L’épouse de l’auteur de la tuerie en Nouvelle-Écosse raconte son histoire

HALIFAX — La femme de l’homme responsable de la tuerie de masse survenue en 2020 en Nouvelle-Écosse a commencé à raconter son histoire pour la toute première fois, vendredi matin, à la commission d’enquête publique portant sur la tragédie. 

Lisa Banfield a déclaré qu’elle avait menti à la police au sujet de ses armes illégales et n’avait pas signalé de comportement violent antérieur parce qu’elle avait profondément peur de lui.

La femme a eu du mal à garder son sang-froid en décrivant comment son partenaire l’a battue en 2003 sous les yeux de témoins, et elle a offert de nouveaux détails sur ce qui s’est passé lorsque son conjoint a menacé de tuer ses parents en 2010.

Les commissaires ont entendu que Lisa Banfield a été battue et grièvement blessée par le tueur juste avant qu’il ne commence sa tuerie la nuit du 18 avril 2020. Elle a déclaré aux policiers et aux enquêteurs de la commission qu’elle s’est sauvée dans un boisé avant d’en ressortir plus tard pour alerter les services d’urgence que son mari était toujours en cavale le matin du 19 avril. 

À ce moment-là, le suspect était déguisé en gendarme et conduisait un véhicule maquillé en autopatrouille de la GRC.

La commission examinant la fusillade de masse des 18 et 19 avril 2020 a accepté de laisser Mme Banfield témoigner sans être contre-interrogée par des avocats représentant d’autres parties, principalement parce qu’elle pourrait être traumatisée en ayant à revivre la violence qu’elle a endurée. C’était la première fois, vendredi, qu’elle parlait publiquement de la tragédie. 

Les commissaires ont exempté Mme Banfield d’avoir à répondre à des questions sur ses 19 ans de relation violente avec le tueur.

Récit douloureux 

Le témoignage de Mme Banfield était parfois douloureux et dramatique, notamment lorsqu’elle a décrit ce qui s’est passé en juin 2010 lorsque l’oncle de M. Wortman a alerté la police d’Halifax parce que son neveu avait menacé de tuer ses parents à cause d’un litige immobilier.

Lisa Banfield a rappelé que le tueur avait beaucoup bu lorsqu’il a tiré une balle dans le mur de leur maison à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, ce qui l’a terrifié. Lorsqu’un policier d’Halifax est arrivé à leur porte, la femme a admis avoir menti lorsqu’on l’a interrogée sur les menaces de mort et si son conjoint possédait des armes.

Lorsque l’avocate de la commission Gillian Hnatiwa a demandé pourquoi elle avait menti, Mme Banfield a sangloté en fournissant des explications. 

«Il avait l’arme de poing près de la table de chevet, et il a dit: »Si des policiers arrivent, je tire », a-t-elle relaté. Donc, quand ils m’ont demandé cela, je ne voulais pas qu’ils entrent, parce que je ne voulais pas que (les policiers) soient blessés.»

M. Wortman a menacé sa femme avec une arme à d’autres reprises, a rapporté Mme Banfield. «Il y a eu quelques fois où il (…) a mis le pistolet sur ma tête pour me faire peur. Il disait qu’il pouvait me faire sauter la tête. Alors j’étais terrifiée. Je suis désolé, je ne vais pas dire n’importe quoi (…) j’avais peur de ce qu’il ferait», a-t-elle affirmé. 

«Des hommes adultes savaient qu’il avait des armes à feu et ce qu’il faisait. Et ils avaient peur de lui. Alors, qu’est-ce que je devais faire?»

Lorsqu’un agent de la GRC s’est présenté à la résidence d’été du couple à Portapique, en Nouvelle-Écosse, après que la menace de mort a été signalée, M. Wortman a insisté sur le fait qu’il ne possédait aucune arme à feu, à part un vieux mousquet et une autre arme antique suspendue près de la cheminée et «remplie de cire», a témoigné Lisa Banfield.

