L’environnement des bélugas s’améliore, dit une étude, mais…

MONTRÉAL — Les bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent sont de moins en moins exposés à des contaminants chimiques, démontre une étude publiée récemment par les chercheurs de trois grandes universités québécoises, mais on ne peut pas pour autant en conclure que le problème est réglé.

Certains de ces produits demeurent présents dans les eaux de l’estuaire et peuvent toujours potentiellement interférer avec le système immunitaire ou les hormones des bélugas, précisent les experts de l’Université de Montréal, de l’Université du Québec à Rimouski et de l’Université du Québec à Montréal.

Les meilleures nouvelles concernent les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), qui étaient rejetés dans le fjord du Saguenay par des activités industrielles et qui étaient considérés comme une cause importante de cancer chez les bélugas. L’étude a constaté que les niveaux de HAP sont revenus à l’ère préindustrielle.

Les nouvelles sont moins bonnes, mais quand même encourageantes, pour les biphényles polychlorés (BPC) et les polybromodiphényléthers (PBDE).

Les tristement célèbres BPC sont interdits depuis 1977. Puisqu’il s’agissait d’un produit bioaccumulable très résistant dans l’environnement, on en retrouvait de grandes quantités chez le béluga dans les années 1960 et 1970, étant donné que le mammifère trône au sommet de la chaîne alimentaire.

L’étude démontre que les niveaux de contamination sont en déclin, mais que les substances continuent possiblement à nuire à la santé des bélugas, par exemple en les rendant plus vulnérables aux infections en interférant avec leur système immunitaire.

Les PBDE sont des produits ignifuges très répandus. Il s’agit de polluants organiques très persistants et toxiques qui interfèrent avec les hormones thyroïdiennes aussi bien chez l’humain que chez le béluga.

L’étude indique une réduction de la contamination au cours des dernières années, mais les PBDE pourraient toujours perturber les activités de la glande thyroïdienne, ce qui pourrait expliquer les problèmes de mortalité associés aux mises bas chez les femelles.

«Il est difficile de simplement répondre si ce sont de bonnes ou de mauvaises nouvelles, a dit le professeur Zhe Lu, de l’Université du Québec à Rimouski. On sait que la fréquence de détection (des contaminants) est faible. Mais en même temps, il y avait des niveaux très élevés de certains contaminants dans les bélugas, donc on voit qu’ils peuvent toujours accumuler ces contaminants dans certains cas.»

Toutefois, poursuit-il, on ne doit pas perdre de vue que l’étude a été menée sur les carcasses d’animaux qui s’étaient échoués sur la rive. Il est donc possible que les animaux aient été morts depuis un certain temps au moment des analyses, et que les niveaux de contaminants dans leurs tissus ne reflètent pas fidèlement la contamination des animaux vivants.

De plus, l’interprétation des résultats est possiblement teintée par le fait que les animaux analysés, par définition, n’étaient pas en santé, a souligné le professeur Lu.

«On ne dispose pas de données réelles sur la manière dont ces contaminants affectent les bélugas en santé, a-t-il dit, mais d’autres études montrent que ces composés peuvent causer des tumeurs au foie chez la souris ou affecter les systèmes hormonaux des poissons, ou même influencer l’expression génique dans certains animaux.»

Les chercheurs soulignent en terminant que les polluants chimiques ne sont qu’une des menaces qui pèsent sur le béluga, puisque l’animal est aussi très vulnérable aux changements climatiques.

Il importe donc de changer la réglementation des industries, de bannir les contaminants toxiques et de surveiller les nouveaux produits qui les remplacent, mais il faut aussi réduire notre dépendance aux énergies fossiles et limiter notre consommation de biens et services, a dit par voie de communiqué le vétérinaire Stéphane Lair, de l’Université de Montréal.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal Science of The Total Environment.

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