Legault pressé d’en découdre avec les médecins spécialistes

QUÉBEC — François Legault n’attendra pas le rapport final de l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) prévu pour décembre pour entamer la négociation avec les médecins spécialistes concernant leur rémunération.

Le premier ministre s’est plutôt contenté, mercredi, des données brutes de l’ICIS obtenues la veille. Il a fait valoir que son gouvernement est bien outillé pour les analyser, puisqu’il compte quatre comptables agréés, dont le président du Conseil du Trésor, Christian Dubé.

«Christian est un comptable agréé,  je suis un comptable agréé, on a quatre comptables agréés, on devrait être capable», a déclaré M. Legault en mêlée de presse à l’Assemblée nationale.

Cette analyse pourrait le mener à déposer une loi spéciale d’ici la fin de l’année 2019 pour imposer aux spécialistes une rémunération réduite, a-t-il reconnu en entrevue avec La Presse.

En campagne électorale, M. Legault avait fixé à 1 milliard $ la réduction de rémunération attendue des médecins. Mais il ne l’avait pas inscrite dans son cadre financier et évite désormais de répéter ce chiffre.

Mercredi, il a nié chercher la confrontation avec les médecins spécialistes, se disant plutôt à la recherche d’«équité».

«C’est gênant ce qui a été fait par le gouvernement libéral de donner des augmentations de salaire de 50-60 pour cent, qui représentent des milliards de dollars», a-t-il déclaré.

Selon lui, les médecins spécialistes devraient gagner environ neuf pour cent de moins que leurs confrères du reste du Canada, comme c’est le cas pour d’autres professionnels. 

André Fortin, porte-parole libéral en santé, l’a promptement accusé de faire du nivellement par le bas. «Il dit: « Ramenons tout le monde à ce niveau-là ». (…) L’État a de l’argent en ce moment. M. Legault a promis un rattrapage dans le salaire des infirmières.»

M. Legault estime quant à lui avoir l’appui des Québécois dans ce dossier. En outre, il ne s’attend pas à ce que les médecins spécialistes exercent des moyens de pression.

«Vous l’avez vu l’année dernière, il y a des médecins spécialistes qui étaient prêts à remettre une partie de leur augmentation de salaire de 50 pour cent aux Québécois pour donner plus de soins aux Québécois», a-t-il rappelé.

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a retenu les services de l’ancien premier ministre Lucien Bouchard pour la représenter.

Sa présidente, Diane Francoeur, a affirmé mercredi que les données remises à M. Legault sont parcellaires; selon elle, il manque des précisions sur la productivité des médecins québécois.

«M. Legault, être bagarreur n’est pas une excuse pour ne pas respecter votre engagement d’attendre les résultats de l’étude qui, vous le savez, n’est pas terminée. Pourquoi précipiter les choses avec une loi spéciale?» a gazouillé la fédération. 

«Pas besoin d’ajouter au chaos dans les hôpitaux», a-t-elle ajouté.

L’étude comparative pancanadienne sur les médecins spécialistes a été commandée à l’ICIS par le gouvernement Legault, avec l’accord de la FMSQ. Cette étude doit servir de base à la négociation pour rouvrir l’entente qui a été négociée sous le gouvernement Couillard et qui s’échelonne jusqu’en 2023. 

Les résultats de l’ICIS obtenus cette semaine par M. Legault n’ont pas été rendus publics.  

«Le test pour le premier ministre, c’est récupérer un milliard, a pour sa part réagi Pascal Bérubé, chef intérimaire du Parti québécois. C’est la cible qu’il s’était imposée alors c’est là-dessus qu’il sera jugé.»

Plus tard, M. Dubé a tenté de calmer la grogne suscitée par son patron, affirmant en mêlée de presse: «Je pense qu’on est chanceux d’avoir de très bons professionnels comme ça et on va s’arranger pour les garder.

«J’ai tellement une bonne discussion avec Mme Francoeur, nos discussions sont commencées depuis longtemps, ça va continuer», a-t-il assuré.