Elle a confirmé que l’officier en question était l’agent Greg Wiley, qui connaissait M. Wortman depuis des années. Elle a déclaré plus tard aux enquêteurs qu’il s’était rendu 16 fois chez lui à Portapique.

Me Hnatiw a également posé des questions à Mme Banfield sur une agression violente lors d’un rassemblement à Sutherland Lake, au nord de Portapique. Lors d’entretiens antérieurs avec l’enquête, elle a indiqué que l’attaque avait eu lieu en 2001 ou 2002, mais elle a confirmé vendredi que c’était plutôt en 2003.

Elle a témoigné que lorsqu’elle a essayé de quitter la fête dans la forêt, M. Wortman est devenu furieux. Alors que le couple s’éloignait en voiture, il a commencé à la frapper, a-t-elle déclaré.

«Et pendant que je conduisais pour revenir sur la route secondaire, il me criait dessus, a-t-elle mentionné alors que la salle d’audience était silencieuse. Il a commencé à me frapper au visage. Je me disais: personne ne m’a jamais frappé auparavant (…) et j’essayais de conduire. Il n’arrêtait pas de me donner des coups à la tête.»

Elle a affirmé qu’elle avait sauté du véhicule et couru dans les bois, puis qu’il a poursuivi avant de la rattraper. 

«Il m’a attrapé par les cheveux et me donnait des coups de poing, et j’essayais de me protéger, a-t-elle dit. Je criais. Il m’a tirée en dehors de la route (…) et ensuite je pouvais voir ces deux (véhicules tout-terrain) et leurs lumières étaient sur moi. Il a levé les yeux et m’a relâchée».

Mme Banfield a déclaré que M. Wortman avait ensuite été  ramené chez lui à Portapique par la police. 

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi elle avait refusé de signaler l’agression à la police, Mme Banfield a répondu que c’était la première fois que quelqu’un l’a frappait, et qu’elle ne voulait pas «causer de problèmes à personne». 

«Un bon gars» au premier abord

L’avocate de la commission Gillian Hnatiw a posé une série de questions à Mme Banfield au sujet des premiers moments de sa rencontre avec l’auteur de la tuerie. Une relation qui a débuté en 2001 lorsqu’ils se sont rencontrés dans un bar du centre-ville d’Halifax.

Lisa Banfield a relaté qu’il s’était présenté à leur premier rendez-vous avec deux douzaines de roses. «Je me suis dit que c’était exagéré», a-t-elle mentionné d’un ton plat.

Elle a ensuite raconté comment, ce même soir, elle avait été impressionnée par sa réaction quand sa voiture a été emboutie par une jeune conductrice. Mme Banfield a mentionné que l’homme s’était montré poli et serein malgré la malchance.

«Je me suis dit, c’est un bon gars», s’est-elle rappelée.

Certains proches des victimes assistent à l’audience, vendredi, au centre des congrès d’Halifax.

Mme Banfield est accompagnée de deux de ses sœurs prénommées Janice et Maureen.

Me Hnatiw a montré une série de photos à Mme Banfield, où l’on peut voir le chalet du couple et l’«entrepôt» de Portapique. L’une des images prises à l’intérieur de l’entrepôt montre la fameuse imitation de véhicule de patrouille de la GRC.

Plus tôt cette semaine, la commission a publié un document basé sur des preuves fournies par Mme Banfield lors d’entretiens avec la GRC et de l’enquête détaillant la longue histoire de violence du tueur à son encontre. 

L’avocat Michael Scott, dont le cabinet représente les familles de 14 des victimes, affirme que la décision de l’enquête de limiter les interrogatoires laissera planer des doutes sur le témoignage de Mme Banfield.

Pendant les 13 heures qu’a duré la tuerie, l’auteur a fait 22 morts, dont une femme enceinte et une policière. Il a été abattu par deux gendarmes le matin du 19 avril 2020.

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