L’entraînement en ligne pourrait hausser les risques de blessures

Kahvontay Willis-Slaughter est debout devant le canapé de son salon. Il lève sa jambe droite, donne un coup de pied, et la laisse tomber au sol.

Il donne des instructions à environ neuf élèves qui le suivent sur Zoom pendant son cours virtuel.

Ensuite, le danseur du City Dance Corps à Toronto contracte son torse comme s’il avait reçu un coup de poing dans le ventre, avant de déployer sa colonne vertébrale pour que sa tête se penche vers l’arrière tandis que ses bras s’étendent vers l’avant.

Sa classe regarde attentivement, même si la musique est étouffée et que M. Willis-Slaughter bouge si énergiquement qu’il n’arrive pas toujours à garder tout son corps dans le cadre.

Contrairement à une classe normale, il ne peut pas dire si tout le monde suit. 

Le yoga, le Pilates et la danse sont généralement enseignés dans des studios où les professeurs proposent des corrections individuelles, parfois en plaçant les bras et les hanches des élèves au bon endroit. L’ajustement aide les élèves avec l’alignement et la technique, disent les instructeurs, qui doivent maintenant essayer de recréer virtuellement ce qu’ils faisaient avant en personne.

Des gymnases et des centres de conditionnement physique des différentes régions du Canada ont dû s’adapter depuis le début de la pandémie. Les cours en personne qui ont repris dans les régions où cela est permis fonctionnent à capacité réduite, mais certains étudiants préfèrent toujours recevoir des instructions en ligne pour réduire les risques de contracter la COVID-19. En conséquence, les entraîneurs et les élèves s’entraînent dans leur salon, leur sous-sol ou leur couloir, connectés grâce à leur téléphone intelligent ou leur ordinateur.

Avant la pandémie, Ilana Rogol-Dixon se déplaçait dans son studio de Pilates de Calgary pour s’assurer qu’aucun de ses élèves n’occupait une position incorrecte. Le toucher était la façon dont elle tissait des liens avec les élèves et leur rappelait ce qu’il fallait faire.

«Je pouvais simplement marcher vers eux et leur toucher les côtes», a-t-elle souligné. Elle les prévenait qu’elle était une instructrice «extrêmement tactile» avant de commencer le cours.

Il est difficile d’accorder ce niveau d’attention en ligne. Les élèves sont maintenant des personnages en deux dimensions sur son écran. Et plus il y a d’élèves, plus ils paraissent petits.

Ses élèves réguliers connaissent les exercices et peuvent suivre ses signaux verbaux. Et elle connaît leurs faiblesses.

«Idéalement, vous connaissez suffisamment bien leur corps pour savoir de quelle manière ils vont tricher», a indiqué Mme Rogol-Dixon.

Elle s’efforce de les entraîner comme elle le ferait normalement pour qu’ils ne se blessent pas.

Les mouvements qui semblent simples peuvent entraîner des blessures s’ils ne sont pas effectués avec soin.

Certains instructeurs évitent de nouveaux mouvements dans les cours en ligne.

Tiana Blunt enseigne le ballet jazz et l’acrobatie aux enfants avec l’Ultimate Dance Company de Calgary. S’ils apprennent mal, il sera ensuite difficile de changer cette mémoire musculaire.

«Si vous commencez à faire quelque chose de la mauvaise façon et que vous continuez à le faire encore et encore, il sera 10 fois plus difficile de rompre cette habitude que d’apprendre un nouveau mouvement», a-t-elle souligné.

M. Willis-Slaughter pense qu’il pourra toujours résoudre ces problèmes lorsque ses cours reprendront enfin en studio. Il essaie de décrire la sensation que devraient donner les mouvements. Imaginez que vous écrasez quelque chose lentement et douloureusement, suggère-t-il, alors que ses élèves descendent de la plante des pieds vers le sol.

La partie la plus difficile, qui lui manque le plus, consiste à enseigner aux élèves comment donner aux mouvements une expression individuelle.

«Je peux leur apprendre le mouvement toute la journée et je peux leur apprendre la technique toute la journée», dit M. Willis-Slaughter. «Mais il n’y a pas de sentiment dans ce qu’ils font.»

Au-delà du contact physique, cette dimension artistique lui est difficile à saisir lorsque les cours sont éloignés et que personne n’est au studio.

Mme Rogol-Dixon, qui retourne en studio à l’occasion avec distanciation et masques, conformément aux directives de l’Alberta, a aussi de la difficulté avec le côté robotique du mouvement lorsqu’il est enseigné en ligne.

«Il y a des gens qui considèrent cela comme de l’exercice», explique-t-elle. «Et puis il y a des gens qui le voient comme plus comme une activité thérapeutique.» Elle se compte parmi ces derniers.

Ellie McMillan, professeure de yoga à Aylmer, met également l’accent sur l’aspect curatif de ses cours. Fixer l’alignement est la façon dont elle fait en sorte que ses élèves se sentent vus et pris en charge.

Pour ce faire en ligne, elle demande à ses élèves d’installer leur tapis et leur caméra afin qu’elle puisse voir leur corps entier. Mais ils sont quand même sur Zoom, et non dans un studio, tous ensemble. Mme McMillan souligne que de nombreuses personnes passent également la journée en ligne pour le travail, de sorte qu’il peut donc être difficile de s’assurer que les cours donnent une impression différente

«Nous avons dû faire preuve de créativité dans la façon dont nous ajoutons l’expérience du yoga», dit-elle.

Elle essaie de créer une atmosphère avec de la musique, de l’éclairage et de l’ambiance et encourage ses élèves à faire de même.

Pour certains, il est trop difficile de se mettre dans une mentalité de yoga à la maison. Souvent, ce sont les mêmes personnes qui avaient du mal à trouver du temps pour les cours en personne et qui «se dépêchaient d’aller se détendre pendant une heure», a noté Mme McMillan.

Mais l’enseignement en ligne présente certains avantages: les studios peuvent être intimidants, et libérer le yoga, la danse et le Pilates de cet espace en a encouragé d’autres.

M. Willis-Slaughter sait que «les gens, surtout en vieillissant, quand ils vont suivre un cours, que ce soit la première ou la milliardième fois qu’ils y vont, ils sont souvent nerveux». Ils se comparent à d’autres qui peuvent sauter plus haut, tourner plus vite et lever la jambe plus haut, a-t-il admis.

Même en ligne, certains de ses élèves laissent leur caméra éteinte et il respecte ce choix. Lorsque certains l’ont enfin activée, il a été ravi de ce qu’ils avaient appris.

Parce que pour M. Willis-Slaughter, ce qui compte pendant la pandémie, c’est «de faire de son mieux et de trouver sa voie».

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