Legault: La SQ n’intervient pas à Kahnawake en raison de la présence de AK-47

C’est la présence d’armes d’assaut sur la réserve de Kahnawake qui empêche pour l’instant la Sûreté du Québec (SQ) d’y intervenir pour démanteler la barricade érigée le 8 février dernier sur la voie ferrée du Canadien Pacifique.

Le premier ministre François Legault s’est avancé sur le sujet en mêlée de presse, mercredi à Québec, faisant état des renseignements qu’il a en mains.

«On a effectivement des renseignements qui nous confirment qu’il y a des armes, des AK-47 pour les nommer, donc des armes très dangereuses», a-t-il laissé tomber, précisant que ces armes seraient entre les mains de membres des Warriors.

«Actuellement, on essaie de trouver quelqu’un pour signifier l’injonction. La SQ travaille sur un plan pour démanteler les barricades. Ils parlent avec les Peacekeepers, mais évidemment il y a des gens qui sont armés et c’est très délicat», a précisé le premier ministre, confirmant du même coup que l’on n’a même pas encore signifié l’injonction obtenue par le Canadien Pacifique, mardi, ordonnant la levée de la barricade.

«Irresponsable et ridicule»

Ces affirmations ont été très mal reçues à Kahnawake, où le secrétaire de la nation mohawk, Kenneth Deer, a déclaré que sa communauté était «choquée et totalement atterrée».

«C’est hautement irresponsable et ridicule, a-t-il déclaré en mêlée de presse. Nous sommes complètement désarmés et nous n’avons pas l’intention d’être armés.

«Il n’y a pas d’AK-47 ici sur la barricade. S’il y a des carabines à plomb ou des .22 ou des fusils de chasse dans la ville ou ailleurs, nous ne pouvons le dire. Il y a des AK-47 à Montréal. N’importe quelle communauté dans laquelle vous habitez pourrait avoir des AK-47», a-t-il ajouté.

Il a réaffirmé à plusieurs reprises que les manifestants mènent une action pacifique pour exprimer leur soutien aux chefs wet’suewt’en de Colombie-Britannique, qui réclament le départ de la GRC et la fin du projet de pipeline sur leur territoire «et rien d’autre».

Kenneth Deer affirme par ailleurs qu’un huissier peut très bien venir leur signifier l’injonction leur ordonnant de lever la barricade, qu’il ne lui sera fait aucun mal, mais qu’il y a fort à parier qu’il devra la déposer par terre: «Je ne crois pas que personne ne veuille l’accepter dans ses mains.»

L’intervention de François Legault a également fait réagir le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, qui a reproché au premier ministre Legault de tenir «des propos très dangereux et offensants en suggérant la présence d’armes dans la communauté de Kahnawake».

«Il n’a assurément pas considéré la portée de ses paroles pour les membres de la communauté qui vivent quotidiennement avec les souvenirs d’il y a 30 ans. J’invite le premier ministre à mesurer mieux ses sorties publiques et plutôt promouvoir une résolution pacifique», conclut le chef de l’APNQL sur la page Facebook de l’organisation.

«Je veux que les gens comprennent»

Malgré tout, François Legault répète qu’«il faut intervenir avec la police», tout en disant comprendre que la SQ prenne son temps «pour bien préparer une intervention» puisque la situation est «délicate». Interrogé sur les raisons qui le poussent à rendre publique une information issue du renseignement policier, il a dit vouloir «que les gens comprennent pourquoi la Sûreté du Québec n’est pas encore intervenue», ajoutant qu’il ne voulait pas non plus avoir des policiers blessés sur la conscience.

Ces déclarations du premier ministre Legault ont eu des échos à la période des questions aux Communes, à Ottawa, où le chef bloquiste Yves-François Blanchet a qualifié la présence d’armes automatiques de «développement dramatique de la situation», reprochant au premier ministre Justin Trudeau de se décharger de ses responsabilités en remettant la suite des événements entre les mains des policiers.

