Leadership d’Anglade: Les prochains jours seront déterminants, dit Ronald Poupart

QUÉBEC — Les prochains jours seront déterminants pour le leadership de plus en plus contesté de Dominique Anglade, selon un ancien proche conseiller des premiers ministres Robert Bourassa et Jean Charest.

Mercredi, le nom de l’ex-ministre Nicole Ménard s’est ajouté à la liste de ceux qui réclament la démission immédiate de la cheffe libérale. 

« C’est la réaction de Mme Anglade dans les jours qui viennent qui va décider de son sort», a estimé Ronald Poupart, militant libéral depuis les années 60 et éminence grise d’anciens premiers ministres, en entrevue téléphonique à La Presse Canadienne, mercredi.

L’entrevue avait pour but de donner une perspective historique à la crise qui secoue le Parti libéral du Québec (PLQ) depuis quelques semaines, rendant chaque jour plus fragile le leadership de la cheffe, Dominique Anglade, contesté de toutes parts. 

«Est-ce que face à la grogne, elle va dire : « Je ne suis plus capable », ou si face à la grogne, elle va continuer à dire : « Je vais me battre jusqu’à ce que le congrès décide de ma vie comme cheffe du parti »?», s’interroge celui qui a été notamment directeur des communications du premier ministre Robert Bourassa et conseiller et directeur de cabinet de Jean Charest, dans l’opposition et au pouvoir. Un habitué de la gestion de crise, il est demeuré membre du parti et un militant actif.

Dans ce contexte de crise, selon lui, la réponse appartient à la cheffe du parti, qui devra se demander si elle est prête à continuer à encaisser les coups sans broncher, en espérant que la tempête se calme, et surtout si elle croit avoir toujours l’appui à la fois de son caucus et des instances du parti (conseil de direction et conseil exécutif), conditions essentielles pour se maintenir en poste. 

« Cela dépend d’elle si elle continue à se battre ou si ça s’arrête là », résume-t-il, qualifiant Mme Anglade de «bagarreuse».

« Pour l’instant », les instances « ne la contestent pas encore », observe celui qui a joué le rôle d’éminence grise pendant plusieurs années. Mais le jour où l’une ou l’autre des personnes issues de ces instances lui lancerait: «Il faut que tu partes», la décision de la cheffe risque de s’imposer d’elle-même.

Au cours des dernières semaines, à la suite de la performance désastreuse du PLQ lors du scrutin du 3 octobre, les critiques et les remises en question de son leadership sont venues, pour la plupart, d’anciens élus, ministres et députés, d’abord sous le couvert de l’anonymat, puis au grand jour.  

La liste s’allonge avec Nicole Ménard

La liste des mécontents et des détracteurs s’allonge chaque jour.

Mercredi, en entrevue téléphonique à La Presse Canadienne, s’est ajouté le nom de l’ancienne ministre et présidente du caucus libéral Nicole Ménard, qui a choisi de ne pas se porter candidate à nouveau lors du dernier scrutin.

Cette dernière est convaincue que la cheffe libérale doit démissionner et qu’elle doit le faire dès maintenant pour le bien du parti.

«Si j’étais elle, c’est ce que je ferais, avant de me faire dire de m’en aller», a-t-elle commenté, estimant que Mme Anglade n’a plus la confiance des libéraux et qu’elle doit en prendre acte.

Selon elle, ce n’est plus «qu’une question de temps» avant que des membres des instances du PLQ lui montrent la porte. 

Le désaveu de Mme Ménard suit de peu celui de la députée de Vaudreuil, Marie-Claude Nichols, la veille, qui faisait écho aux ex-ministres Lise Thériault, Gaétan Barrette, Marie Montpetit, Serge Simard, Jean D’Amours, et aux ex-députés André Drolet, Paule Robitaille, David Birnbaum, notamment, qui ont critiqué la cheffe à divers degrés ou réclamé sa tête.  

Après avoir été expulsée du caucus libéral, la semaine dernière, puis avoir refusé mardi l’offre de la cheffe de réintégrer le caucus, Marie-Claude Nichols a évalué mercredi, au micro de l’animateur de radio Paul Arcand, que la tension entre la cheffe et elle était due à deux facteurs: le fait qu’elle n’a pas appuyé Mme Anglade lors de la course au leadership en 2020 et la tentative de la cheffe de la tasser, pour éviter qu’elle soit candidate dans Vaudreuil lors du dernier scrutin.

«J’ai reçu un coup de deux par quatre en plein front», a confié Mme Nichols, durant cette entrevue, disant espérer que ce n’est qu’une «question de temps» avant qu’elle puisse revenir au bercail libéral, après le départ éventuel de Mme Anglade.

Depuis le début de la crise, à la suite de la défaite cuisante du 3 octobre, les députés libéraux actuels, élus et réélus, sont restés très discrets. Mercredi, trois d’entre eux ont affirmé avoir confiance en leur cheffe: Marc Tanguay, Frédéric Beauchemin et Madwa-Nika Cadet.

Le prochain congrès du PLQ, qui doit avoir lieu d’ici un an, sera l’occasion pour les membres de se prononcer sur l’avenir de la cheffe, lors d’un vote de confiance, si elle demeure en poste jusque là. Jusqu’à maintenant, elle a toujours affirmé qu’elle avait l’intention de braver la tempête et de conserver ses fonctions.

À sa défense, M. Poupart souligne qu’en 2020, quand Mme Anglade a pris les rênes du PLQ, elle a « ramassé un parti qui était déjà à terre ». Il estime aussi que lors de la campagne électorale, les médias ont fait preuve selon lui d’une «extrême sévérité» envers la cheffe libérale, confrontée à d’importants problèmes d’organisation et de recrutement. 

Jean Lesage contesté

Celui qui a une très longue expérience politique, qui s’étire sur plusieurs décennies, rappelle que la contestation du chef au sein du PLQ n’est pas un phénomène nouveau. 

Le premier ministre Jean Lesage avait perdu le pouvoir aux mains de Daniel Johnson en 1966, mais ce n’est qu’en 1969, donc trois ans plus tard, qu’il a remis sa démission, « épuisé de se battre », se rappelle M. Poupart, et miné par la grogne croissante dans son caucus et dans le parti, orchestrée principalement par Claude Wagner, qui voulait prendre  sa place.

Alors chef de l’opposition officielle, à la fin des années 90, Jean Charest, à qui on reprochait de s’être entouré d’anciens collaborateurs conservateurs venus d’Ottawa, avait fait appel à des libéraux « pour calmer la grogne » dans le parti et dans le caucus, en nommant M. Poupart directeur de son cabinet et Pierre Bibeau comme organisateur en chef.

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