La ministre Bennett qualifie le Canada de «rafiot colonialiste qui prend l’eau»

OTTAWA — Reconstruire les relations du Canada avec les peuples autochtones fait partie de l’héritage que le premier ministre Justin Trudeau veut laisser, a-t-il déclaré aux chefs réunis à Ottawa.

La ministre des Relations Couronne-Autochtones estime qu’en cette matière, le Canada navigue dans «un vieux rafiot colonialiste qui prend l’eau».

«Nous essayons depuis des années de rafistoler cette vieille épave, que nous écopons avec un dé à coudre, mais nous savons tous que ça ne marchera pas», a déclaré la ministre Carolyn Bennett, mardi, devant les participants à l’assemblée spéciale de l’Assemblée des Premières Nations (APN), à Ottawa.

La ministre Bennett a estimé que le Canada devait plutôt suivre le rythme des peuples autochtones, de leurs aspirations et de leurs objectifs.

«Je crois que le Canada doit débarquer de ce bateau colonialiste, l’échouer sur une rive et le laisser pourrir là — ou du moins le mettre en cale sèche et le reconstruire», a déclaré la ministre.

«Nous avons besoin d’un navire qui pourra naviguer dans des eaux mouvantes, capable de suivre le rythme de votre vision et de vos aspirations. Un navire qui ne reniera pas les promesses faites à vos enfants, à vos petits-enfants et à leurs petits-enfants.»

Mme Bennett a soutenu que l’abandon de la Loi sur les Indiens de 1876, qui définit en grande partie les relations entre le Canada et les peuples autochtones, constituait un objectif commun. Elle a rappelé que le gouvernement fédéral déposerait l’an prochain un projet de loi sur les services aux enfants et à la famille autochtones, rédigé en collaboration avec les communautés.

«Nous voulons travailler sur ce nouveau navire et le mettre à l’eau parce que nous savons que le courant est propice.»

M. Trudeau a déclaré que si son gouvernement réussissait à atteindre cet objectif, tous les futurs gouvernements canadiens devraient suivre dans la même voie.

«Nous devons aider à démontrer avec vous que tout ce que nous faisons commence par la reconnaissance de vos droits actuels et que vous ne devriez pas avoir à nous poursuivre en justice pour le prouver», a affirmé M. Trudeau, répondant à une question du chef Wayne Christian de la Première Nation Splatsin en Colombie-Britannique.

«Nous commencerons par une dynamique de partenariat — à partir de laquelle nous avons débuté il y a plusieurs siècles pour ensuite perdre notre chemin malheureusement. C’est l’héritage que j’ai hâte de construire avec vous tous dans les années à venir», a-t-il déclaré.

Lors d’une séance de questions-réponses, M. Christian a souligné à Justin Trudeau qu’il avait confronté son père en 1980, et l’avait accusé d’avoir menti au monde sur ce qui se passait au Canada pour les peuples autochtones. Le discours du jeune Trudeau sur l’expérience «d’humiliation, de négligence et d’abus» des Premières Nations dans un discours prononcé à l’ONU en 2017 était bienvenu, a-t-il déclaré.

Le vote autochtone

À l’ouverture de l’assemblée spéciale, mardi matin, le chef de l’APN, Perry Bellegarde, avait prévenu les politiciens fédéraux qu’ils devraient écouter les revendications des Autochtones s’ils voulaient être élus lors du prochain scrutin.

M. Bellegarde a soutenu que le vote autochtone avait réussi à faire pencher la balance dans 22 circonscriptions lors des élections fédérales de 2015. Les candidats au scrutin d’octobre prochain devraient donc se le tenir pour dit, selon lui, et répondre aux revendications des Premières Nations s’ils veulent être élus.

Le chef national a rappelé notamment que lors des dernières élections fédérales, l’APN avait soumis à chaque parti un document résumant les revendications des Premières Nations, qui allaient de l’environnement aux langues autochtones en passant par les services sociaux. Selon le chef Bellegarde, cette initiative avait permis de prévenir les candidats qu’ils feraient mieux d’inclure ces revendications dans leur plateforme s’ils voulaient être élus.

M. Bellegarde a souhaité par ailleurs mardi matin que la Chambre des communes adopte quelques-unes des principales lois toujours au feuilleton avant l’ajournement des travaux en juin — et les élections générales en octobre.

Il a parlé notamment de la très attendue Loi sur les langues autochtones du Canada, d’un projet de loi sur l’aide à l’enfance, ainsi que du projet de loi d’initiative parlementaire du député néo-démocrate québécois Roméo Saganash, qui vise à garantir que toutes les lois canadiennes respecteront la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Le chef Bellegarde a également abordé les changements climatiques, en demandant aux chefs et aux délégués d’appuyer la tarification du carbone comme l’une des mesures pour combattre ce dérèglement.

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