Legault «manque de coeur» en ciblant les immigrants, selon Anglade

QUÉBEC — L’opposition accuse François Legault de faire diversion quand il parle de la menace que ferait peser l’immigration sur le fait français au Québec, cela afin d’éviter de parler de la crise du logement ou de la main-d’oeuvre. 

Des députés libéraux et de Québec solidaire issus de l’immigration ont tenu à protester contre la récente déclaration controversée du chef caquiste, tandis que le Parti québécois y a vu un aveu de la faiblesse de la réforme de la Charte de la langue française adoptée récemment.

Au congrès de la CAQ samedi, M. Legault a laissé entendre que le français allait reculer au Québec, comme en Louisiane, s’il n’obtient pas tous les pouvoirs en immigration. Ce champ de compétence est partagé avec Ottawa et le premier ministre Justin Trudeau a dit non mardi à un nouveau partage des pouvoirs. 

«Je suis convaincu qu’un des partis fédéraux – et je ne parle pas du Bloc québécois – va finir par accepter la volonté de la majorité des Québécois», a riposté le premier ministre du Québec en Chambre. 

Le chef caquiste exige notamment de pouvoir sélectionner les nouveaux arrivants qui arrivent par la filière des réunifications familiales, soit environ une dizaine de milliers de personnes, dont la moitié ne parleraient pas le français. Une «menace», selon M. Legault. 

Selon le député libéral Saul Polo, lui-même issu de l’immigration, c’est une «exagération éhontée et insultante pour tous les Québécois».

À son avis, ce n’est pas parce que les immigrants ne parlent pas le français à la maison qu’ils sont une menace pour le français. 

«Je l’avoue, je suis une menace pour la nation québécoise, je parle en espagnol le soir à mon fils», a lancé avec ironie le député Andrés Fontecilla en Chambre. 

«Ma famille et moi ne sommes pas une menace à la survie du français au Québec», a renchéri sa collègue Ruba Ghazal, issue d’une immigration palestinienne arabophone. 

La cheffe libérale Dominique Anglade a soulevé les exemples de certains de ses députés qui ont appris le français et qui se sont intégrés, mais M. Legault a dit qu’il s’agissait d’«anecdotes».

«Je refuse d’accepter l’étiquette que l’immigration est une menace à la nation du Québec, qu’elle est une menace au français, qu’elle est une menace à nos régions, qu’elle est une menace à l’économie, a répondu le député libéral Saul Polo. C’est ce que le premier ministre nous a dit. Ma famille et moi ne sommes pas une anecdote.»

Le premier ministre s’est «inventé une crise», a lancé Mme Anglade. «C’est honteux.» 

Selon elle, François Legault veut ainsi éviter de parler de la crise du logement, de la crise de la pénurie de main-d’oeuvre, ainsi que de la crise de l’inflation.  

La députée de Québec solidaire (QS), Manon Massé, a abondé dans le même sens. Selon elle, M. Legault veut ainsi détourner le regard des autres crises. 

Le chef caquiste «manque de coeur» en ciblant les immigrants, a conclu Dominique Anglade. 

Pour sa part, le Parti québécois (PQ) a dénoncé la soudaine prise de position de la Coalition avenir Québec (CAQ) concernant l’immigration et le français. 

Le chef parlementaire Joël Arseneau a rappelé que le gouvernement caquiste vient d’adopter une réforme de la Charte de la langue française qui était pourtant censée enrayer le déclin du français au Québec. 

«Le premier ministre, aujourd’hui, nous avoue que cette loi, qu’il prétendait costaude, ne changera rien à la réalité du Québec, qui continue de voir le français décliner.»

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.