L’enquête sur les femmes autochtones demande une prolongation de deux ans

La commission a entendu jusqu’ici plus de 760 témoins au cours de près de 250 audiences tenues dans différentes régions du pays.

La Commission chargée de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a officiellement demandé au gouvernement fédéral une prolongation de deux ans de son mandat.

La commission devait terminer ses travaux à la fin de cette année mais la commissaire en chef, Marion Buller, prévient depuis un certain temps que cet échéancier sera trop serré.

Pour ce faire, elle a demandé un budget de 50 millions $ supplémentaires pour ces deux ans, a confirmé la commissaire Michèle Audette. Le gouvernement fédéral a déjà investi 53,83 millions $ pour les deux premières années.

La commissaire Buller a expliqué mardi que compte tenu de la participation massive des familles, des survivantes et de membres des communautés autochtones, une prolongation de deux ans est nécessaire pour remplir adéquatement le mandat confié à la commission.

Ce temps supplémentaire permettra d’aller plus loin sur certains sujets et de rejoindre davantage de communautés, a souligné Mme Audette.

En entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, elle a reconnu que la commission demandait un montant substantiel, mais selon elle, il s’agit d’un investissement.

«Oui, ça peut paraître beaucoup, mais mobiliser un pays avec autant d’enjeux, c’est de l’argent qui est investi, non seulement pour les femmes autochtones, mais pour les Canadiens et Canadiennes aussi», a-t-elle déclaré.

Mme Audette a souligné que la commission était partie «d’un bout de papier de cinq pages» pour arriver à une «vaste consultation d’un sujet très complexe et diversifié». 

La commissaire a insisté sur le fait qu’il restait encore beaucoup de travail à faire pour respecter le mandat que lui a fixé le gouvernement.

«Ça prend du temps, ça prend des experts, ça prend le temps qu’il faut pour amener cette nouvelle recherche-là», a-t-elle indiqué, soulignant que la commission se penchait sur une multitude de sujets, dont la relation entre les Autochtones et le système judiciaire — un dossier qui a fait beaucoup jaser récemment à travers le pays avec le cas de Colten Boushie.

Interrogée quant à savoir si cette demande de prolongation était inévitable en raison de l’ampleur du mandat, Mme Audette a avoué que ses collègues et elle savaient depuis longtemps qu’ils avaient devant eux un travail titanesque, mais ils ont voulu se «donner une chance» avant de demander officiellement plus de temps.

«D’entrée de jeu, c’était clair pour moi et mes collègues qui me soutenaient dans ce beau projet de société que c’était très, très exigeant pour un délai très serré», a-t-elle déclaré.

La ministre examine la demande

La ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, Carolyn Bennett, a pris bonne note de la requête. Elle en discutera «au cours des prochaines semaines» avec les familles, ses partenaires autochtones, ses homologues des provinces et des territoires et ses collègues du cabinet.

Mme Bennett rappelle que les familles de ces femmes et filles ont besoin d’obtenir des réponses à leurs questions sur les échecs systémiques et institutionnels «qui mènent à l’assassinat de si nombreuses femmes autochtones» au Canada. Le gouvernement, a-t-elle dit, est résolu à leur présenter les recommandations concrètes qu’elles attendent et à mettre fin à cette tragédie.

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau avait mis sur pied cette commission d’enquête tout de suite après son élection, à la fin de 2015. Si Ottawa accepte la prolongation de deux ans, le mandat de la commission Buller durerait jusqu’à la fin de 2020. La commission a entendu jusqu’ici plus de 760 témoins au cours de près de 250 audiences tenues dans différentes régions du pays.

Les travaux de la commission ont toutefois connu de nombreux déboires — démissions de commissaires et de membres du personnel, plaintes des Autochtones sur le déroulement quasi judiciaire des audiences, problèmes de communication avec les intervenants.

«Il y a eu des épreuves sur notre chemin, mais nous avons pu faire des progrès importants pour faire la lumière sur l’enjeu des femmes et filles autochtones disparues ou assassinées», a plaidé Marion Buller lors d’une conférence téléphonique.

«Nous croyons que la majorité des Canadiens appuie le prolongement de notre travail», a-t-elle ajouté.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

4 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Ce n’est pas facile de gratter la plaie du colonialisme au Canada! D’abord, madame la présidente de la Commission est une juge de la Cour provinciale de CB et elle a agi comme une juge, prenant sa Commission comme un tribunal… Inutile de dire que cela a profondément indisposé les témoins qui justement viennent parler des failles du système judiciaire pénal canadien (de la police aux prisons). Tous ceux qui connaissent un tant soit peu le sujet savent très bien que la situation des femmes et filles autochtones provient du mépris qu’a la société dominante pour les peuples autochtones; la police, les tribunaux et les prisons n’échappent pas à ces préjugés. La commission donne quand même la possibilité aux parents et amis des femmes disparues ou assassinées de pouvoir s’exprimer.

Malheureusement, on sait que les travaux de la Commission royale sur les peuples autochtones (1991-1996) ont été relégués aux oubliettes avec ses 440 recommandations. Je ne serais pas surpris que la Commission de vérité et réconciliation et celle maintenant sur les femmes et filles autochtones disparues ou assassinées subissent le même sort car il n’y a pas de société qui aime se faire pointer du doigt pour violer les droits fondamentaux de peuples minoritaires. On verra bien…

Absolument d’ accord avec vous! Le gouvernement Trudeau a promis cette commission pour régler une promesse électorale et bien se faire accepter par les communautés autochtones du Canada! Si Trudeau à des couilles qu’ il ouvre la Constitution et modifie la loi sur les indiens! En même temps , il pourrait modifier aussi la charte des droits et libertés et aussi faire signer le Québec dans cette nouvelle Constitution! Pour le reste cette commission demeure pour les citoyens canadiens de la bullshit et ira rejoindre les deux autres commissions précédentes sur les tablettes et servira à faire travailler du personnel pendant 5 ans pour rien!

Cette nouvelle commission permet de gagner du temps. Quand on voit le peu de résultats probants qui sont constatés sur le terrain suite aux deux premières, il y a de quoi douter que cette commission réussira. A la lumière des témoignages bouleversants déjà entendus, on pourrait déjà travailler sur des recommandations intérimaires permettant de procéder aux premiers changements nécessaires, à la condition de ne pas se perdre dans les dédales des plans d’action, nouvelles études de besoins, etc. Une volonté politique et de l’action tout simplement.

Vont-ils réussir à noyer le poisson? Encore un peu patience, ce sera tombé dans l’oubli!