Les syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour rejettent l’offre patronale

En lockout depuis plus de 14 mois, les syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour ont rejeté l’offre de la direction dans une proportion de 82 pour cent lundi.

Réunis à Trois-Rivières une bonne partie de la journée, 829 syndiqués — selon le décompte officiel — se sont prononcés sur l’offre patronale, assortie d’un protocole de retour au travail.

Le président de la section locale 9700 du syndicat des Métallos, Clément Masse, dénonce le fait que ces propositions aient été «imposées» unilatéralement.

«Tout le monde veut retourner travailler le plus rapidement possible, mais je pense que le message est clair: ça va prendre une entente négociée pour régler le conflit», a-t-il lancé en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

Le syndicat avait recommandé le rejet de l’offre de la direction, qui tente à ses yeux de «casser les travailleurs» en réclamant davantage de concessions de leur part.

«L’employeur voulait essayer de les affaiblir financièrement et moralement. Le résultat d’aujourd’hui démontre que ça ne fonctionne pas», a soutenu M. Masse.

Le lockout des 1030 travailleurs, membres du syndicat des Métallos, affilié à la FTQ, avait été décrété le 11 janvier 2018 à 3h du matin, après qu’ils eurent rejeté l’offre… finale de l’employeur.

Des 1030 travailleurs, il reste 926 travailleurs actifs, les autres ayant depuis pris leur retraite.

Au début du conflit, les deux principaux points en litige étaient le régime de retraite et le respect du critère de l’ancienneté dans les mouvements de main-d’oeuvre. Le syndicat affirme que cette liste s’est depuis allongée, avec des reculs demandés sur le plan des horaires, de l’organisation du travail, du régime de retraite, du recours à la sous-traitance et des abolitions de postes.

La direction d’ABI s’est pour sa part dite déçue du rejet de son offre «juste et compétitive», dont elle avait exceptionnellement dévoilé une partie du contenu. Dans un communiqué de presse publié lundi dernier, elle affirmait également que son offre lui donnait «de la flexibilité» et lui permettait d’accroître la productivité à l’aluminerie. Elle restait toutefois muette sur les façons d’y parvenir.

Quant au protocole, il prévoyait un début de retour au travail à compter du 8 avril seulement. Et ce retour progressif devait s’étendre sur une très longue période, soit 10 mois.

La direction avait également précisé son offre salariale, soit en moyenne 2,55 pour cent d’augmentation par année sur six ans.

Cette question n’a pourtant jamais été en discussion, selon le syndicat des Métallos.

L’adjoint au directeur québécois du syndicat, Dominic Lemieux, se réjouit de la «solidarité des membres», qui sont «il faut le rappeler, attaqués par une multinationale américaine».

Selon M. Lemieux, ABI — qui est propriété à 75 pour cent d’Alcoa et à 25 pour cent de Rio Tinto — méprise non seulement les travailleurs, mais aussi le nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec en ayant rejeté l’idée d’une hypothèse de règlement avancée par le ministre du Travail, Jean Boulet.

«Le premier ministre doit s’impliquer personnellement dans le dossier», réclame-t-il.

Le syndicat des Métallos demande le retrait de la clause d’«Act of God» dans le contrat de l’aluminerie avec Hydro-Québec, qui lui a permis de ne pas acheter la totalité de l’hydroélectricité qu’elle s’était engagée à acheter, alors qu’elle continuait d’être exploitée par des cadres. Selon les calculs du syndicat, cette cause a privé la société d’État de 165 millions $ en revenus en 2018.

Le syndicat des Métallos compte 60 000 membres dans l’ensemble du Québec; il est affilié à la FTQ, qui en compte plus de 600 000.

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