L’entrevue de Harry et Meghan suscite des réflexions sur la monarchie au Canada

Les révélations fracassantes de Meghan et Harry sur la monarchie britannique suscitent de nouveau des réflexions sur les liens du Canada avec l’institution, mais les observateurs royaux pensent qu’il est peu probable que cela provoque beaucoup de changement.

Le spécialiste en droit constitutionnel Emmett Macfarlane affirme que le portrait «explosif» du couple apporte de l’eau au moulin de nombreux Canadiens qui contestent la pertinence de la Couronne au pays.

Mais selon lui, l’opinion publique reste divisée et se débarrasser de la monarchie conduirait à un débat constitutionnel compliqué qui plongerait presque certainement le pays dans la tourmente politique.

L’entrevue télévisée que le couple a accordée à Oprah Winfrey a troublé les observateurs royaux. Meghan a notamment révélé qu’elle avait eu des pensées suicidaires après avoir rejoint la famille royale et qu’il y avait eu des conversations au palais sur la couleur de peau des futurs enfants du couple.

Cette controverse survient dans la foulée d’un scandale entourant l’ancienne gouverneure générale du Canada, Julie Payette, qui a démissionné en janvier à la suite d’allégations de harcèlement en milieu de travail. Un sondage de Léger paru peu de temps après suggérait par ailleurs que l’attachement des Canadiens à la monarchie s’est affaibli.

L’historienne royale et auteure Carolyn Harris note que Meghan et Harry ont parlé chaleureusement de la reine dans leur entrevue, mais moins du père de Harry et héritier présumé, le prince Charles, et de son frère aîné, le prince William.

Elle a dit que cette représentation peu flatteuse «soulignait les divisions» dans la famille et allait à l’encontre des efforts concertés de la monarchie pour projeter «la continuité et la stabilité».

Avec la reine qui a 94 ans, cela n’inspire guère confiance dans l’avenir de l’institution, a suggéré Mme Harris.

«C’est un moment difficile pour avoir un regard critique dirigé vers Charles et William alors que le public est déjà sceptique quant à savoir s’ils seront en mesure de se montrer à la hauteur», a indiqué Mme Harris, qui est professeure à l’École des études permanentes de l’Université de Toronto.

Une avenue peu réaliste

M. Macfarlane a qualifié l’émission de dimanche de «mauvaise soirée» pour la famille royale et s’attend à ce qu’elle «pousse l’aiguille sur l’opinion publique» au sujet de la monarchie, en général.

«C’était incroyablement, incroyablement accablant pour la famille royale. Je ne sais pas comment on peut sortir de cette entrevue sans au moins avoir de la sympathie pour Harry et Meghan, et cela a vraiment souligné la nature archaïque de cette institution», a expliqué M. Macfarlane, un professeur agrégé de science politique à l’Université de Waterloo.

Pourtant, il juge peu probable que le Canada entame des démarches pour couper officiellement ses liens avec la monarchie, car cela exigerait que les dix provinces s’entendent, un défi de taille même avec un large soutien de la base.

M. Macfarlane a rappelé que les politiciens craignent les discussions sur la réforme constitutionnelle, soulignant les troubles passés entourant l’Accord du lac Meech en 1987 et l’Accord de Charlottetown en 1992.

«Ces événements ont mené au référendum sur la sécession du Québec en 1995 et le pays a failli se séparer», a-t-il souligné. 

«Le Québec n’acceptera pas un amendement constitutionnel sans autre chose sur la table, comme plus de pouvoirs pour le Québec ou la reconnaissance de la société distincte du Québec dans la Constitution. Et une fois que vous commencez à ajouter d’autres choses à la table de négociation, les autres provinces commenceront à en rajouter aussi.»

Ces autres demandes qui pourraient s’ajouter à la séparation de la monarchie rendront le processus beaucoup plus tendu et impopulaire, a-t-il précisé.

Un sondage Léger commandé plus tôt cette année par le Journal de Montréal a révélé que seulement 6 % des répondants du Canada atlantique et du Québec se disaient «attachés à la monarchie britannique», l’attachement atteignant un sommet de 29 % en Colombie-Britannique.

Laisser un commentaire