L’élection expose les profondes divisions des Américains

Cette division garantit que le prochain président sera confronté à une impasse importante au Congrès, au scepticisme quant à l’intégrité du vote et à un électorat agité, de plus en plus divisé par les questions raciales, l’éducation et la géographie. 

NEW YORK — Les élections présidentielles peuvent être des moments révélateurs, servant à transmettre les souhaits du peuple américain à la prochaine vague d’élus. Jusqu’à présent, la grande révélation dans la course entre le président Donald Trump et l’ancien vice-président Joe Biden est l’étendue du fossé entre les partisans républicains et démocrates, qui définit la nation, quel que soit le candidat qui gagne en fin de compte.

Les électeurs des deux partis ont été nombreux à s’exprimer pour choisir le prochain président, mais ce faisant, ils ont trouvé peu de compromis sur ce que ce président devrait faire. Les démocrates et les républicains ont des priorités différentes, vivent dans différentes communautés et ont même voté sur différents types de bulletins de vote.

Quel que soit le vainqueur, cette division garantit que le prochain président sera confronté à une impasse importante au Congrès, au scepticisme quant à l’intégrité du vote et à un électorat agité, de plus en plus divisé par les questions raciales, l’éducation et la géographie. Même le décompte des voix menace de diviser davantage les Américains.

Trois jours après le scrutin, ni Donald Trump ni Joe Biden n’ont obtenu les 270 votes nécessaires pour remporter la présidence. Le président républicain encourage ses partisans à manifester devant les lieux de dépouillement qui trient toujours les bulletins de vote par correspondance — la méthode de vote préférée par de nombreux démocrates — tout en poursuivant une stratégie juridique agressive qui pourrait entraîner de nouveaux retards.

«À l’exception de la guerre civile, je ne pense pas que nous ayons vécu une période aussi périlleuse que celle-ci en termes de divisions», a déclaré l’historienne Barbara Perry, directrice des études présidentielles au Miller Center de l’Université de Virginie.

Même après les élections de 2000, lorsque la Cour suprême a finalement tranché en faveur du républicain George W. Bush, le démocrate Al Gore lui a rapidement concédé la victoire et les dirigeants du Congrès ont trouvé des terrains d’entente.

«Pour sortir de quelque chose comme ça, vous devez avoir un leader qui peut diriger et des personnes réceptives, a souligné Mme Perry. Je ne vois tout simplement pas de personnes réceptives d’un côté ou de l’autre.»

Désaccords profonds sur les enjeux

Les divisions béantes menaceront la capacité du prochain président à gérer plusieurs crises: les infections quotidiennes de coronavirus ont atteint un record cette semaine, l’économie a du mal à se remettre de la pandémie et de nombreux Américains veulent que les injustices raciales soient reconnues.

Les électeurs de MM. Trump et de Biden, cependant, expriment des points de vue totalement différents sur ces défis, selon AP VoteCast, une vaste enquête auprès de l’électorat. Les électeurs de Joe Biden disent dans une proportion écrasante qu’ils voudraient que le gouvernement fédéral accorde la priorité à la limitation de la propagation du virus, même si cela signifie des ennuis supplémentaires pour l’économie. Mais la plupart des électeurs de Donald Trump préfèrent une approche axée sur l’économie.

Environ la moitié des électeurs de M. Trump estiment que l’économie et l’emploi sont les principaux problèmes auxquels le pays est confronté, tandis que seulement un électeur de M. Biden sur dix a fait de même.

Sur les questions raciales et la justice, les électeurs de Joe Biden ont presque unanimement déclaré que le racisme était un problème grave dans la société américaine et dans les services policiers. Mais seule une faible majorité d’électeurs de Donald Trump, qui sont une majoritairement Blancs, ont décrit le racisme comme un problème grave.

Joe Biden a essayé de combler ce fossé, faisant souvent appel à un sentiment d’unité nationale et à «l’âme» des États-Unis. De son côté, Donald Trump se présente souvent comme un défenseur de ses électeurs — il a menacé de refuser l’aide liée à la pandémie aux États et aux villes dirigés par des démocrates.

De nombreux démocrates espéraient désespérément que M. Trump subisse une défaite cinglante. À tout le moins, ils voulaient d’un mandat sans ambiguïté qui permettrait à M. Biden de mettre de l’avant des politiques ambitieuses en matière de santé, d’éducation et d’économie.

Les divisions s’intensifient

Donald Trump va peut-être perdre, mais une forte participation des électeurs républicains a permis aux candidats du Grand Old Party (GOP) d’obtenir des victoires convaincantes au Sénat et à la Chambre des représentants.

«Il n’y a certainement personne qui peut claironner d’un côté ou de l’autre. Il y a beaucoup de confusion et de chaos», a affirmé le leader des droits civiques Martin Luther King III, qui a soutenu Joe Biden.

L’élection a solidifié les coalitions concurrentes des partis. Joe Biden comptait sur les électeurs urbains et suburbains, en particulier les femmes, les électeurs ayant un diplôme universitaire et les personnes de couleur. Donald Trump a dépassé ses chiffres de 2016 en s’appuyant sur des milliers de nouveaux partisans blancs et provenant de zones rurales.

Les résultats dans les comtés à forte participation soulignent ce phénomène: les régions à tendance républicaine sont devenues plus républicaines et les régions démocrates, plus démocrates.

La marge démocrate a augmenté dans 70 % des comtés qui ont opté pour Hillary Clinton en 2016 et la marge républicaine s’est élargie dans 56 % des comtés remportés par M. Trump cette année-là, selon une analyse de l’Associated Press.

La fin de la coopération?

Cette division géographique des Américains préoccupe ceux qui voient la culture de coopération à Washington s’éroder rapidement.

L’ancien sénateur du New Hampshire, Judd Gregg, un républicain influent dans la foulée de la décision de la Cour suprême sur l’élection de 2000, doute que les dirigeants du Congrès aient une motivation à collaborer avec l’autre parti.

«Il y avait des gens au Sénat comme Ted Kennedy et Ted Stevens qui avaient des opinions bien arrêtées mais qui étaient là avant tout pour faire avancer les choses et gouverner, donc ils n’avaient pas peur de leur base et étaient prêts à faire des compromis», a-t-il souligné.

«Je ne suis pas sûr que ce type de leadership existe aujourd’hui à cause des voix stridentes qui dominent les deux partis. Mais Biden, s’il devient président, a vu comment cela peut être fait, donc nous pouvons espérer.»

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