L’école hassidique est illégale, plaide l’avocat du couple Lowen-Wasserstein

MONTRÉAL — L’avocat d’un couple d’ex-juifs ultra-orthodoxes a plaidé mercredi que les écoles hassidiques à Boisbriand sont illégales et que leur programme religieux pour garçons est si exigeant qu’il leur laisse peu de temps pour étudier autre chose.

Yochonon Lowen et Clara Wasserstein, qui ont maintenant quitté la communauté Tash de Boisbriand, soutiennent que le gouvernement du Québec et les écoles hassidiques ne leur ont pas assuré une éducation appropriée, en violation de la Loi sur l’instruction publique. Ils ne réclament pas d’indemnités, mais demandent à la Cour supérieure un jugement déclaratoire pour «éviter que des générations futures d’enfants subissent ce qu’ils ont subi». Ils soutiennent que ces écoles ne les ont nullement préparés à la vie dans le monde extérieur.

Dans ses plaidoiries finales, mercredi matin, leur avocat a déclaré au juge Martin Castonguay qu’il avait le pouvoir de pousser le gouvernement du Québec à faire quelque chose pour régler cette situation. Me Bruce Johnston a soutenu que les preuves présentées au procès montrent que les écoles de cette communauté ne respectent pas la loi québécoise — qu’elles sont donc illégales.

L’avocat a aussi plaidé que ces écoles obligent les jeunes garçons à étudier si intensément les livres sacrés qu’ils n’ont plus le temps ensuite d’apprendre d’autres matières. Il a ainsi demandé au juge comment un garçon qui va à des cours de religion dès six heures du matin et qui en revient à neuf heures du soir pourrait avoir le temps de recevoir un enseignement général.

Éric Cantin, avocat du gouvernement, a soutenu dans ses plaidoiries finales mercredi que Québec avait récemment adopté de nouvelles règles pour encadrer les écoles hassidiques. Ainsi, la scolarisation des enfants hassidiques se serait améliorée depuis que Mme Wasserstein et M. Lowen ont fréquenté l’école à Boisbriand.

Me Cantin a soutenu que les enfants de la communauté doivent maintenant être inscrits comme «élèves à la maison», ce qui donne au gouvernement la possibilité de suivre leurs progrès académiques. Selon lui, les nouvelles règles garantissent que tous les enfants qui ne fréquentent pas une école publique ou une école privée certifiée peuvent être correctement éduqués. Il a assuré le tribunal que le gouvernement peut maintenant suivre et évaluer les 830 enfants hassidiques de Boisbriand, ce qui n’était pas le cas à l’époque.

L’avocat de Tash

David Banon, avocat de la communauté Tash, a plaidé de son côté que M. Lowen et Mme Wasserstein tentaient de blâmer pour leurs malheurs la communauté qu’ils ont quittée en 2007. Or, a-t-il dit, de nombreuses mesures ont été prises depuis par le ministère de l’Éducation, la Direction de la protection de la jeunesse et les commissions scolaires pour s’assurer que les parents hassidiques inscrivent leurs enfants dans le système et respectent la loi. Me Banon a par ailleurs rappelé que ce recours ne visait pas à valider les croyances ou les modes de vie de cette communauté.

Pendant les audiences, M. Lowen avait raconté que lorsqu’il a quitté sa communauté il y a 10 ans, il parlait peu anglais et pas du tout français, n’avait jamais entendu les mots «science» ou «géographie» et n’avait jamais parlé à une femme qui n’était pas membre de sa famille.

Les écoles de filles accordaient plus de temps à l’enseignement laïque que les écoles de garçons, qui donnent un enseignement strictement religieux, a appris le tribunal. Mais Mme Wasserstein a tout de même déclaré qu’à l’âge de 13 ans, on avait jugé qu’elle avait suffisamment de connaissances laïques et elle a été dispensée de ces cours pour aider sa mère.

L’argumentaire juridique de leur avocat comporte deux volets. D’une part, Me Johnston soutient que les écoles de filles sont «illégales» parce qu’elles n’ont pas la certification requise pour offrir un enseignement laïque. D’autre part, les garçons, qui doivent étudier la religion au moins 20 heures par semaine, n’auraient pas le temps de recevoir un enseignement laïque à la maison, comme le prévoit la loi.

Le juge Castonguay a tout de même souligné que les récents changements à la loi avaient permis une plus grande surveillance gouvernementale de l’enseignement donné dans la communauté et qu’il faudrait plus de temps pour en mesurer les résultats. Le juge a par ailleurs noté qu’on ne lui avait pas fait la preuve que les garçons n’avaient plus de temps pour l’enseignement laïque, après l’étude de la Torah. Il a aussi soumis à Me Johnston qu’il n’était pas là pour fixer une limite de temps aux cours de religion.

L’avocat du couple doit maintenant répondre jeudi aux plaidoiries finales du gouvernement et de la communauté Tash.