Le vote pratiquement impossible pour les électeurs derrière les barreaux

BOISE, Idaho — La plupart des trois quarts de million de personnes détenues dans les prisons américaines ont le droit de vote. Mais beaucoup d’entre elles sont incapables de l’exercer, entravées par la désinformation, l’accès limité aux inscriptions et aux bulletins de vote ainsi que la confusion des officiels en charge.

Le résultat est une privation généralisée du droit de vote de ces électeurs, soutiennent des experts de Prison Policy Initiative (PPI). L’organisme a récemment publié un rapport détaillant l’accès au vote des détenus, de concert avec la Rainbow PUSH Coalition, formée par le révérend Jesse Jackson.

Selon l’avocate de PPI, Ginger Jackson-Gleich, qui a co-écrit le rapport avec le révérend S. Todd Yeary de Rainbow PUSH, des machines à voter devraient être installées dans chaque prison le jour du scrutin.

«En termes simples, sur les quelque 746 000 personnes incarcérées un jour donné, la plupart ont le droit de vote», ont écrit Mme Jackson-Gleich et M. Yeary.

La situation est telle car la plupart des gens en prison n’ont pas été condamnés, mais attendent plutôt d’être jugés à l’égard des accusations pour lesquelles ils sont détenus. Tandis que les personnes reconnues coupables d’un crime perdent leur droit de vote dans la majorité des États pendant au moins la durée de leur incarcération, de nombreuses personnes purgent une peine de prison pour des délits, et la plupart des États leur permettent de voter.

Très peu d’entre elles exercent réellement ce droit, selon l’étude. La confusion, les barrières logistiques et les problèmes d’échéancier abondent.

«L’un des plus grands obstacles au vote en prison est le fait que les responsables électoraux locaux ne savent souvent pas que la plupart des personnes en prison peuvent voter, et il n’est pas inhabituel que ces responsables fournissent des informations erronées», ont écrit les auteurs.

De nombreux États comptent sur les votes par correspondance pour les électeurs incarcérés. Mais les détenus peuvent avoir besoin de s’inscrire avant de pouvoir obtenir des bulletins de vote par correspondance, et de nombreux États exigent des pièces d’identité spécifiques pour l’inscription des électeurs. Les détenus se voient généralement confisquer leurs effets personnels — y compris leur permis de conduire ou d’autres formes d’identification — lorsqu’ils sont incarcérés, ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas satisfaire aux conditions d’inscription.

Les prisons manquent souvent d’accès à internet, de sorte que les électeurs potentiels ne peuvent pas s’inscrire ou demander des bulletins de vote par correspondance en ligne.

C’est le cas à Boise, dans l’Idaho, où les détenus du comté d’Ada se font remettre le manuel des détenus s’ils posent des questions sur le vote.

Le manuel ne contient que deux phrases sur le droit de vote: la première dit que les personnes reconnues coupables de crimes dans l’Idaho ne peuvent voter que si leurs droits civils sont rétablis. La seconde indique que les détenus «peuvent être en mesure d’obtenir un bulletin de vote par correspondance» en écrivant au bureau des élections du comté d’Ada. On omet de mentionner la date limite à laquelle les votes par correspondance doivent être demandés, les informations sur les documents ou les formulaires dont un détenu a besoin pour se qualifier pour un vote par correspondance, ou tout renseignement sur la façon de s’inscrire.

Un combat qui ne date pas d’hier

Les efforts visant à accroître l’accès au vote pour les personnes incarcérées ne sont pas nouveaux. Une décision de la Cour suprême des États-Unis en 1974 a confirmé le droit de vote de certaines personnes incarcérées sans ingérence du gouvernement, bien que certains tribunaux inférieurs aient autorisé des délais de vote par correspondance plus restrictifs pour les détenus dans certains États.

Les plus récents efforts ont été alimentés par un nouvel élan pour la justice et l’équité et les droits civils. Les personnes noires, autochtones ou originaires de l’Alaska sont incarcérées à des taux plus élevés que les personnes blanches, hispaniques ou asiatiques, selon les données du Bureau des statistiques de la justice du département américain de la Justice. Les personnes en détention provisoire sont également plus susceptibles de provenir de ménages à faible revenu, demeurant souvent derrière les barreaux parce qu’elles n’ont pas les moyens de payer une caution.

Dans le Massachusetts, l’Union américaine des libertés civiles (ACLU) locale, la League of Women Voters et d’autres groupes font pression sur les représentants de l’État pour qu’ils suppriment les barrières de vote pour les personnes incarcérées, qualifiant le statu quo d’«inacceptable».

Quelques systèmes correctionnels ont fait des progrès. Dans le Rhode Island, les personnes incarcérées peuvent s’inscrire pour voter par l’entremise du service correctionnel, au lieu d’avoir à rejoindre les responsables électoraux. À Washington, le matériel d’inscription des électeurs est universellement disponible dans les prisons et les centres de détention. Le bureau du shérif du comté de Los Angeles, qui gère l’une des plus grandes prisons du pays, travaille avec des groupes extérieurs pour éduquer les détenus sur le vote et pour les aider à obtenir des bulletins de vote par correspondance et à s’inscrire pour voter.

En mars, la prison du comté de Cook à Chicago, dans l’Illinois, est devenue l’une des premières du pays à fonctionner comme un bureau de vote en prison.

Cependant, la grande majorité des détenus aux États-Unis n’ont pas cet accès, a souligné Mme Jackson-Gleich.

«Avoir gain de cause signifierait que chaque personne qui est en prison avant le jour du scrutin ou le jour du scrutin a les mêmes chances que tout autre Américain de voter», a-t-elle fait valoir.

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