Celui-ci s’est contenté de répondre qu’il «respecte énormément le professionnalisme et les capacités de nos corps policiers de faire leur travail», ajoutant que «ce n’est pas à des politiciens d’indiquer ou de commander la police où que ce soit de faire quoi que ce soit». Justin Trudeau a répété du même souffle qu’il oeuvrait «pour une résolution pacifique et durable de cette situation troublante».

Les Peacekeepers n’interviendront pas

Pendant ce temps, sur le terrain, les Mohawks ont réagi à l’émission de l’injonction en renforçant le périmètre de la barricade par l’installation de murets de béton et le déversement de chargements de pierre.

Le Conseil de bande de Kahnawake dit évaluer ses options, y compris la possibilité de contester l’injonction. Quant à sa mise en vigueur, le grand chef Joe Norton a affirmé dans un communiqué que seuls les Peacekeepers, le corps de police de la réserve, ont compétence sur le territoire.

Or, le dirigeant du corps policier autochtone, Dwayne Zacharie, a fait savoir dès lundi que son organisation n’avait aucun intérêt à criminaliser les gens dont l’action vise à faire valoir leurs droits.

Le porte-parole des manifestants, Kenneth Deer, a d’ailleurs précisé que c’est à cause de cette injonction que la barricade a été renforcée: «Quand une injonction est émise, la prochaine étape après qu’on l’ait signifiée serait une possible intervention physique d’un corps policier de l’extérieur, alors (les manifestants) doivent prendre certaines précautions parce qu’ils n’ont aucune intention de lever la barricade».

Trudeau: «Ce n’est pas une juridiction fédérale»

Plus tôt dans la journée, Justin Trudeau avait réitéré que «ces injonctions doivent être obéies», tout en continuant d’en placer la responsabilité sur les épaules de la Sûreté du Québec: «Ce n’est pas une juridiction fédérale. Nous avons énormément confiance et dans la SQ et dans la communauté pour régler leurs propres choses», avait-il déclaré en mêlée de presse aux Communes.

Il avait également assuré que les discussions se poursuivent avec les représentants des chefs héréditaires wet’suwet’en, affirmant que «c’est en train d’évoluer. Le négociateur Nathan Cullen est en train d’avoir du progrès positif.»

Toute la crise découle de l’opposition d’un groupe de chefs héréditaires au passage d’un oléoduc sur leurs terres en Colombie-Britannique. À Kahnawake, les manifestants ont répété à plusieurs reprises que la barricade ne sera levée que lorsque les Wet’suwet’en auront obtenu satisfaction.

Les trains de banlieue de la ligne exo4 qui relie Candiac et le centre-ville de Montréal ne peuvent donc toujours pas circuler et les usagers doivent se rabattre sur des navettes par autobus mises en place pour assurer le service. Du côté des marchandises, le Canadien Pacifique a fait valoir dans un courriel à La Presse canadienne que «cette barricade a coupé des liens ferroviaires vitaux vers les provinces atlantiques et les États-Unis».

Listuguj: barricade enlevée sans succès

Pendant ce temps à Listuguj en Gaspésie, la voie ferrée exploitée par la Société du chemin de fer de la Gaspésie (SCFG) demeure aussi paralysée.

Pourtant, le gouvernement du Québec, propriétaire de la voie ferrée, a obtenu une injonction mardi en Cour supérieure à Québec et la barricade a été démantelée en après-midi.

Cependant, les manifestants de la communauté autochtone mi’gmaqs sont demeurés sur place et obstruent eux-mêmes la voie.

Des convois de marchandises se voient ainsi immobilisés sur la voie et la SCFG a dû mettre temporairement à pied une quinzaine d’employés la semaine dernière. Cette paralysie affecte particulièrement l’industrie forestière et le secteur de l’éolien.

Dans ce cas, toutefois, François Legault affirme que la situation est fort différente puisque la barricade n’est pas sur un territoire autochtone et qu’il est donc possible d’intervenir «comme on l’a fait à Saint-Lambert. Quand on est capables d’agir rapidement, on le fait. Évidemment, on prend des informations si les gens ont des armes ou non», a-t-il pris soin d’ajouter.

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