L’électricité pourrait accélérer la guérison des plaies diabétiques

MONTRÉAL — L’application d’un courant électrique de faible intensité pourrait permettre d’accélérer la guérison de plaies cutanées, comme les ulcères du pied dont souffrent certains diabétiques, démontrent des travaux réalisés à l’Université Laval.

L’équipe des professeurs Mahmoud Rouabhia, de la Faculté de médecine dentaire, et Ze Zhang, de la Faculté de médecine, a constaté lors d’expériences en laboratoires que l’électricité a un effet positif sur la prolifération et la migration de fibroblastes normaux, des cellules qui jouent un rôle important au début du processus de cicatrisation.

«Notre but, c’est d’aider ces patients qui ont des des ulcères ouverts et qui n’arrivent pas à guérir», a résumé le professeur Rouabhia, pour qui cette découverte représente l’aboutissement d’une dizaine d’années de travaux.

En comparant des fibroblastes prélevés chez des sujets sains aux fibroblastes prélevés chez des sujets diabétiques qui avaient été amputés d’un pied, les chercheurs ont constaté qu’un courant électrique de 20 ou de 40 millivolts/mm était sans effet sur les cellules saines. En revanche, il semblait favoriser la prolifération et la migration des fibroblastes des sujets diabétiques.

Le niveau d’un marqueur de prolifération des fibroblastes, la protéine Ki-67, était trois fois plus élevé lorsque les cellules étaient soumises à une stimulation électrique. De plus, une déchirure pratiquée sur la culture cellulaire se refermait deux fois plus rapidement sous stimulation électrique.

Les chercheurs admettent ne pas comprendre pourquoi les cellules provenant de diabétiques réagissent mieux que les cellules de donneurs sains, mais ils ont une hypothèse.

«Il faut réaliser que ces cellules de personnes diabétiques sortent d’un certain nombre de stress, a souligné le professeur Rouabhia. Ce stress-là, par exemple, c’est la production de plusieurs molécules pro-inflammatoires. Ce sont ces molécules-là qui maintiennent la blessure ouverte. Est-ce que cette différence-là fait en sorte que ces cellules-là elles étaient pas mal stressées, donc elles répondent plus rapidement et à des doses plus faibles? C’est une hypothèse et ça nous amène à travailler un peu plus.»

L’intensité du courant électrique requise pour stimuler la guérison est si faible qu’elle pourrait être générée par un petit appareil que le patient aurait avec lui en tout temps et qui serait alimenté par une simple pile. Le courant est aussi essentiellement imperceptible, ce qui élimine tout inconfort.

Les professeurs Rouabhia et Zang ont d’ailleurs déposé un brevet pour un appareil de stimulation électrique qui pourrait accélérer la guérison des ulcères. L’appareil en forme d’anneau stimulerait les cellules qui se trouvent autour de la plaie à migrer vers le centre, de manière à favoriser la cicatrisation.

On estime qu’environ 15 % des personnes diabétiques souffriront d’un ulcère du pied au cours de leur vie. Ce problème est caractérisé par des lésions de la peau qui cicatrisent mal et risque d’entraîner des infections qui peuvent conduire à l’amputation.

Les chercheurs n’excluent pas que le même processus puisse éventuellement venir en aide aux personnes non diabétiques, mais qui ont quand même des problèmes de cicatrisation.

Les conclusions de cette étude sont publiées dans le Journal of Tissue Engineering and Regenerative Medicine.

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