Legault promet une année politique 2020 hyperactive: «Attachez vos ceintures»

QUÉBEC — Les Québécois qui trouvent le gouvernement trop pressé d’adopter à toute vapeur ses projets de loi et ses politiques, parfois sans trop tenir compte de l’opposition, n’ont encore rien vu. Le premier ministre François Legault promet d’accélérer encore plus la cadence en 2020.

«Attachez vos ceintures!», a lancé le premier ministre en traçant le bilan de son gouvernement, au terme de la présente session gouvernementale, lors d’une conférence de presse, vendredi.

La victoire éclatante de son parti lors de l’élection complémentaire dans l’ancienne forteresse libérale de Jean-Talon, lundi, a ragaillardi le premier ministre, le rassurant sur ses choix politiques et son style de gouvernance, plus convaincu que jamais d’avoir l’appui de la population.

Les menaces de lois spéciales et les bâillons imposés pour couper court à l’adoption des projets de loi — un troisième en six mois sera adopté samedi pour le projet de loi 34 — ne risquent donc pas de disparaître du décor de l’Assemblée nationale.

Qu’on se le dise: le gouvernement Legault est un gouvernement pressé.

«Les changements vont continuer. Les Québécois nous ont élus pour faire des changements», a dit M. Legault, réaffirmant sa volonté de respecter toutes ses promesses électorales.

En 2020, une réforme des règles parlementaires viendra valider la propension du gouvernement à ne pas étirer les débats et l’étude des projets de loi.

En plus de gérer la réforme parlementaire en tant que leader, le très occupé ministre Simon Jolin-Barrette devra présenter un plan de protection et de promotion de la langue française, qui pourrait inclure des amendements à la loi 101.

Comme ministre de l’Immigration, M. Jolin-Barrette devra, en parallèle, corriger le cafouillage survenu ces derniers mois autour du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), en proposant une nouvelle liste plus adéquate des métiers pour lesquels les étudiants étrangers y seront admis.

Contestée devant les tribunaux, la loi 21 sur la laïcité de l’État, qui relève aussi de M. Jolin-Barrette, pourrait donner du fil à retordre au gouvernement, déterminé à se rendre jusqu’en Cour suprême, si une cour inférieure cherche à en suspendre l’application.

Au total, durant la session, le gouvernement a déposé 19 projets de loi et en a fait adopter 13, en attendant un 14e samedi par bâillon.

L’adoption du projet de loi 40, qui abolit les commissions scolaires transformées en centres de services, fait partie de ceux qui ont été reportés à la prochaine session, en février.  

Le délicat dossier des relations de travail pourrait forcer le gouvernement à ralentir le rythme, alors que les syndicats du secteur public ont la dent longue, cherchant à obtenir leur part du gâteau des milliards de surplus dans les coffres du gouvernement. Le gouvernement a dit que les augmentations de salaire ne dépasseraient pas l’inflation, ce qui a été fort mal accueilli.

Les relations avec les médecins de famille et les médecins spécialistes, deux groupes menacés d’une loi spéciale, risquent aussi d’être tendues en 2020. Les spécialistes ont une entente de principe qu’il reste à préciser, tandis que les omnipraticiens se demandent quel sort leur sera réservé, alors que Québec veut modifier leur mode de rémunération.

Pendant ce temps, la ministre de la Santé, Danielle McCann, devra démontrer le sérieux de sa démarche quand elle affirme qu’elle entend réduire à 90 minutes le temps d’attente à l’urgence. Le défi est énorme, car le temps d’attente à l’urgence augmente au lieu de diminuer. Un exemple: vendredi, dans les salles d’urgence des hôpitaux de Montréal, on comptait 195 patients qui attendaient sur une civière depuis plus de 24 heures.

Le premier ministre Legault est convaincu que le mode de rémunération à l’acte, en vigueur actuellement, est au coeur du problème.

«Il faut modifier l’approche, modifier le mode de rémunération» et faire en sorte que les médecins soient disponibles le soir et les week-ends, a réaffirmé vendredi M. Legault, déterminé à imposer aux médecins de famille en 2020 «une vraie prise en charge» des patients.

Parmi les autres dossiers à surveiller en 2020, notons la politique très attendue sur la lutte aux changements climatiques. On entendra aussi parler de la récupération des gros électroménagers, source importante de production de gaz à effet de serre (GES).

«On va avoir une grosse année en environnement», a résumé le premier ministre.

Des projets de transport en commun, comme les tramways, devraient aussi progresser, tout comme d’importants projets d’infrastructures, comme la construction d’un tunnel Québec-Lévis, une aventure de plusieurs milliards de dollars. Jusqu’à maintenant, le gouvernement s’est refusé à estimer le coût de ce tunnel, qui ferait près de 10 kilomètres au total sous le fleuve Saint-Laurent.      

Mais la priorité du gouvernement demeure l’éducation, a dit M. Legault, réaffirmant sa volonté d’implanter un réseau de maternelles 4 ans, dont le coût estimé, en croissance constante, demeure une énigme.

Le premier ministre va conclure l’année 2019 par une mission économique en Californie, qui débute dimanche.

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