L’équipe Trump s’attaque aux règles encadrant le vote dans les États clés

RALEIGH, N.C. — Lorsque l’équipe de campagne de Donald Trump a contesté une nouvelle règle sur le décompte de certains votes en Caroline du Nord, elle ne s’est pas contentée de se plaindre au conseil électoral ou de déposer une plainte. Elle a écrit à la centaine de bureaux électoraux locaux de l’État avec un conseil surprenant: ignorez la règle.

«Le Parti républicain de la Caroline du Nord vous conseille de ne pas suivre les procédures», a écrit Heather Ford dans un courriel adressé aux autorités des différents comtés en septembre.

Le courriel invitant à la défiance offre un petit aperçu de la stratégie juridique de l’équipe Trump. À travers des lettres de menaces, des poursuites en justice, des vidéos virales et de la désinformation présidentielle, le camp Trump et ses alliés républicains déploient des efforts inédits pour contester les procédures électorales comté par comté dans cet État clé.

«C’est clairement basé sur une stratégie globale visant à perturber le plus possible les élections», estime Barry Richard, qui représentait l’équipe du président George W. Bush lors du recomptage de 2000 en Floride. «Vous voyez vraiment une stratégie générale et généralisée du Parti républicain pour supprimer le vote.»

L’équipe de Donald Trump affirme qu’elle tente simplement d’assurer des élections justes. Elle avance que l’explosion des différends est le résultat des efforts des démocrates pour changer la façon dont les États-Unis votent pendant la pandémie, en grande partie en élargissant l’accès au vote par correspondance. Plus de 200 poursuites ont été intentées au sujet des procédures de vote.

«Depuis quand l’équité est-elle une mauvaise chose?» a demandé la porte-parole de la campagne, Thea McDonald, dans un communiqué.

Mais des experts électoraux et des avocats disent que les efforts des républicains démontrent une nouvelle volonté de combattre et d’amplifier des problèmes relativement mineurs, voire juridiquement douteux.

Le cas de Philadelphie

Un autre point de discorde concerne le bras de fer à Philadelphie pour savoir si les observateurs de la campagne de Donald Trump pourraient être autorisés à pénétrer dans les bureaux électoraux satellites nouvellement ouverts.

Les observateurs de scrutin de la campagne de Donald Trump ont demandé d’y entrer, mais les bureaux électoraux de la ville ont déclaré que les observateurs des deux partis n’avaient pas le droit d’accéder aux bâtiments. En vertu de la loi de l’État, les observateurs de scrutin peuvent observer le vote en direct et en personne, mais ils ne peuvent pas aller aux endroits où les gens s’inscrivent, remplissent les bulletins de vote par anticipation et les déposent pour être comptés des semaines plus tard.

Barry Richard décrit ce combat comme étant en grande partie «destiné à la consommation publique». Donald Trump a évoqué l’épisode lors du premier débat télévisé face à Joe Biden, sans mentionner aucune subtilité juridique. Au lieu de cela, il l’a présenté comme un acte d’accusation général contre la fiabilité du décompte des voix.

«Aujourd’hui, il y avait un gros problème à Philadelphie», a déclaré M. Trump lors du débat. «Vous savez pourquoi? Parce que de mauvaises choses arrivent à Philadelphie, de mauvaises choses.»

Le lendemain, le fils de Donald Trump, Eric, et d’autres partisans ont tweeté une vidéo apparemment enregistrée par un membre de la campagne qui avait été expulsé par un responsable des élections de Philadelphie. «Maintenant, ils expulsent les observateurs du scrutin de l’hôtel de ville de Philadelphie!» a écrit Eric Trump.

Le président Trump sème le doute sur l’intégrité du système électoral américain depuis des mois. Sa principale cible a été les bulletins de vote par correspondance, qui peuvent être utilisés par près de la moitié de tous les électeurs alors que plusieurs personnes cherchent à éviter les bureaux de vote bondés en période de pandémie. Il a affirmé sans fondement que le vote par correspondance conduirait à une fraude massive.

L’équipe de M. Trump s’efforce maintenant de mener un examen minutieux de ces bulletins de vote par la poste au fur et à mesure qu’ils sont retournés. En Caroline du Nord, où les électeurs noirs ont envoyé un nombre disproportionné de bulletins de vote avec des erreurs, le Bureau des élections a finalement réglé un désaccord avec un groupe de militants pour le droit de vote, ce qui a permis aux électeurs de corriger plus facilement leurs erreurs.

Les deux républicains de la commission électorale ont démissionné en signe de protestation et le Parti républicain a intenté une action pour bloquer le règlement.

Des spécialistes du droit de vote ont été stupéfaits de la démarche de l’équipe de Donald Trump.

«Ce dont nous parlons est un effort pour placer délibérément des barrières devant les gens», estime Irving Joyner, professeur de droit à l’Université centrale de Caroline du Nord et qui n’est pas impliqué dans le dossier.

La Caroline du Nord n’est pas le seul État à subir des bouleversements dans ses procédures électorales alors que les électeurs ont déjà commencé à voter par anticipation. Bon nombre des quelque 200 poursuites intentées concernant des questions relatives au vote sont toujours en suspens, ce qui constitue un énorme point d’interrogation sur les élections.

Des mascottes contestées

Mais l’examen minutieux par le Parti républicain des procédures dans les bureaux électoraux des différents États ne porte pas toujours sur des questions juridiques complexes. Dans le Wisconsin, les républicains ont mis en garde la ville de Madison contre la tenue d’un événement appelé «Démocratie dans le parc». Le parti a envoyé une lettre demandant à la Ville d’annuler l’événement en affirmant que celui-ci pourrait être l’occasion de collecter illégalement des bulletins de vote dans ce bastion progressiste. L’événement s’est déroulé de toute façon, et environ 10 000 personnes y ont participé selon les responsables.

À la fin du mois de septembre, un nouvel avertissement a été adressé à la ville de Milwaukee et à ses équipes sportives. Il concernait non seulement les joueurs, mais aussi les mascottes telles que les célèbres saucisses des Brewers, l’équipe de baseball, pour les empêcher de demander aux gens d’aller voter.

«Cela semble un peu idiot de s’inquiéter pour des saucisses, mais le point le plus important est que la loi est assez claire», a déclaré le président du Parti républicain de l’État, Andrew Hitt, à l’Associated Press.

Les responsables électoraux du Wisconsin ont déjà donné un avertissement à l’équipe Trump après qu’elle a envoyé un sondage à des bureaux de vote pour obtenir des détails sur leurs procédures. De telles enquêtes peuvent aider à découvrir des questions litigieuses, mais elles sont également un moyen pour les campagnes d’établir des liens avec les responsables électoraux locaux. L’équipe de Donald Trump a noté que de telles enquêtes ne sont pas exceptionnelles et que les démocrates le faisaient également.

Rick Hasen, professeur de droit à l’Université de Californie, qui a fréquemment critiqué l’approche de M. Trump concernant le vote, a jugé qu’il y avait une différence entre les équipes de campagne qui parlent aux bureaux électoraux et celles qui essaient de faire pression sur eux.

«Connaître les règles du jeu auquel vous allez jouer, c’est différent que d’essayer d’influencer les arbitres», a dit M. Hasen. «Toute cette conduite est tellement hors de propos — c’est difficile à mettre en contexte, car il n’y a rien eu de tel dans les campagnes américaines modernes.»

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