Léon Mugesera condamné à la prison à vie pour son rôle dans le génocide rwandais

MONTRÉAL – Le Rwandais Léon Mugesera, qui a lutté pendant 16 ans pour éviter sa déportation du Canada, a été condamné à la prison à vie au Rwanda pour avoir incité ses compatriotes à commettre un génocide.

L’homme de 63 ans aurait déjà porté la décision en appel, ont rapporté plusieurs médias, vendredi.

L’ancien résidant de la ville de Québec était accusé d’avoir livré un discours enflammé devant un millier de personnes au Rwanda en 1992 dans lequel il traitait les Tutsis de coquerelles, suggérant qu’ils devaient être exterminés.

Certains extraits de ce discours — dont aucun enregistrement complet n’existe — ont été diffusés en boucle sur les radios rwandaises, dont la tristement célèbre radio des Mille Collines. Les propos de M. Mugesera sont perçus comme ayant été un élément déclencheur du massacre de 800 000 Tutsis et Hutus modérés en 1994.

Au tournant des années 1990, Léon Mugesera était conseiller politique au Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement du président de l’époque, Juvénal Habyarimana.

Il avait fui le Rwanda avant le début des violences pour se réfugier avec sa famille à Québec en 1992. Il était devenu chargé de cours en linguistique à l’Université Laval.

Le gouvernement canadien avait entamé des procédures judiciaires en 1995 pour qu’il soit extradé vers le Rwanda, qui voulait le juger relativement au génocide.

La Commission de l’immigration avait ordonné son renvoi en 1996, mais M. Mugesera avait alors entamé toute une série de recours judiciaires qui l’avaient mené jusqu’en Cour suprême. Il avait finalement été expulsé du pays en janvier 2012.

Le ministre canadien de l’Immigration de l’époque, Jason Kenney, avait affirmé que toutes les vérifications avaient été faites pour s’assurer qu’il ne serait pas torturé au Rwanda.

Le Comité contre la torture de l’Organisation des Nations unies avait demandé en vain au Canada d’accorder un sursis à M. Mugesera, le temps d’étudier les risques auxquels il serait exposé.

M. Mugesera était ainsi devenu le premier demandeur d’asile dans un pays occidental à être renvoyé au Rwanda pour répondre à des accusations liées au génocide de 1994.

Son procès avait débuté en novembre 2013 à Kigali.

Devant le juge, il a rejeté les accusations d’incitation au génocide, arguant qu’il avait quitté le pays plusieurs mois avant le début des massacres. Il a en outre remis en question l’authenticité de la bande audio du discours qui lui est attribué.

Selon l’avocat Guy Bertrand, qui a représenté Léon Mugesera au Canada de 1995 à 2012, le gouvernement canadien a fait «une grave erreur» en ne se méfiant pas davantage du gouvernement rwandais de Paul Kagame qui réclamait l’extradition de son client.

«Tout ce qu’ils voulaient c’était l’avoir là-bas», s’est-il indigné en entrevue avec La Presse Canadienne, vendredi, ajoutant que M. Mugesera aurait pu être jugé directement au Canada. L’accusé n’a pas eu droit à un procès juste et équitable, croit-il. «Quand il a quitté, je savais qu’il serait condamné à la perpétuité.»

Le président Kagame ne voulait que sa condamnation, estime Me Bertrand. «C’est un homme qui a les mains tachées de sang, tonne-t-il. C’est lui le grand responsable du génocide, mais il jouit d’une impunité.»

Me Bertrand convient que le discours de Léon Mugesera prononcé en 1992 était «très dur», mais il ajoute que ce n’était pas pour autant «une incitation au meurtre ou au génocide ou à la haine».

«Il a été piégé, poursuit-il. On s’est servi de parties de son discours qu’on a mis hors contexte à la radio des Mille collines pour inciter les gens à s’entretuer.»

Me Bertrand maintient que M. Mugesera est «un grand démocrate» d’une grande intelligence et qu’il avait le potentiel de devenir président du Rwanda.

La femme de M. Mugesera, Gemma Uwamariya, vit encore à Québec avec ses cinq enfants.