L’équipe iroquoise de crosse espère se rendre aux Jeux olympiques

Quand Randy Staats, joueur vedette de l’équipe nationale iroquoise de crosse, a appris que son club n’avait pas été choisi pour participer aux Jeux mondiaux de 2022, sorte d’antichambre pour les Jeux olympiques, il a ressenti de la colère.

Mais le camouflet n’a fait qu’alimenter son désir de jouer sur une scène mondiale.

Il y a trois ans, le Comité international olympique (CIO) accordait à la crosse un statut de discipline provisoire en vue des Jeux de 2028 à Los Angeles. Mais pour y participer, la redoutable équipe iroquoise — troisième au championnat du monde de 2018 — devait prouver au CIO qu’elle représentait une nation souveraine distincte du Canada ou des États-Unis.

Les joueurs de la Confédération haudenosaunee ne concourent pas sous la bannière étoilée ou unifoliée, mais pour leur propre nation.

«J’ai pensé au début que c’était une erreur, se souvient M. Staats. J’étais frustré, j’étais bouleversé. Mais cela m’a aussi aidé, d’une certaine manière, car cela m’a permis d’avoir assez confiance en moi pour exprimer mon opinion.»

Mais le vent a tourné. Devant les protestations et le retrait de l’équipe d’Irlande, la Fédération internationale de crosse et l’Association internationale des Jeux mondiaux sont revenues sur leur décision et ont donné une place aux Iroquois. 

Cette décision reconnaît l’importance de la nation iroquoise dans la pratique de ce sport.

Les Irlandais jugeaient qu’il était essentiel de donner une place à l’équipe iroquoise, ne serait-ce que parce qu’ils sont les inventeurs de ce sport, explique le directeur général de l’équipe, Leo Nolan. «C’était un geste magnanime de leur part de faire cela», dit-il.

La Confédération haudenosaunee considère la crosse comme un cadeau du Créateur.

«Nous avons une version moderne maintenant, mais ce sport nous a été initialement donné par le Créateur pour nous aider à guérir spirituellement, physiquement et mentalement», explique M. Nolan, un Mohawk qui a grandi dans la nation Onondaga.

«Cela fait partie intégrante de notre culture, de notre style de vie, de notre façon de faire face aux choses négatives qui se produisent parfois dans nos vies, ajoute-t-il. C’est un bon moyen de nous aider à faire face aux difficultés et aux stress de la vie quotidienne. Le jeu, bien sûr, a radicalement changé depuis cette époque, mais nous gardons ce sport très proche de nous.»

Bien que les Haudenosaunee soient considérés comme les inventeurs et les gardiens du jeu, de nombreuses Premières Nations ont joué à une version de la crosse.

Beaucoup citent les premiers jeux de balle connus sous le nom de baggataway et de tewaarathon comme précurseurs de la version moderne. À cette époque, des centaines de joueurs autochtones pouvaient s’affronter sur un terrain de plusieurs kilomètres, avec des matchs d’une durée de plusieurs jours.

La balle était à l’origine en bois et plus tard en peau de cerf remplie de fourrure. Le tendon de cerf a été utilisé pour la fabrication du filet des bâtons.

Le nom «crosse» a été inventé par le missionnaire jésuite français Jean de Brébeuf en 1637 sur la base de ses observations.

Dans les années 1860, des règles de crosse normalisées ont été élaborées par un dentiste montréalais, William George Beers, un fervent promoteur du jeu qui a également échangé la balle traditionnelle en peau de cerf contre une balle en caoutchouc dur.

En 1867, l’Association nationale de crosse a été formée. M. Beers a publié plus tard un guide et un livre de règles. Parmi elles: «Aucun [Autochtone] ne doit jouer dans un match pour un club blanc, sauf accord préalable».

Transformée en organisation de sport amateur en 1880, elle a exclu les joueurs autochtones de son championnat.

Don Morrow, un professeur à la Faculté des sciences de la santé de l’Université Western qui étudie l’histoire du sport au Canada, a écrit que cette pratique laissait implicitement entendre que les Indiens avaient un avantage inné en raison de leurs habiletés. Il y avait aussi une forme de racisme dans cette décision. 

«Ainsi, le groupe sur lequel ce sport qui en était à ses balbutiements s’appuyait a été sommairement renvoyé, à l’exception des matchs et tournées d’exhibition, dès que l’institution a pu se tenir par elle-même.»

En conséquence, les équipes autochtones se sont affrontées mais n’ont pas été autorisées à concourir pour un titre canadien, raconte un historien Allan Downey, auteur de «The Creator’s Game» et professeur au département d’histoire et au programme d’études autochtones de l’Université McMaster à Hamilton.

«Cela a eu pour effet de limiter, sinon presque d’éliminer, le droit des Haudenosaunee de se représenter en tant que nation souveraine, en tant qu’équipe, non seulement dans les championnats canadiens, mais aussi dans les compétitions internationales», souligne-t-il.

Selon lui, les Blancs se sont appropriés le sport afin de façonner une identité distinctement canadienne.

Deux équipes — les Mohawk Indians et les Shamrocks de Winnipeg — ont représenté le Canada aux Jeux olympiques d’été de 1904 à Saint-Louis. C’est le club manitobain qui a gagné la médaille d’or. La crosse a également été présentée aux Jeux de 1908, à Londres, mais elle a été ensuite reléguée au statut de sport de démonstration.

La naissance de l’équipe nationale iroquoise, initialement perçue comme une aventure ponctuelle dans les années 1980, a ouvert un chemin vers le changement. Le club s’est efforcé de devenir membre de la Fédération internationale de crosse, qui organisait le championnat du monde.

La fédération ne connaissait ni l’équipe ni l’histoire de la Confédération, dit le Pr Downey. «Les autorités ont demandé ce qu’elle voulait dire par nation souveraine et comment pouvait-elle prouver qu’elle faisait partie d’une nation souveraine.»

Pour l’équipe iroquoise, le chemin vers les Jeux olympiques consistait à devenir suffisamment compétitive pour se qualifier, à former un comité national olympique national et à faire une demande de reconnaissance au CIO.

Le CIO repose sa reconnaissance sur le concept des États-nations. La souveraineté autochtone remet en question l’autonomie de ces États, souligne le Pr Downey. Les Iroquois devront convaincre le CIO qu’ils représentent une nation souveraine qui peut rivaliser sur cette base, ajoute-t-il.

«Il faut donc revoir le processus politique pour leur reconnaissance. J’espère que cela aura lieu, mais ce ne sera pas sans une longue et difficile lutte.»

La seule autre option serait de concourir sous le drapeau du CIO, plutôt que sous le drapeau de la Confédération, ce qui va à l’encontre de l’objectif, dit Allan Downey.

La décision concernant la candidature du Comité national olympique des Iroquois pour les Jeux de 2028 devrait être prise en 2024.

«Nous devons essentiellement vendre au CIO notre expérience internationale, notre position internationale, notre souveraineté et les bonnes choses qui se passent lorsque nous jouons à la crosse, le sport dont nous sommes les créateurs», avance M. Nolan.

L’équipe est «très optimiste» quant à la perspective, assure-t-il.

«Nous pensons que ce serait un geste formidable, une grande étape symbolique pour les communautés autochtones, pas seulement la nôtre, pas seulement les Autochtones américains et de l’Alaska, pas seulement les membres des Premières Nations, mais pour les communautés autochtones du monde entier.»

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Cet article a été produit grâce au programme des reporters autochtones de Journalisme pour les droits humains, mentoré par la Presse Canadienne et avec du financement de la Fondation RBC.

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