Tuerie en N.-É.: un agent d’expérience admet la confusion dans l’opération policière

HALIFAX — Un agent d’expérience de la Gendarmerie royale du Canada en Nouvelle-Écosse ayant participé à l’opération policière le soir de la tuerie de Portapique a déclaré devant l’enquête publique, mardi, que la confusion était inévitable en déployant à toute vitesse une immense opération spontanée pour stopper un tireur actif.

La commission d’enquête se penche sur les circonstances qui ont permis à un homme déguisé en agent de la GRC et conduisant une imitation de véhicule de patrouille a pu tuer 22 personnes entre les 18 et 19 avril 2020. Tout cela avant d’être abattu par des policiers au terme d’une chasse à l’homme de 13 heures.

Le sergent Andy O’Brien, aujourd’hui à la retraite, a confirmé mardi qu’il était en congé le soir du drame et qu’il avait consommé quatre à cinq cocktails à base de rhum sur une période de quatre heures avant d’apprendre qu’un suspect se livrait à un massacre et allumait des incendies dans le secteur rural de Portapique, à environ 130 kilomètres au nord de Halifax.

«Peu importe le moment, le fait d’avoir bu avant d’aller au travail remet en doute l’intégrité de toute prise de décision, a reconnu M. O’Brien», qui était sous-officier de la GRC pour le district de Colchester.

«Je n’étais pas intoxiqué, mais ce n’est pas important. Il y aura toujours une perception si les gens savent que vous avez bu… que vous n’êtes pas en état d’agir.»

Malgré tout, le sergent O’Brien a demandé à son épouse de le conduire au poste de la GRC de Bible Hill, où il a récupéré sa radio avant de rentrer chez lui pour conseiller les agents sur le terrain.

Depuis le début de l’enquête publique, plusieurs témoins ont fait état de la confusion qui régnait à propos de qui dirigeait les opérations. L’un des commissaires, l’ancienne cheffe de police de Fredericton Leanne Fitch a parlé d’une «faille de communication majeure».

Mardi, M. O’Brien a affirmé à la commission que la méthode employée par la GRC pour gérer les incidents complexes à risque élevé était de déployer une vaste opération en quelques minutes ou quelques heures.

«Il y aura toujours des accrocs inévitables dans toute organisation, spécialement lorsqu’elle est créée sur place dans un délai ridiculement court avec un objectif complètement nouveau ou inconnu, a-t-il dit. Il va y avoir de la confusion. Il va y avoir du travail en double. Il va y avoir des ratés.»

Toutefois, M. O’Brien a soutenu que si le processus est imparfait, il demeure remarquable par sa grande souplesse.

«On a une grande expérience de savoir s’adapter sur le vif, a-t-il insisté. Nous sommes tous très familiers avec le concept: « Ça ne fait peut-être pas partie de ma description de tâches, mais si ce doit être fait, on le fait ».»

Une avocate de la commission, Anna Mancini, a interrogé le témoin sur sa réponse à une demande d’un agent sur le terrain qui réclamait des renforts alors qu’il traquait le tireur dans l’obscurité avec deux autres collègues.

L’agent a demandé par radio, vers 22h25, si une autre équipe pouvait venir les appuyer dans le secteur de Portapique. Sur le coup, M. O’Brien dit avoir entendu la requête et avoir patienté ce qui lui a semblé une éternité avant de prendre l’initiative de donner l’ordre aux agents de ne pas s’y rendre parce que la noirceur risquait de provoquer un échange de tirs fratricides.

«C’était une situation où je connaissais la réponse, mais où je n’entendais personne répondre, a-t-il justifié. Évidemment, aucun (des autres officiers) n’avait entendu le message… ou n’était en mesure de (répondre).»

Lors de précédents témoignages, le commandant du district, Allan Carroll, a dit avoir été étonné d’entendre la voix de M. O’Brien sur sa radio parce qu’il croyait que son collègue se trouvait à la maison. M. Carroll a aussi soutenu que M. O’Brien pourrait avoir contrevenu au protocole de la GRC en outrepassant son autorité.

«Il aurait dû transmettre la demande plus haut dans la chaîne de commandement», a affirmé le commandant la semaine dernière.

Plus tôt cette année, une enquête fédérale d’enquêteurs en milieu de travail avait révélé un manque de leadership clair dans la direction des opérations et un «environnement de confusion» pour les agents sur le terrain.

Nonobstant le protocole, M. O’Brien est demeuré impliqué dans la prise de décisions jusqu’à 3h00 le matin suivant. Il a par la suite été assigné à la gestion des scènes de crime à Portapique, où 13 personnes ont été tuées en 40 minutes avant que le suspect ne prenne la fuite.

M. O’Brien est le troisième officier de la GRC à bénéficier d’accommodements spéciaux. La semaine dernière, la commission d’enquête a accordé le même traitement au sergent-chef Brian Rehill en raison de problèmes de santé non précisés, provoquant des protestations de la plupart des proches des victimes.

M. Rehill, qui a témoigné lundi, et M. O’Brien ont également obtenu une dispense de contre-interrogatoire par les avocats représentant les familles des victimes. M. Rehill était le gestionnaire des risques de la GRC en service lorsque le carnage a commencé à Portapique.

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