L’Enquêteur correctionnel déplore le manque de soins pour les femmes en détresse

OTTAWA — Le «protecteur des détenus» estime que les services correctionnels fédéraux doivent trouver des solutions de rechange à l’incarcération pour les délinquants — surtout les femmes — qui sont atteints de maladie mentale grave.

Dans son rapport annuel déposé mardi, l’Enquêteur correctionnel recommande que les établissements carcéraux tissent des liens avec les ressources de la communauté pour permettre le transfert de ces détenus dans des institutions psychiatriques en bonne et due forme.

L’Enquêteur correctionnel note que les femmes aux prises avec des problèmes de santé mentale sont plus susceptibles que les autres détenus d’être confinées dans des unités de garde en milieu fermé — des unités distinctes et à sécurité maximale dans un établissement.

Ivan Zinger, qui a été nommé au poste d’Enquêteur correctionnel en janvier, brosse un tableau plutôt sombre du milieu carcéral fédéral, avec ses taux élevés de maladies mentales, d’automutilations et de décès prématurés. Il déplore aussi la surreprésentation persistante des Autochtones au sein de la population carcérale. 

M. Zinger souligne plus particulièrement que les établissements fédéraux ne disposent pas d’unité spécifique de soins pour accueillir les femmes aux prises avec des problèmes de santé mentale. En cas d’urgence, une détenue en détresse psychologique peut au mieux être transférée dans un centre de soins pour hommes, où elle sera placée à l’écart, dans des conditions qui sont loin d’être thérapeutiques, estime M. Zinger, qui signe son premier rapport annuel.

Cette pratique est «tout à fait inacceptable» et viole les normes internationales en matière de droits de la personne, a-t-il soutenu en conférence de presse, mardi à Ottawa. M. Zinger recommande plutôt que les Services correctionnels financent des lits dans des ressources existantes de la communauté afin d’accueillir jusqu’à 12 détenues sous responsabilité fédérale qui auraient besoin de soins majeurs en santé mentale.

Si rien n’est fait, lit-on dans le rapport, on pourrait assister à une «augmentation du nombre de décès tragiques et évitables en détention ainsi que de coûteux règlements au civil dans des affaires de mort délictuelle».

M. Zinger surligne par ailleurs d’autres pratiques problématiques du milieu carcéral, comme le recours à la contrainte physique, la surveillance du risque de suicide, et les mauvaises conditions d’isolement pour les hommes et les femmes en détresse psychologique sévère.

L’Enquêteur correctionnel recommande aussi le retour des programmes de tatouage sécuritaire, qui visaient à réduire les infections au VIH et aux virus de l’hépatite. Un projet-pilote mis en place dans six établissements en 2005 avait été supprimé par le gouvernement conservateur de Stephen Harper deux ans plus tard.

En accueillant le rapport, mardi, le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a soutenu dans un communiqué que des initiatives concrètes avaient déjà été amorcées, notamment pour les détenus autochtones et les femmes souffrant de problèmes de santé mentale.

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