Legault regrette de ne pas avoir haussé plus vite les salaires des préposés

QUÉBEC — Après avoir multiplié les appels aux Québécois et à des segments particuliers de la population depuis le début de la pandémie de la COVID-19, François Legault est allé dans une tout autre direction, vendredi, en procédant à une forme de mea culpa.

Lors de son point de presse quotidien, le premier ministre du Québec a avoué que si c’était à refaire, il aurait augmenté plus rapidement les salaires des préposés aux bénéficiaires, même sans l’accord des syndicats, plutôt que d’attendre la fin des conventions collectives, qui sont venues à échéance le 31 mars.

M. Legault, qui a dit en prendre la pleine responsabilité, y est allé de cet aveu en procédant à un rappel de la situation dans les CHSLD qu’il a qualifiée d’«urgence nationale». Une crise dans laquelle «on est entré mal équipé», a-t-il affirmé, tout en reconnaissant que la situation s’était détériorée au point où 1800 employés sont absents dans les CHSLD.

M. Legault a dit en être arrivé à cette conclusion après s’être demandé «depuis plusieurs jours et plusieurs nuits» ce qu’il aurait dû faire autrement au cours des derniers mois, depuis un an et demi qu’il est premier ministre.

Le chef de la Coalition avenir Québec n’est pas étranger aux actes de contrition publics; par exemple, lors de la dernière campagne électorale, il avait humblement reconnu ne pas être un expert en immigration, ce qui lui avait attiré la sympathie des Québécois.

Pourtant, jeudi, lorsque la question lui avait été posée à savoir qui était responsable de la crise actuelle dans les CHSLD, il avait haussé les épaules et répondu que l’heure n’était pas au bilan.

«Je me suis posé des questions, vous m’avez fait réfléchir, a-t-il admis, vendredi. J’aime bien me regarder moi-même, m’évaluer, me remettre en question. Je ne suis pas parfait, et je me dis que j’aurais dû augmenter le salaire des préposés avant la crise.»

S’il affirme disposer de toutes sortes de moyens au gouvernement pour imposer des conditions de travail (décrets, loi spéciale), il a indiqué vendredi vouloir poursuivre la négociation avec les syndicats.

«Ce n’est pas mon premier choix d’être en guerre avec les syndicats», a-t-il déclaré. 

Faire mieux avec le site Je contribue!

Par ailleurs, M. Legault a avoué s’être également posé plusieurs questions au sujet des présumées ratés du site web «Je contribue!».

Dans les derniers jours, les témoignages de Québécois prêts à aider mais n’ayant jamais reçu d’appel ont afflué dans les médias.

Le premier ministre a dit avoir obtenu un rapport complet de la situation: des 51 957 personnes inscrites sur le site, 29 345 d’entre elles ont été contactées, 6773 ont été embauchées et 2097 personnes se sont désistées.

Au total, ce sont donc 4676 personnes qui travaillent aujourd’hui dans le réseau de la santé grâce au site web, a-t-il indiqué.

Jugeant ce nombre insuffisant, M. Legault a exigé que l’on refasse «un tour de roue», c’est-à-dire que l’on rappelle toutes les personnes inscrites sur la liste.

Il en a profité pour inviter les infirmières et les préposés de la région de Québec à se rendre à Montréal pour aller prêter main-forte. «On est en mode solution», a-t-il insisté.

Il a salué les députés libéraux, notamment l’ex-hockeyeur Enrico Ciccone, qui ont l’intention d’aller aider dans les CHSLD, mais a prévenu que le travail nécessitait un minimum de compétences médicales. Pour cette raison, il a déclaré ne pas s’attendre à ce que les 125 députés se rendent disponibles.

Legault change de ton avec les médecins

Lors de son point de presse, M. Legault a tenu à remercier les 2000 médecins qui acceptent de donner un coup de main dans les CHSLD et faire des tâches auxquelles ils ne sont pas habitués.

Il a précisé qu’il avait convenu, de concert avec la présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Diane Francoeur, que l’entente de rémunération signée mardi soir ne s’appliquera pas au travail en CHSLD.

Cette entente prévoit que les spécialistes peuvent facturer 211 $ de l’heure pour les actes liés à la COVID-19.

Au passage, il a insisté sur le fait que ce n’était pas le temps de négocier combien les médecins vont être payés pour le travail qu’ils accompliront dans les CHSLD. Ce n’est pas le temps de parler d’argent, mais bien de sauver des vies, a-t-il aussi lancé.

Vendredi, le Québec a enregistré 58 nouveaux décès, pour un total de 688. La province compte désormais 16 798 cas confirmés de COVID-19, dont 1076 sont hospitalisés. De ce nombre, 207 personnes sont aux soins intensifs, une diminution de deux personnes depuis jeudi.

Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a fait savoir que selon lui, le Québec avait atteint le sommet de la courbe, mais qu’une «sous-épidémie» s’était déclarée dans les CHSLD, et que l’on devait à tout prix la régler.

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