Le vote autochtone a permis à Joe Biden d’asseoir sa victoire en Arizona

FLAGSTAFF, Ariz. — Les groupes de défense du droit de vote aux États-Unis répètent depuis longtemps que si les Autochtones et les autres groupes minoritaires étaient mobilisés, ils pourraient faire la différence dans une course serrée.

L’élection présidentielle de cette année l’a prouvé.

La participation électorale dans les communautés autochtones de l’Arizona a bondi par rapport à 2016, aidant Joe Biden à asseoir sa victoire dans un État qui n’avait pas appuyé un démocrate à la Maison-Blanche depuis 1996. Les Autochtones sont parmi ceux qui ont fait la différence dans la course présidentielle.

«Ça prend vraiment un village», a indiqué Clara Pratte, une militante politique et membre de la Nation Navajo qui était responsable des engagements auprès des communautés autochtones pour la campagne Biden.

«Est-ce que ça aurait pu être fait sans le vote autochtone? Non.»

Cette démonstration de force se traduit maintenant par un effet de levier pour les Autochtones, qui cherchent à être davantage représentés aux échelons supérieurs du gouvernement fédéral.

Joe Biden fait l’objet de pressions pour nommer au moins un Autochtone dans son cabinet. Parmi les candidats pour diriger le département de l’Intérieur, qui travaille avec les communautés autochtones, on retrouve la représentante du Nouveau-Mexique Deb Haaland, membre de la communauté Laguna Pueblo et Kevin Washburn, l’ancien dirigeant du Bureau des affaires indiennes qui est membre de la Nation Chickasaw, en Oklahoma.

Le sénateur à la retraite du Nouveau-Mexique, Tom Udall, fait aussi partie des candidats en lice.

Une mobilisation importante

S’il est difficile de déterminer le taux de participation exact des Autochtones, une analyse de l’engagement électoral dans les secteurs clés révèle une forte augmentation.

Les électeurs dans les districts des réserves Navajo et Hopi, dans le nord-est de l’Arizona, représentaient près de 60 000 votes lors des élections du 3 novembre, contre un peu moins de 42 500 en 2016, selon une analyse des données électorales de l’Associated Press. Joe Biden a remporté l’Arizona par environ 10 500 voix, selon des résultats non officiels.

Le taux de participation dans deux des plus grands districts des réserves, par exemple, a augmenté de 12 et 13 % — où Joe Biden a gagné facilement — contre une augmentation de 4 % parmi tous les électeurs de l’Arizona.

Deux fois plus d’électeurs ont voté en 2020 qu’en 2016 sur la réserve de Havasupai, située au fond d’un ravin dans le Grand Canyon, et ils ont massivement voté pour le candidat démocrate. Plus de gens de la réserve de Hualapai ont également voté cette année, Joe Biden devançant le président Donald Trump par un ratio de près de 5 contre 1.

Un mouvement anti-Trump

Les Autochtones disent avoir été motivés par les mêmes raisons que les autres électeurs.

«J’étais tellement dégoûté de Trump, a confié Tommy Suetopka, membre de la communauté Hopi qui vit à Tuba City. Quiconque allait se présenter (contre lui) allait avoir mon vote.»

Willis Daychild, membre du peuple Hualapai qui vit à Phoenix, a critiqué la relation de M. Trump avec les dirigeants internationaux, sa gestion de la pandémie de COVID-19, ainsi que ses politiques en immigration et sur les soins de santé.

M. Daychild percevait le démocrate comme étant un candidat plus décent. «Il n’est peut-être pas parfait, mais il a une base», a souligné l’analyste budgétaire de 57 ans.

Ce sentiment anti-Trump s’est traduit par des votes pour les démocrates.

La campagne Biden s’est efforcée de ne pas traiter les électeurs autochtones comme un bloc monolithique, a indiqué Mme Pratte. La campagne a ciblé des groupes précis, dont les femmes, les jeunes, les anciens combattants et les membres de la communauté LGBTQ+.

Les républicains s’organisent

Le président Donald Trump a aussi tenté d’attirer le vote autochtone. Plusieurs Autochtones républicains bien connus en Arizona ont participé à des rassemblements avec le président, qui a fait un rapprochement entre les valeurs rurales et celles des communautés autochtones.

Des groupes républicains ont installé des panneaux d’affichage pro-Trump dans toute la Nation Navajo, ont diffusé des publicités dans les journaux et ont dénoncé ce qu’ils ont décrit à tort comme les priorités «socialistes» de Joe Biden dans une vidéo filmée sur la réserve.

Le vice-président de la Nation Navajo, Myron Lizer, faisait partie des plus grands partisans de Donald Trump. Déjà, il dit qu’il a contacté le Parti républicain pour commencer à établir des relations avec les Autochtones avant les élections de 2022 et faire participer des personnes qui comprennent les communautés.

«Nous avons besoin de cette voix forte, forte, de quelqu’un qui parle le navajo avec éloquence, connaît la tradition, connaît la langue, et ils sont là-bas, a-t-il soutenu. J’ai un peu de remords de ne pas avoir fait autant que j’aurais pu.»

Une campagne différente

Les défenseurs du droit de vote des Autochtones savaient qu’ils devaient faire campagne différemment cette année à cause de la pandémie. Au lieu du porte à porte habituel, ils ont fait des appels, envoyé des textos en masse et diffusé des publicités à la radio en navajo, en anglais et en apache.

Carol Davis, qui est de la Nation Navajo, a reçu au moins quatre cartes postales manuscrites chez elle pour lui demander si elle avait besoin d’aide pour se rendre au bureau de vote. Elle faisait également partie d’un groupe cherchant à stimuler le vote parmi les Autochtones.

Elle et d’autres ont mis en place une table d’information à la jonction des routes rurales dans le nord-est de l’Arizona pour répondre aux questions des citoyens.

«Dans tous ces secteurs, il y a toujours eu une forme de suppression des votes, même si ce n’est pas une suppression pure et simple des votes, et cela a toujours créé cette idée que: « Je ne vais même pas prendre la peine de voter »», a expliqué Mme Davis, directrice principale du groupe de défense de l’environnement Diné CARE.

Laisser un commentaire