Les actionnaires de Transat A.T. disent oui à l’offre d’Air Canada

MONTRÉAL — Le sort de la prise de contrôle de Transat A.T. par Air Canada se trouve désormais entre les mains des autorités réglementaires puisque les actionnaires du voyagiste ont accepté l’offre d’achat de 720 millions $ du plus important transporteur aérien au pays.

Dans le cadre d’une assemblée extraordinaire qui se déroulait au centre-ville de Montréal, vendredi, ces derniers ont voté, une proportion de 94,77 pour cent, en faveur de l’offre de 18 $ par action d’Air Canada.

Air Canada et le Transat A.T. détiendraient ensemble une part du marché transatlantique de 60 pour cent depuis le Canada, se chevauchent sur certaines destinations soleil en plus d’avoir une emprise sur les voyages aériens à Montréal, ce qui risque d’être scruté à la loupe par le Bureau de la concurrence et d’autres autorités réglementaires, dont en Europe. La conclusion de la transaction est prévue pour l’an prochain.

«Nous sommes très confiants d’obtenir l’approbation de ces différents organismes réglementaires», a déclaré Jean-Yves Leblanc, membre du conseil d’administration de Transat A.T., en évoquant au passage «les meilleurs conseillers que nous puissions avoir sur la planète».

De son côté, le président et chef de la direction du voyagiste, Jean-Marc Eustache, qui a cofondé le prédécesseur de Transat A.T. au début des années 1980, a dissipé les craintes entourant une possible hausse du prix des billets pour des vols à destination de l’Europe.

«J’ai 42 ans d’expérience dans ce domaine, je n’ai jamais vu les prix grimper, a-t-il déclaré, en donnant, à titre d’exemple, la présence de concurrents comme tels que Air France, Level Airline et Corsair sur la liaison entre Montréal et Paris. Beaucoup de concurrence, il n’y a pas de problème avec cela.»

Alors que le prix des vols vers les Caraïbes demeure relativement abordable en raison de la vive concurrence des compagnies aériennes à bas coût telles que Sunwing et Swoop, filiale de WestJet, le coût des voyages transatlantiques pourraient grimper.

«Si vous souhaitez vous rendre à Rome, à Londres ou à Paris, le prix augmente, car Air Canada et Transat contrôlent réellement ce marché, a estimé le directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP), Michel Nadeau. Il y aura une tentation de hausser les prix.»

Des craintes

Air Canada a fait part de son intention de maintenir le siège social montréalais de Transat A.T. ainsi que les différentes marques du voyagiste. Néanmoins, des inquiétudes persistent en ce qui a trait à d’éventuelles pertes d’emploi.

S’il a estimé que la transaction était «imparfaite», le Fonds de solidarité FTQ, deuxième actionnaire en importance de Transat A.T. avec une participation de 11,6 pour cent, a néanmoins décidé de voter en faveur.

«Les intentions positives d’Air Canada rendues publiques au cours du processus sont un pas dans la bonne direction, mais doivent se traduire en gestes concrets et durables», a toutefois prévenu l’investisseur institutionnel, par voie de communiqué.

Propriétaire de 5,84 pour cent des actions, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), a aussi appuyé l’offre d’Air Canada, notamment en l’absence d’autres propositions, a indiqué sa première vice-présidente aux affaires juridiques, Kim, Thomassin, dans une lettre.

Le gestionnaire de régimes de retraite a toutefois interpellé Air Canada en demandant plus de détails à propos des engagement de la compagnie aérienne.

«Nous réitérons ce que nous vous avons exprimé à plusieurs occasions, soit notre désir d’obtenir davantage de visibilité sur la vision et les engagements d’Air Canada», a écrit Mme Thomassin.

M. Eustache a également tenté à minimiser la possibilité d’éventuelles réductions d’effectif si Air Canada prend le contrôle du voyagiste, dont la filiale Air Transat exploite une flotte d’environ 40 avions.

«Vous avez besoin de pilotes, vous avez besoin d’agents de bord, vous avez besoin de mécaniciens, a-t-il déclaré. Les gens d’Air Canada ne se mettront pas à accomplir ce que font les gens de Transat aujourd’hui.»

Faisant allusion à sa retraite imminente, l’homme d’affaires a toutefois souligné que le plus grand transporteur aérien au pays n’aurait pas besoin d’un chef de la direction.

Plusieurs étapes

Le vote de vendredi est survenu après quelques mois de turbulences.

Le principal actionnaire de Transat A.T., Letko, Brosseau et associés, avait déclaré qu’il voterait contre l’offre initiale de 13 $ par action d’Air Canada, présentée pour la première fois en juin. La firme avait changé son fusil d’épaule le 11 août dernier, lorsque la proposition a été bonifiée à 18 $ par action.

Le dossier a connu plusieurs rebondissements. Groupe Mach a offert 14 $ par action, mais en dépit d’une proposition plus élevée, Transat A.T. a préféré se tourner vers l’offre d’Air Canada. Au début du mois, le groupe immobilier avait tenté d’acquérir 20 pour cent des actions du voyagiste afin de faire dérailler la transaction, mais cela a été bloqué par le Tribunal administratif des marchés financiers.

Le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Peladeau, qui s’intéressait à Transat A.T. à titre personnel, a laissé entendre la semaine dernière qu’il envisageait de faire sa propre offre en cas d’échec du mariage. L’homme d’affaires, qui détenait 1,6 pour cent des titres en circulation de Transat A.T., avait signalé son intention de voter contre l’accord.

À la Bourse de Toronto, le titre de Transat A.T. a clôturé à 16,19 $, en baisse d’environ 2,5 pour cent, ou 42 cents.

 

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Quelques dates sur la vente de Transat A.T.:

16 mai: Air Canada et Transat A.T. annoncent la signature d’une entente d’exclusivité pouvant mener à une transaction. Air Canada offre 13 $ pour chaque action de Transat A.T., ce qui représente environ 520 millions $.

4 juin: Un nouveau joueur s’invite alors que Groupe Mach propose d’offrir 14 $ pour chaque action du voyagiste. Le groupe immobilier demande une aide de 120 millions $ au gouvernement Legault.

14 juin: Groupe Mach confirme le dépôt d’une proposition formelle au conseil d’administration de Transat A.T. même si le voyagiste doit continuer à négocier exclusivement avec Air Canada.

25 juin: Une offre amendée est transmise par Groupe Mach, qui renonce notamment à sa demande d’une aide financière de la part de Québec.

27 juin: Transat A.T. annonce avoir accepté l’offre d’Air Canada.

2 août: Le promoteur immobilier revient à la charge avec une nouvelle stratégie en proposant d’acquérir 19,5 pour cent des actions de Transat A.T. dans le but de bloquer l’offre d’Air Canada.

6 août: Accusant Mach de tromperie, Transat A.T. exhorte ses actionnaires à ne pas accepter l’offre du promoteur immobilier en plus de déposer une plainte auprès du Tribunal administratif des marchés financiers.

11 août: Air Canada bonifie son offre de 200 millions $ en proposant 18 $ pour chaque action du voyagiste. Le plus important actionnaire de Transat A.T., Letko, Brosseau et associés, appuie la transaction.

12 août: Le Tribunal administratif des marchés financiers déboute Mach.

23 août: Les actionnaires du voyagiste acceptent l’offre d’Air Canada

 

Entreprises dans cette dépêche: (TSX:TRZ, TSX:AC, TSX:WJA, TSX:QBR.B)

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