nous sommes très déterminés à le faire. Nous avons consacré l’argent, nous consacrons les ressources et nous y arriverons.»

Dans de nombreux domaines qu’il a examinés, le vérificateur général a constaté que des problèmes avaient été signalés il y a plusieurs années, et que des recommandations pour les résoudre n’avaient pas été suivies.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie