L’enquête sur le décès du pompier Pierre Lacroix s’est ouverte lundi à Joliette

Les deux plaisanciers qui s’étaient aventurés dans les rapides de Lachine et qui ont dû recourir aux services d’urgence pour venir les chercher avaient peu d’expérience de navigation, a-t-on pu apprendre lundi lors de la première journée d’audiences de l’enquête sur le décès du pompier Pierre Lacroix, mort pendant l’opération de sauvetage.

Le pompier Lacroix, âgé de 58 ans, s’est retrouvé coincé sous un bateau de sauvetage qui avait chaviré lorsque trois de ses collègues et lui sont allés dans les rapides pour prêter assistance aux deux plaisanciers en détresse, le 17 octobre 2021.

Lundi, le propriétaire du bateau qui s’est retrouvé en détresse dans les rapides, Tommy Yi, a témoigné devant la coroner Géhane Kamel qu’il avait acheté le bateau depuis peu et qu’il voulait aller faire un tour pour l’essayer avec une amie.

Il a toutefois reconnu que ni lui ni sa passagère, Ana Dicu, n’avait d’expérience nautique. Tous les deux détenaient malgré tout leur permis d’embarcation de plaisance, qu’ils avaient obtenu plus de 10 ans auparavant.

Peu après le début de leur escapade sur le fleuve, le moteur de leur embarcation a surchauffé et ne voulait plus démarrer. M. Yi a tenté à quelques reprises de jeter l’ancre, mais le bateau ne s’est jamais immobilisé et il a commencé à dériver vers les rapides. Quatre pompiers montréalais, dont Pierre Lacroix, sont donc intervenus pour les secourir.

«On va chavirer! On va chavirer!» s’est écrié M. Yi lundi en faisant écho à ce qui s’est passé le jour de l’incident. Il a ensuite craqué à la barre des témoins.

Par la suite, il a vu le bateau des pompiers partir à la dérive, puis chavirer. C’est à ce moment qu’il a réussi à brièvement redémarrer le moteur de son bateau et qu’il a entendu les pompiers crier «Au secours ! Au secours !»

M. Yi a alors aidé deux pompiers à monter sur son bateau avant que le moteur ne s’arrête à nouveau. L’un des pompiers à bord était inconscient.

Un autre bateau de sauvetage est arrivé sur les lieux, et M. Yi a aidé ce dernier à se diriger vers un troisième pompier dans l’eau. Il a mentionné qu’il n’a jamais vu le pompier Lacroix.

Au cours de son témoignage, Mme Dacu a quant à elle indiqué qu’elle et son ami avaient hésité avant d’appeler le 911. «À ce moment-là, je n’avais pas conscience du danger. Je ne savais même pas qu’il y avait des rapides», a-t-elle soutenu.

Mme Dacu a également enregistré accidentellement une partie de l’opération de sauvetage en tentant d’utiliser la fonction lampe torche de son cellulaire. À son retour sur la terre ferme, elle a montré la vidéo à un pompier.

Mais lorsqu’elle a pu récupérer son cellulaire, elle s’est aperçue que quelqu’un avait tenté d’envoyer la vidéo à l’une des filles de M. Lacroix.

Dans les heures suivantes, sa vidéo s’est retrouvée dans les médias.

Le corps de M. Lacroix a été repêché le lendemain, lorsque la police a utilisé une caméra sous-marine pour inspecter le dessous du bateau des pompiers.

«Mon père était mon modèle»

Stéphanie Lacroix, la fille aînée du pompier décédé, a représenté sa famille lors de l’audience de lundi. Elle a posé des questions à M. Yi pendant son témoignage et a pris elle-même la parole à la barre des témoins. Elle l’a remercié d’avoir eu le courage de témoigner et d’être retourné aider les pompiers dans l’eau. 

Mme Lacroix a témoigné plus tard dans la journée, avouant qu’elle ressentait beaucoup de colère depuis la mort de son père. Célébrant son 26e anniversaire lundi, elle a reconnu qu’il était encore difficile pour elle de parler de son père au passé.

Elle a décrit son père comme un homme peu bavard, mais dont les actions et la générosité parlaient d’elles-mêmes. «Mon père était mon modèle, mon héros, avant d’être celui des autres», a-t-elle souligné.

En octobre, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail a publié un rapport indiquant que le bateau des pompiers n’aurait jamais dû se rendre aussi loin dans le secteur des rapides de Lachine, en raison des «limitations» de l’embarcation.

La coroner Kamel préside les audiences qui doivent durer deux semaines à Joliette.

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