L’école à la maison gagne des adeptes depuis le début de la pandémie

MONTRÉAL — À trois mois de la fin d’une année scolaire atypique, où les classes ont dû fermer et rouvrir au gré des éclosions, des parents avaient choisi dès le début de faire l’école à la maison. 

Ils sont 12 750 enfants à faire leur parcours scolaire à domicile pour l’année 2020-2021, comparativement à 5964 enfants pour l’année précédente et 4968 enfants en 2018-2019. 

Ce sont les plus récentes données du ministère de l’Éducation qui chapeaute la Direction de l’enseignement à la maison. C’est celle-ci qui encadre depuis 2017 ce modèle d’éducation.

L’enseignement à la maison gagne de plus en plus d’adeptes. Bien qu’encore marginal – à peine 1 % des élèves du Québec – c’est tout de même près de 7000 parents de plus qui ont opté pour ce mode d’enseignement pour l’année scolaire en cours, comparativement à l’an dernier. 

Plusieurs raisons ont motivé leur choix, notamment la crainte du virus et la recherche d’une forme de stabilité en cette année bien particulière.

De multiples raisons

C’est le cas d’Audrey Forand, qui vit avec son conjoint et leurs deux enfants à Saint-Hippolyte dans les Laurentides. 

 «Moi c’est vraiment la COVID qui m’a amenée à prendre cette décision. J’ai toujours trouvé ça intéressant l’école à la maison, mais ça allait bien à l’école, et puis je travaillais. Ce n’était pas dans mes plans de changer. Mais avec la COVID. (…)Je trouvais ça inquiétant de l’envoyer à l’école. Je me disais: “Elle est juste en 2e année, il va peut-être falloir qu’elle porte un masque. Est-ce que je vais stresser toute l’année? Juste se laver les mains, c’est compliqué pour toute une classe.”»

Elle a donc opté pour l’éducation à domicile pour sa fille. Mme Forand donne la majorité des leçons et son conjoint prend le relais pour les cours d’anglais. 

Dans le contexte actuel, l’enseignement à la maison s’avère plus simple et occasionne «moins de stress pour toute la famille». 

Sa fille apprécie la formule. «C’est plus relaxant», lance la jeune élève qui voit ses heures de cours comprimées en deux heures au lieu de journées entières comme ce serait le cas à l’école. 

Mme Forand planifie toutefois de retourner sa fille dans le système scolaire en septembre prochain. 

Pour Ketsia Lefebvre, qui avait déjà songé à faire l’école à la maison, la pandémie a précipité sa décision lorsqu’elle a d’abord engagé une professeure au printemps dernier afin de donner des leçons de rattrapage à ses enfants pour éviter que le retard se creuse. 

Mais ce choix est désormais définitif, du moins pour son garçon: il va poursuivre son parcours scolaire à la maison. 

Elle cite les progrès de son fils pour justifier sa décision. Celui-ci a «fait un bond de géant» depuis qu’il bénéficie du soutien d’une tutrice qui lui donne des leçons en petit groupe, fait valoir la mère de famille. 

Si bien qu’elle songe à cette option pour sa fille qui se prépare pour l’école secondaire l’an prochain. 

Simon Rôche dirige Services scolaires. Il remarque que «beaucoup de parents» ont fait appel à son entreprise de tutorat pour trouver un professeur à temps plein pour leur enfant, comparativement à la période prépandémique. 

Il souligne que plusieurs ont fait ce choix parce qu’ils avaient peur de la COVID-19. 

«Il y a beaucoup de crainte. Il y en a aussi beaucoup qui trouvent que le système d’éducation a certaines lacunes. En ayant un prof à la maison, des fois, ça va plus vite, c’est plus rapide», explique-t-il. 

De son côté la présidente de l’Association québécoise pour l’éducation à la maison (AQED), Marine Dumont, indique que l’intérêt envers l’éducation à domicile s’explique de plusieurs façons. 

Selon elle, «les gens ont aussi réalisé que c’était non seulement faisable, mais également le fun de faire l’école à la maison» après y avoir goûté un peu à la fermeture des écoles au printemps dernier.

Sommet de l’éducation

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a confirmé jeudi la tenue d’un sommet sur la réussite éducative les 31 mars et 1er avril. 

Cette rencontre virtuelle fait suite à une demande de longue date de la députée libérale Marwah Rizqy.

Trois thèmes principaux seront abordés: la réussite éducative et le rattrapage, l’évaluation et les encadrements psychologiques, ainsi que la santé mentale et le bien-être à l’école.

L’événement abordera notamment la réussite scolaire en temps de pandémie et se veut une occasion d’étudier des pistes de solution pour planifier l’avenir de l’éducation au-delà de ce contexte.  

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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